L’"éthylotest" de la Covid-19 : des équipes lyonnaises à l’origine d’un système de dépistage révolutionnaire

Paris, le lundi 21 septembre 2020 - Nous avons évoqué à plusieurs reprises les dysfonctionnements majeurs du dépistage de l’infection par SARS-CoV-2 en France, notamment depuis la fin du mois d’août, alors que quelques semaines auparavant le Président de la République avait annoncé un accès gratuit et sans condition aux tests. Un très grand nombre de médecins est aujourd’hui confronté quotidiennement à l’impossibilité de mettre en place un isolement et un traçage pertinent des cas contacts compte tenu des retards considérables de la réalisation des tests et du  rendu des résultats. Face à cette situation, le gouvernement ne semble pas disposé à vouloir revenir en arrière, défendant d’une part la nécessité d’un dépistage massif et redoutant probablement également une incompréhension de la population. Aussi, pour l’heure, les appels au sens des responsabilités de nos concitoyens et les préconisations de priorisation par les laboratoires n’ont guère permis d’amélioration réelle de la situation pour des laboratoires débordés.

Donner un nouveau souffle au dépistage

Les pouvoirs publics pourraient miser sur d’autres réponses et notamment la diversité des méthodes de dépistage. Dans ce cadre, les promesses du projet COVID-Air déployé par l’Institut de recherches sur la catalyse et l’environnement (Irce) de Lyon sont observées avec intérêt. Le programme est porté par le professeur Jean-Christophe Richard, chef du service de médecine intensive et réanimation à la Croix Rousse, le professeur Bruno Lina (Centre International de Recherche en Infectiologie) et Matthieu Riva, chercheur à l’IrceLyon. Son objectif est d’ « identifier en temps réel les métabolites du Covid-19 dans l’air expiré chez des patients contaminés en vue d’un diagnostic rapide ».

Un spectromètre de masse d’une puissance inégalée

Le principe peut être comparé à celui des éthylotests. Depuis la mise au point de ce dispositif d’évaluation de l’alcoolémie à partir de l’air expiré, de nombreuses équipes ont tenté d’élaborer des systèmes de détection de différents agents pathogènes répondant au même schéma. Elles ont cependant systématiquement échoué : « les molécules volatiles pouvant servir de marqueur d’une pathologie étaient toujours en faible concentration » relève un article récent du CNRS. Aujourd’hui, cependant, le perfectionnement des spectromètres de masse permet peut-être de dépasser cet écueil. La sensibilité des derniers instruments disponibles est en effet spectaculaire et enthousiasme Matthieu Riva et ses confrères. L’appareil utilisé dans le cadre de COVID-Air est un instrument de toute dernière génération et encore quasiment jamais utilisé dans le monde : Vocus PTR-TOF du constructeur suisse Tofwerk. « Il y a huit ans, nous avons acheté le meilleur instrument sur le marché. La sensibilité de celui que nous utilisons aujourd’hui est mille fois supérieure » décrit dans le journal du CNRS Sébastien Perrier, ingénieur à l’Ircelyon.

Repérer les biomarqueurs d’identification de SARS-CoV-2

La première phase du projet a consisté à recueillir le souffle de patients et de soignants volontaires à l’hôpital de la Croix-Rousse. Le dispositif de recueil et le spectromètre sont associés à un outil d’analyse dont l’objectif est de repérer les biomarqueurs potentiels de la Covid-19 dans l’air expiré. Ce travail de traitement des données et d’identification de la présence de SARS-CoV-2 a été confié à l’Institut des sciences analytiques. Cette première phase est désormais achevée et aujourd’hui le spectromètre est couplé à un logiciel de repérage dont la fiabilité est en cours d’évaluation. Les premiers éléments sont très prometteurs.

Quelle place dans la stratégie de dépistage ?

L’avantage d’un tel système est sa rapidité : le résultat est en effet connu quasiment immédiatement. Cependant, des inconnues demeurent, concernant notamment la sensibilité et la spécificité d’une telle méthode de dépistage. Surtout, compte tenu du coût de la machine (le prix du spectromètre s’élève environ à 400 000 euros) et de sa taille (équivalente à un réfrigérateur), son utilisation en ambulatoire apparaît peu plausible. Cependant, les chercheurs lyonnais soulignent que leur dispositif pourrait évoluer en outil de surveillance des patients hospitalisés grâce à l’analyse des modifications métaboliques liées à la Covid-19. Enfin un tel dispositif pourrait inspirer plus largement la mise au point de technologies de dépistage nouvelles pour d’autres maladies.

En attendant l’analyse de l’air expiré… les tests salivaires

Cependant, concernant l’infection à SARS-CoV-2, d’autres innovations sont aujourd’hui plus rapidement disponibles. C’est ainsi que ce week-end, la Haute autorité de Santé a donné son feu vert au remboursement pour les patients symptomatiques des tests salivaires, tout en soulignant que leur sensibilité trop restreinte chez les sujets asymptomatiques invitait à les éviter pour ces derniers jusqu’à nouvel ordre.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Et les labos d'analyse veterinaires ?

    Le 27 septembre 2020

    Il semble que les laboratoires d'analyse veterinaires soient capable de realiser des test PCR. Ils ont été sollicités en Allemagne me semble t-il mais pas en France pour des problemes administratifs.

    Dr Jean-Paul Dupin

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