La foi est-elle une maladie comme une autre ?

Jésus Christ guérit l’aveugle (1567), El Greco

Paris, le samedi 16 janvier 2016 – C’est une question qui ne se pose pas dans les cabinets médicaux, mais qui pourrait pourtant éclairer de nombreux comportements face à la maladie. Pratiquez-vous régulièrement une religion  ou tout au moins croyez-vous en Dieu ? L’influence du fait religieux et de la spiritualité est en effet indéniable, comme le rappelle le docteur Luc Perrino sur son blog Pour raisons de santé hébergé par le Monde. « La foi intrinsèque ou mysticisme intrinsèque est la croyance profonde en une divinité toute puissante qui influence les cours des vies et des pathologies » observe le praticien. Au-delà du courage ou au contraire de la crainte qui naîtront chez certains patients, sous l’influence de leur conception de Dieu, l’expression de certaines pathologies peut différer en fonction des religions. Luc Perrino énumère : « En sémiologie clinique, la religion est indissociable de la culture dont on sait déjà qu’elle modifie l’expression des symptômes et des maladies. Les délires mystiques des schizophrènes diffèrent selon les cultures, la névrodermite frontale du tapis de prière ne se voit que chez les musulmans zélés, la rupture du frein préputial n’existe pas chez les circoncis ». On sait également que longtemps dans nos contrées (et encore dans de nombreux pays), les religions ont vu certaines pathologies comme la manifestation du divin : « Même s’il y a longtemps que l’épilepsie n’est plus le "mal sacré" de la rencontre avec les dieux, ce n’est que récemment, et dans peu de pays, que les maladies ne sont plus des châtiments divins ou des possessions démoniaques. Aujourd’hui, encore dans notre Occident, certaines anorexies, automutilations et suicides, sont en lien direct avec des croyances religieuses » relève Luc Perrino.

Religion développée à l’adolescence : attention danger ?

Dès lors, faut-il considérer la foi et/ou la pratique religieuse comme une maladie en soi, comme un symptôme à ne pas négliger. Souvent, la croyance est en réalité un facteur protecteur. « Plusieurs études montrent que les pratiques religieuses acquises dans la petite enfance et poursuivies à l’âge adulte sont corrélées à une plus faible incidence des dépressions, des addictions et des suicides. Les rituels religieux agissent probablement comme des thérapies cognitivo-comportementales » note Luc Perrino, quand d’autres considèreront peut-être qu’elles fonctionnent au contraire comme des addictions ou des troubles obsessionnels, qui "remplacent" d’autres addictions, d’autres troubles dépressifs. Il est pourtant des situations dans lesquelles la religion pourrait devenir une véritable pathologie. « L’acquisition d’une religion à l’adolescence, nouveauté sociale encore mal étudiée, semble augmenter le risque d’addictions, de comportements asociaux et de suicides et doit alerter le clinicien. Faut-il aller jusqu’à considérer qu’en l’absence de foi intrinsèque, une acquisition religieuse extrinsèque survenant après la petite enfance est un facteur de risque social et médical, voire un élément pathologique ? La question mérite d’être posée » conclue le docteur Luc Perrino, soulevant une question qui, en « en ces périodes troubles » remarque-t-il, engendrera sans doute de nombreuses réflexions et commentaires.

Pour lire in extenso le texte de Luc Perrino, vous pouvez cliquer sur ce lien : http://expertiseclinique.blog.lemonde.fr/2016/01/11/les-religions-sont-elles-cliniques/.

Léa Crébat

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Vos réactions (18)

  • La Foi, une maladie?

    Le 16 janvier 2016

    Deux faits contredisent l'hypothèse selon laquelle la foi serait une maladie (comme les autres):
    1 "Dieu existe nécessairement" selon Spinoza (L'Ethique I).
    2 La Foi existe depuis la nuit des temps.

    Le problème actuel de notre société est que certaines personnes s'imaginent que Dieu n'existerait pas. Ayant "éduqué" leurs enfants selon ce doute (dogme pour un enfant qui le subit), à l'adolescence, ceux-ci tombent sous la coupe de faux prophètes, puisque leur cerveau n'a pas été travaillé au moment où il aurait fallu le faire.
    Ainsi, ce n'est pas la Religion qui est une maladie, mais l'absence de Foi qui est la cause de ces problèmes. Et, de ce point de vue là et encore une fois, c'est par ignorance que le mal est fait et se perdure, comme le rachitisme persiste et tue sous les régimes sans vitamine D ("l'orde et la connexion des idées est le même que l'ordre et la connexion des choses": Spinoza E 2 Prop 7)
    Dit de façon plus provocatrice (le gout du jour), il y a entre le Christ et l'Antéchrist bien des nuances que les laïques sectaires n'ont cessé de "déconstruire". Une de leurs idoles (Staline le "bienveillant") ne disait-elle pas: une assemblée de malades en remplacera jamais un seul médecin ?
    "Le bien c'est le savoir, le mal c'est l'ignorance" (Socrate).
    Donc, les deux existent nécessairement!

    Dr Charles Lenck

  • Foi, religion et pathologies

    Le 16 janvier 2016

    En fait il est très vraisemblable que le "besoin" de croire en un être divin est la "séquelle" de nos origines d'animal grégaire générant le besoin de vivre en troupeau et d'avoir un (des) chef(s) de meute qui nous explique tout ce que nous devons faire...Le mode de vie actuel basé sur la science peut (va) conduire à un conflit psychique qui peut être le responsable des conduites psychologiques et comportementales du religieux...(réflexion qui se veut totalement neutre).

    Dr Claude Krespine

  • Pas besoin de l'hypothèse de Dieu

    Le 16 janvier 2016

    "Dieu existe nécessairement", selon Spinosa dites vous Dr Lenck ! Pour moi ce n'est pas "un fait" mais une opinion, un point de vue et d'autres pensent exactement le contraire (Dieu n'existe pas nécessairement...). La plupart des scientifiques de haut niveau n'ont pas besoin de l'hypothèse de Dieu (astrophysiciens, biologistes de l'évolution ...) pour expliquer beaucoup de faits ou pour reconnaitre humblement qu'ils ne savent pas grand chose.
    Je suis d'accord avec vous, Dr Krespine, "il est très vraisemblable (hypothèse !) qu'il existe un besoin de croire" (tout court selon moi) et "un besoin de croire en un être divin" (selon vous et moi), sans doute lié à notre conscience, conscience de nous même, de notre mort inéluctable au sein d'univers infinis. C'est en tout cas une hypothèse à laquelle j'adhère.
    C'est un fait démontré que "croire" (dans le sens notamment de donner du sens, de s'engager) influence le fonctionnement et même l'anatomie du cerveau et donc religions et cultures ont très probablement un impact sur le fonctionnement du corps humain. La "croyance" peut donc être potentiellement un facteur soit délétère soit protecteur vis à vis de la bonne santé ou de la maladie.
    Il est possible que la foi existe depuis la nuit des temps" mais pour moi ce n'est pas non plus un fait mais une hypothèse (probable).
    Et pour finir, pour moi (je n'ai pas besoin de me cacher derrière Spinosa ou Socrate...), éveiller ses enfants au "doute" est plutôt une qualité, un élément favorisant la réflexion, l'esprit critique et ce n'est pas pas un marqueur de "dogme" mais plutôt le contraire ...

    Dr Michel Boudet

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