La médecine générale en perte d’attractivité, l’ISNAR-IMG s’alerte

Paris, le jeudi 21 septembre 2023 – Les choix des internes ayant passé l’ECN en 2023 reflète une baisse d’attractivité de la médecine générale qui inquiète les syndicats.

La médecine générale a toujours été historiquement l’une des spécialités médicales les moins prisées par les étudiants en médecine. Ces dernières années ont cependant été marquées par une hausse continue de l’attractivité de la médecine générale, mesurée via le choix de spécialité des internes. Ainsi, depuis 2019, l’intégralité des postes de médecine générale (hors contrat d’engagement de service public ou CESP) sont pourvus et tous les indicateurs liés au classement (classement médian des internes généralistes, classement moyen, classement du dernier interne à choisir la médecine générale…) se sont améliorés entre 2017 et 2022.

Mais la promotion 2023, qui vient de terminer ses choix de spécialité à l’issue de trois semaines d’ « amphi de garnison », semble avoir mis fin à cette belle embellie. En effet, si l’on se réfère à l’indice d’attractivité défini par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) qui se base sur le rang de classement des candidats, pondéré par le nombre de postes ouverts dans chaque filière, la médecine générale est la 42ème spécialité dans le cœur des internes en 2023…sur 44.

Seules la santé publique (43ème) et la médecine du travail (44ème) sont encore moins recherchées par les futurs médecins. Certes, tous les postes de médecine générale hors CESP ont été pourvus (et seulement huit postes en CESP n’ont pas été pourvus, soit un taux de postes remplis de 99,8 % au total), mais tous les autres indicateurs de classement sont en baisse. Ainsi, le classement médian des internes ayant choisi la médecine générale en 2023 est 6 807ème sur 9727, alors qu’il était de 6 523ème en 2022.

La faute à la quatrième année d’internat

« Les personnes bien classées lors des ECN 2023 ont moins choisi la médecine générale que les années précédentes et l’attractivité de la discipline a diminué en 2023 par rapport à 2022, 2021 et 2020 » résume l’Isnar-IMG, le principal syndicat d’internes en médecine générale. Pour le syndicat, qui publie ce mercredi un rapport sur l’attractivité de la médecine générale, les causes de cette perte d’intérêt des internes pour la spécialité sont multiples. Il y a tout d’abord les menaces qui pèsent contre la liberté d’installation, un amendement à la proposition de loi Valletoux prévoyant de fortement limiter la liberté d’installation ayant été rejeté cet été par les députés. Il y a également plus globalement les incertitudes concernant la pratique de la médecine générale, notamment avec l’échec des négociations conventionnelles, le débat incessant sur le tarif de la consultation et les délégations de compétence toujours plus nombreuses envers les professions paramédicales.

Mais la principale cause de la désertion de la médecine générale est, selon le syndicat, la mise en place d’une quatrième année d’internat de médecine générale, entérinée par la dernière loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS). Les étudiants ayant choisi la médecine générale cette année seront en effet les premiers à effectuer cet internat en quatre années et non plus trois.

Or, selon le syndicat Isnar-IMG, qui s’est toujours opposé à cette réforme, « la médecine générale était entre autres choisie par les néo-internes pour sa brièveté », notamment parce que « le statut d’interne est particulièrement pénible : les responsabilités sont immenses, les internes dépassent le maximum légal européen de 48 heures hebdomadaires pour plus de 70 % d’entre eux et s’exposent à des risques psycho-sociaux extrêmes ».

Les autorités font la sourde oreille

Le syndicat dénonce également le flou qui règne sur les conditions d’organisation de cet internat en quatre ans. « C’est le flou qui a régné et qui règne toujours sur le contenu de la quatrième année, le contenu précis des stages de quatrième année est encore inconnu » écrit ainsi le syndicat. En juin dernier, le ministre de la Santé d’alors François Braun avait dégagé les grandes lignes de cet internat en quatre ans. Il avait notamment expliqué que la quatrième année d’internat « se composera de deux stages supplémentaires de six mois, en ambulatoire, dans un cabinet médical, sous l’autorité d’un praticien maître de stage universitaire ».

Pour éviter que la médecine générale continue d’être désertée par les futurs médecins dans la nouvelle monture de l’internat (rappelons en effet que dès 2024, les ECN seront remplacés par des épreuves dématérialisées nationales ou EDN), le syndicat demande donc à nouveau « la suspension de la quatrième année du DES pour la promotion 2023 et pour toutes les suivantes ».

Mais les autorités, qui n’ont jamais voulu entendre les syndicats sur ce sujet depuis plus d’un an, devraient à nouveau faire la sourde oreille. Face au désamour des internes de la promotion de 2023 pour la médecine générale, le Collège national des généralistes enseignants a préféré quant à lui se féliciter que la quasi-intégralité des postes aient été pourvus, évoquant un « plébiscite du DES de médecine générale en quatre ans ».

Quentin Haroche

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