La Nouvelle-Zélande vote l’interdiction progressive du tabac

Auckland, le mercredi 14 décembre 2022 – Le Parlement néo-zélandais a voté l’interdiction du tabac pour toutes les personnes nées après 2008.

La Nouvelle-Zélande est depuis plusieurs années à la pointe dans la lutte contre le tabagisme. L’archipel du bout du monde est ainsi l’un des premiers pays du monde à avoir interdit de fumer dans les lieux publics (dès 2004) et imposé le paquet neutre (en 2018). Le pays a passé une étape supplémentaire ce mardi avec le vote d’une loi prévoyant de créer une génération sans tabac. Actuellement, seuls les Néo-Zélandais âgés de plus de 18 ans peuvent légalement acheter du tabac. La loi qui vient d’être adopté prévoit d’augmenter cet âge légal d’un an chaque année à partir de 2026. Ainsi, les personnes nées après le 1er janvier 2009 ne pourront jamais se procurer du tabac légalement. Tout infraction à cette loi sera sanctionnée d’une amende pouvant aller jusqu’à 150 000 dollars néo-zélandais, soit environ 91 000 euros.

« Des milliers de personnes vont vivre plus longtemps et en meilleure santé et le système de santé bénéficiera de 5 milliards de dollars néo-zélandais (3 milliards d’euros) en n’ayant pas à traiter les maladies provoquées par le tabagisme » a déclaré la ministre de la Santé Ayesha Verrall, qui a porté la loi au Parlement d’Auckland. « Notre objectif de devenir un pays libéré du tabagisme d’ici 2025 est à portée de main ».

Une plus forte prévalence du tabagisme chez les Maoris

Les Néo-Zélandais sont déjà l’un des peuples qui fument le moins, avec seulement 8 % de fumeurs quotidiens (contre 25 % des Français). C’est le fruit notamment d’une augmentation progressive et importante du prix du paquet de cigarettes ces dernières années, jusqu’à atteindre la somme assez exorbitante de 37 dollars soit 22 euros. Il existe cependant de fortes disparités sociales et ethniques en matière de tabagisme, puisque 20 % des Maoris sont des fumeurs réguliers. Le gouvernement a donc prévu des campagnes de communication spécialement orientées vers les populations indigènes.

La loi prévoit également d’obliger les producteurs de cigarettes à réduire le taux de nicotine dans leurs produits, afin de diminuer la portée addictive des cigarettes. Il a également été décidé de réduire le nombre de points de vente de tabac de 6 000 à seulement 600 à travers l’archipel d’ici 2025. En revanche, rien n’est prévu pour lutter contre le vapotage, en augmentation chez les Kiwis : 8 % des Néo-Zélandais utilisent quotidiennement une cigarette électronique, contre seulement 6 % il y a un an.

Le risque du développement d’un marché noir

Cette nouvelle-loi anti-tabac, porté par le gouvernement travailliste de Jacinda Ardern, n’a pas fait l’unanimité parmi les députés néo-zélandais. Reprenant les arguments du lobby du tabac, les élus conservateurs ont alerté sur le risque que cette nouvelle législation favorise l’émergence d’un marché noir du tabac. « Personne ne veut voir des gens fumer, mais la réalité est que des gens le feront et la législation paternaliste du parti travailliste va créer des problèmes » a critiqué la leader conservatrice Brooke van Velden.

En France, où les derniers chiffres de Santé Publique France font état d’une stagnation du taux de fumeurs dans la population, aucun projet de ce type n’est pour le moment à l’ordre du jour. Ce mardi, le ministre de la Santé François Braun a annoncé que de nouvelles hausses du prix du paquet de cigarettes n’était pas à exclure. Le Pr Bertrand Dautzenberg, secrétaire général de l’association Alliance contre le tabac, milite pour que la France suive le modèle suivi aux antipodes. Il préconise ainsi l’interdiction de la vente de tabac aux personnes nées après 2011 à compter de 2030.

Nicolas Barbet

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