La télémédecine entre en gare

Paris, le lundi 20 novembre 2023 – La SNCF a annoncé l’ouverture de centres de télémédecine dans 300 gares d’ici 2028. L’Ordre des médecins et l’UFML sont vent debout.

La télémédecine connait depuis quelques années un essor important, facilitée par les nouvelles technologies de communication et accéléré par la pandémie de Covid-19. Un essor qui n’a pas manqué de susciter des réactions contrastées chez les commentateurs. Si certains pensent que la télémédecine est un outil efficace pour lutter contre la désertification médicale et les difficultés d’accès aux soins, d’autres y voient un vecteur de financiarisation de la santé qui risque d’aboutir au développement d’une médecine foraine. Le nouveau projet de la SNCF dans ce domaine risque fort de relancer le débat sur le sujet.

L’entreprise de chemins de fer a en effet annoncé ce vendredi son projet de développer des cabines de télémédecine dans près de 300 gares d’ici 2028. Le projet, qui sera mené en partenariat avec la société Loxamed, spécialisée dans la télémédecine, démarrera dès 2024 avec l’installation des premières cabines de télémédecine sur le parvis des gares.

En priorité dans les déserts médicaux

Dans ces espaces de santé de 25m2, les patients pourront bénéficier d’une téléconsultation avec un médecin généraliste, Loxamed promettant de s’associer en priorité avec des omnipraticiens en secteur I exerçant à proximité des gares. Le patient sera accompagné par un infirmier, qui pourra notamment examiner le patient en suivant les instructions à distance du médecin. A terme, la SCNF espère que ces cabines de santé offriront également des services de dépistage, de prélèvement et de vaccination ainsi que des activités secondaires comme la vente de produits de parapharmacie.

La SNCF justifie ce projet par la nécessité de lutter contre la désertification médicale. « L'idée de mettre à disposition de véritables espaces de télémédecine dans des lieux où les gens n'ont pas l'habitude d'avoir accès aux soins nous semble pertinente, aujourd'hui, 90 % de la population française vit à moins de 10 km d'une gare » explique Raphael Poli, directeur général de SNCF Gares & Connexions.

Ces centres de télémédecine seront ainsi installés dans des gares situées dans des zones d’intervention prioritaires (ZIP) ou des zones d’actions complémentaires (ZAC) dépourvues de professionnels de santé, soit 1 735 gares potentielles au total. « Maintenant, la priorité va être de coconstruire avec les collectivités locales pour essayer d'identifier les besoins et sélectionner ensemble des lieux, ces installations devront s'intégrer dans le cadre de projets régionaux et territoriaux de santé qui sont pilotés par les ARS » précise Raphael Poli.

L’UMFL dénonce des « cabines à fric »

On le sait, la télémédecine est souvent dépréciée par les instances représentatives des médecins, qui considèrent qu’elle ne pourra jamais remplacer la consultation classique et l’annonce de la SNCF a donc été plutôt mal accueillie par ces instances. Dans un communiqué publié ce lundi, l’Ordre des médecins s’est ainsi dit « très inquiet quant au développement d’une telle activité commerciale et économique de la santé, élément de sa financiarisation déjà à l’œuvre ».

Dénonçant une initiative contraire au Code de Santé Publique qui manifeste d’une « véritable dérégulation de notre système de santé » et qui risque d’accentuer les inégalités territoriales de santé, l’Ordre des médecins demande à la SNCF de se concentrer plutôt sur « l’amélioration de la desserte ferroviaire des territoires les plus enclavés, véritable enjeu d’attractivité des territoires vis-à-vis de l’installation des professionnels de santé ».

L’UFML, qui avait déjà dénoncé l’idée d’installer des cabines de télémédecine dans des gares lorsqu’elle n’était qu’à l’état de projet, s’est montré encore plus virulente dans sa critique. Le syndicat du Dr Jérôme Marty évoque ainsi des « cabines à fric », une « souillure de la médecine » et « un forfait dégueulasse ». « Seul l’investissement dans la médecine libérale et la construction concrète d’une amélioration de son attractivité permettra la multiplication des installations des médecins sur tout le territoire » conclut l’UFML. Le syndicat aura l’occasion d’exprimer son désaccord face à cette politique en faveur de la télémédecine au cours des négociations conventionnelles avec la CNAM, qui ont repris mercredi dernier.

Quentin Haroche

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