La violence physique à l’hôpital a diminué durant la crise sanitaire

Paris, le jeudi 24 novembre 2022 – Les signalements pour violences physiques ont diminué à l’hôpital en 2020 et 2021, mais les violences verbales sont en augmentation.

Les rapports qui dressent un tableau positif et encourageant de la situation à l’hôpital public sont rares ces derniers temps, surtout depuis que nos établissements de santé ont été touchés de plein fouet par la Covid-19 il y a deux ans et demi. C’est donc avec une certaine satisfaction que l’on lit le dernier rapport rendu public ce lundi de l’observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS), organisme dépendant du ministère de la Santé, selon lequel les signalements pour violence ont diminué durant les deux années de crise sanitaire.

Si habituellement l’ONVS établit des rapports annuels, la situation exceptionnelle de la pandémie de Covid-19 l’a conduit à analyser ensemble les deux années de crise. On constate qu’alors que l’ONVS avait recensé en 2019 environ 23 800 signalements d’atteintes aux personnes et aux biens émis par 451 établissements, elle n’a reçu que 19 600 signalements en 2020 (émis par 383 établissements) et 19 300 signalements en 2021 (391 établissements).

Des chiffres à prendre cependant avec précaution, les auteurs du rapport rappelant qu’ils ne sont évidemment pas exhaustifs. Chaque établissement et même chaque soignant a sa propre politique de signalements et ce n’est pas parce qu’un établissement signale plus de faits de violences qu’il en est véritablement plus souvent le lieu.

Baisse des violences physiques mais hausse des agressions verbales


Pour les agents de l’ONVS, ce recul de la violence est la conséquence des mesures sanitaires, qui ont diminué le flux de personnes fréquentant les établissements de santé, avec la limitation des visites et la baisse d’activité de certains services habituellement propice à la violence comme la psychiatrie ou les urgences. Les services psychiatriques restent d’ailleurs ceux où les faits de violence sont les plus fréquents, cumulant 22,2 % des signalements d’atteintes aux personnes ou aux biens. Les autres services « les plus violents » sont les urgences (12,2 % des signalements) et plus étonnamment les unités de soins de longue durée (USLD) et les Ehpad (12,5 % des signalements).

Si on s’intéresse aux seules atteintes aux personnes, qui représentent 81 % des atteintes signalés en 2020-2021, on observe que c’est la violence physique qui est en recul. 9 440 cas d’agressions physiques ont ainsi été signalés dans des établissements de santé en 2020 (dont 480 avec armes) contre 8 811 en 2021 (dont 523 avec arme) soit une baisse de 6,6 %. Quelques rares cas extrêmement graves sont à signaler avec notamment 27 viols et 4 prises d’otage en 2020. Inversement, les cas d’agressions verbales sont en augmentations : 8 158 faits d’injures et de menaces ont été recensés en 2020 contre 8 945 en 2021 (+ 9,6 %).

L’intolérance à la frustration gagne nos contemporains


Les tensions liées à la crise sanitaire (interdiction des visites, port obligatoire du masque, passe sanitaire…) peuvent expliquer cette hausse de la violence verbale en 2021. Le rapport note que des reproches liés à une supposée mauvaise prise en charge restent la cause principale des violences (50 % des faits de violences) suivi des refus de soins (21,3 %), d’un temps d’attente jugé excessif (8,6 %) et de l’alcoolisation (7 %).

Les difficultés liées au principe de laïcité restent une cause marginale de violence (0,4 %). De manière générale, les auteurs du rapport notent que c’est l’intolérance des usagers à la frustration qui est la cause profonde des agressions physiques ou verbales.

En conclusion, les agents de l’ONVS avancent plusieurs propositions pour continuer à faire reculer les actes violents à l’hôpital (formation des soignants, généralisation de la vidéosurveillance, simplification de la réponse judiciaire…) et notent que « les formations professionnelles pratiques dispensées sur la gestion des tensions et de l’agressivité, souvent conçues par des soignants pour des soignants, se révèlent extrêmement utiles afin de mieux prévenir et de gérer les moments de violence ».

Du grain à moudre pour le ministère de la Santé, qui a annoncé ce mercredi vouloir « concevoir de nouveaux outils de lutte contre ces violences protéiformes, adaptés aux différents modes d’exercice des professionnels de santé ». Va notamment être créé une nouvelle plateforme numérique de signalement des faits de violences qui sera « plus facilement identifiable et donc plus accessible », qui sera également ouverte aux médecins libéraux. Le ministère promet aussi de relancer la coopération entre les différents ordres professionnels, la police et la justice afin de renforcer l’application des conventions « santé-sécurité-justice ».

Quentin Haroche

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