L’adhésion vaccinale : clé majeure du retour à la vie d’avant ?

Paris, le jeudi 8 avril 2021 – On ne parle plus du monde d’après, mais on semble se languir toujours autant du monde d’avant. Celui où l’on ne mesurait tout simplement pas le prix des libertés simples : vivre sans masque, sans se soucier du couvre-feu et sans s’interroger sur les établissements demeurés fermés ou non. En France, les pouvoirs publics sont très prudents concernant ce retour à la vie d’avant. Certes, la tonalité des messages parie pour un été qui pourrait avoir l’apparence d’une pseudo normalité, mais on sait que la perspective de la mi-mai évoquée par le Président de la République dans son allocution de la semaine dernière ne devrait en être qu’un avant-goût très limité.

Une arme efficace mais qui nécessite un travail sans relâche

Si la temporalité est incertaine, l’arme de la conquête fait davantage consensus (en tout cas chez les responsables politiques) : la vaccination. Même si les scientifiques mettent en garde, tel l’épidémiologiste Antoine Flahault sur le fait que « tout miser sur la vaccination est un pari (très) risqué », elle est néanmoins mise en avant comme l’élément décisif pour un retour à une vie « normale ». Les exemples des pays où les taux de vaccination sont trois fois plus élevés qu’en France (Bahreïn, Chili, Etats-Unis) qui connaissent aujourd’hui une nouvelle hausse du nombre de contaminations confirment cependant que le chemin sera long.

Pas de salut sans une vaccination massive… comprenant même les plus jeunes

Des modélisations réalisées par l’Institut Pasteur, qui viennent d’être publiées, tentent d’évaluer la couverture vaccinale qui serait nécessaire pour abandonner l’ensemble des mesures barrières. L’équipe de Simon Cauchemez a d’abord retenu comme base de travail une efficacité vaccinale permettant une réduction de 90 % des formes graves et de 80 % du risque d’être infecté. Elle s’est ensuite fixée comme objectif un nombre d’admissions quotidien à l’hôpital inférieur à 1000. Considérant que le R0 actuel est de 4, compte tenu de la circulation largement majoritaire du variant B.1.1.7 (dit britannique) dont la contagiosité est plus importante, les modélisateurs  de l’Institut Pasteur évaluent qu’avec 90 % des plus de 65 ans vaccinés et 70 % des 18-64 ans, il resterait nécessaire de conserver des mesures permettant de réduire les taux de transmission de 15 à 27 %. S’il ne s’agit pas de mesures fortement contraignantes (dans les modèles de l’Institut Pasteur, un confinement aussi strict que celui de mars 2020 permet une réduction de 80 % des transmissions), on le mesure, le retour à une vie totalement normale est fortement compromis. Pour y prétendre, il faudrait soit une vaccination de 90 % des adultes, soit une vaccination des mineurs (qui aujourd’hui n’a été mise en œuvre dans aucun pays du monde mais pourrait éventuellement débuter en mai en Israël avec le vaccin Pfizer/BioNTech). Si les enfants pouvaient également être vaccinés, une vaccination de 60 % à 70 % des moins de 65 ans et de 90 % des plus de 65 ans pourrait permettre d’envisager la fin de toutes les mesures.

Des incertitudes multiples

Comme toute modélisation (et ces derniers mois en ont apporté de très nombreux exemples !), cette dernière doit évidemment être l’objet de multiples réserves. Simon Cauchemez reconnaît lui-même : « Il ne faut être ni dans une position de fervent croyant ni de sceptique complet, mais trouver une sorte de juste milieu. Je serais ravi si des niveaux de couverture vaccinale moindres suffisaient à retrouver une vie normale », relève-t-il. Les limites de ces modélisations sont de fait nombreuses.

Certaines sont d’abord impossibles à déterminer et concernent en particulier les évolutions du virus, qu’il s’agisse de ses mutations ou de ses interactions avec l’environnement. La fragilité du concept d’immunité collective (obtenue naturellement ou grâce à la vaccination) vis-à-vis de SARS-CoV-2 a de fait déjà été l’objet de multiples mises en garde. D’autres concernent l’absence de prise en considération de l’immunité acquise à la suite d’une infection. Toujours selon des modélisations de l’Institut Pasteur, elle concernerait aujourd’hui 21 % de la population. Sur la base de ces chiffres, l’épidémiologiste Catherine Hill calcule pour Marianne « Compte tenu du fait que 21 % des Français ont déjà eu le Covid, d’après l’Institut Pasteur, il faut vacciner encore environ 57 % de la population…Cela correspond à 38 millions de personnes, soit 74 % de l’ensemble de la population adulte. En théorie, il est donc possible d’atteindre l’immunité collective sans vacciner les plus jeunes, mais il faut près de 80 millions de doses ». On peut encore observer que la fragilité de ces modélisations est également liée au fait qu’elles s’appuient elles-mêmes sur des hypothèses non parfaitement validées (comme le niveau de réduction de la transmission grâce aux différentes mesures ou encore la part de personnes naturellement immunisées ou le R0 lié au variant anglais etc). Enfin, l’objectif hospitalier choisi par l’équipe de Simon Cauchemez (moins de 1000 admissions par jour) pourrait ne pas être celui des politiques publiques.

Des taux de couverture impossibles à atteindre dans l’état actuel des niveaux d’adhésion

Compte tenu de ces nombreuses inconnues qui s’ajoutent aux incertitudes sur le rythme vaccinal, la livraison des doses (globalement et par type de vaccin puisque celui d’AstraZeneca ne peut concerner que les plus de 55 ans) et aux variations concernant le schéma vaccinal (en fonction des vaccins et du statut sérologique des personnes), les estimations de la date à partir de laquelle on pourrait théoriquement atteindre une couverture vaccinale adéquate sont très complexes à établir (sans évoquer également le fait que l’Institut Pasteur ne retient pas l’hypothèse d’une protection dès la première dose).

Une chose est cependant certaine, ces modélisations rappellent que le véritable défi sera celui de l’adhésion à la vaccination. C’est ce que relève encore une fois Simon Cauchemez dans Le Parisien. « Un des messages forts que ces modèles permettent de faire comprendre est que même si je ne suis pas à risque, c’est utile que je me fasse vacciner pour que l’on puisse retrouver une vie normale. Si on ne vaccinait que les personnes les plus fragiles, ce ne serait pas suffisant ». Or, plus que la disponibilité des doses ou l’organisation de la campagne, il pourrait s’agir rapidement du principal défi.

En effet, la dernière vague de l’enquête CoviPrev réalisée par Santé Publique France signale que seules 56 % des personnes n’ayant pas encore été vaccinées disent « vouloir certainement ou probablement se faire vacciner ». Par ailleurs, une enquête de l’IFOP réalisée début avril, signale que l’adhésion descend à moins de 50 % chez les moins de 35 ans. C’est cette bataille qui semble devoir aujourd’hui être menée en urgence.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Vaccin pendant une épidémie ?

    Le 09 avril 2021

    Lors de mes études on a toujours précisé qu'on ne vaccine jamais pendant une épidémie. Risque de développer des résistances. De plus on tombe malade avec le vaccin !
    Retenez par exemple que le Chili, après avoir vacciné plus du 1/3 de la population reconfine. Pourquoi ? L'Angleterre qui a presque vacciné sa population a, proportionnellement, autant de décès que le Portugal qui ne vaccine pas.
    Merci de ne pas envoyer des informations que dans un seul sens...

    Christian Siebenbour (IDE)

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