Le chemsex n’est pas qu’une affaire d’hommes

Paris, le vendredi 26 novembre 2021 – Le chemsex, pratique consistant à associer rapport sexuel et consommation de drogue, ne serait plus réservé aux seuls homosexuels masculins.

A 29 ans, Dorian Cessa, jeune médecin, avait envie de faire un « travail de recherche médical pour la communauté LGBT ». Avec l’aide des services d’addictologie de la ville de Lyon et de l’association homosexuelle « Plus belle la nuit », il a donc lancé le projet « Sea, Sex and Chems », qui vise à accumuler les connaissances sur le « chemsex » (contraction de « chemicals » et « sex »), une pratique consistant à consommer des drogues pour intensifier les rapports sexuels qui est usitée notamment chez les homosexuels masculins. Il a ainsi diffusé un questionnaire autour de cette pratique auprès des milieux associatifs et festifs mais également sur les sites de rencontre et dans les centres de soins. De mars à juillet de cette année, près de 2 800 personnes ont répondu à son questionnaire, dont 1 200 pratiquants du chemsex.

Une pratique favorisée par les applications de rencontre

De cette enquête, il apparait que si le chemsex reste essentiellement une pratique propre à la communauté gay (74 % des pratiquants déclarés sont des homosexuels masculins), elle semble toucher un plus large public. Ainsi, 16,5 % des adeptes du chemsex seraient des femmes et 5,4 % des hommes hétérosexuels.

Malgré tout, l’enquête semble indiquer que le chemsex est plus souvent associé à un mode de vie « marginal ». Ainsi, la prostitution et la toxicomanie sont parmi les principaux facteurs du risque conduisant au chemsex. Enfin, plus inattendu, 25 % de ceux qui déclarent avoir expérimenté le chemsex vivent à la campagne.

S’il n’existe pas de données fiables sur l’importance du phénomène du chemsex (un rapport sur la question a été commandé par le ministère de la santé en septembre), il semblerait que la pratique soit en plein essor.

Selon le Dr Cessa, deux phénomènes ont favorisé l’émergence du chemsex ces dix dernières années.

Tout d’abord l’émergence des applications de rencontre, qui facilitent les « aventures d’un soir ». En 2013, 12 % des utilisateurs réguliers de ces applications déclaraient avoir expérimenté le chemsex. Parmi les utilisateurs de l’application pour homosexuels Grindr, ils seraient 30 % selon une étude britannique. En deuxième lieu, l’apparition, en 2008, de nouvelles drogues de synthèses, les cathinones (dérivés du khat), souvent utilisées par les « chemsexeurs » en association avec des drogues plus « classiques » (cocaïne, ketamine, MDMA…). L’accès à ces cathinones serait particulièrement aisé et leur consommation aurait été amplifiée par le confinement.

La ville de Paris planche sur un plan « chemsex »

Le chemsex est évidemment une pratique à risque. Selon une étude menée par le centre d’addictologie de Paris, 24 personnes sont décédées d’une overdose liée au chemsex entre 2008 et 2017. Au-delà du risque posé par la drogue elle-même, le chemsex favorise les pratiques sexuelles à risque ainsi que l’hypersexualité et la désocialisation.

La question est prise très au sérieux par la ville de Paris, dont la majorité socialiste est sensible aux questions liées à la drogue et à l’homosexualité. Ce mercredi, en marge de l’annonce des résultats de l’enquête du Dr Cessa, la ville a annoncé plancher sur un plan stratégique de lutte contre les dangers du chemsex. Parmi les pistes envisagées, le renforcement de l’aide aux centres d’addictologie, une meilleure formation des professionnels de santé et une éventuelle campagne de communication auprès du grand public. Plus polémique, la ville de Paris souhaiterait mettre en place une « éducation à l’injection » et de créer des « ateliers d’accompagnement à la consommation ».

« L’enjeu est important, il faut se mobiliser et Paris va prendre toute sa responsabilité » a annoncé Jean-Luc Roméro-Michel, adjoint au maire chargé de la lutte contre les discriminations. L’édile en sait malheureusement quelque chose : en 2018, son époux est décédé d’une overdose suite à une « session » de chemsex.

Quentin Haroche

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