Le dépistage systématique de l’anxiété, une fausse bonne idée ?

New York, le vendredi 23 septembre 2022 – Un groupe d’experts recommande de dépister l’anxiété chez tous les adultes américains de moins de 65 ans, suscitant des interrogations chez les psychiatres.

On le sait, la pandémie de Covid-19 a provoqué une hausse des troubles anxieux et dépressifs, notamment chez les jeunes. Les Etats-Unis n’ont pas échappé à cette dynamique. La part des adultes souffrant de troubles anxieux serait ainsi passé de 36,4 % en août 2020 à 41,5 % en février 2021.

« C’est une véritable crise dans notre pays » estime le Dr Lori Pbert, professeur de psychologie clinique à l’université du Massachussetts et membre de l’US Preventive Services Task Force, un panel de médecins nommé par le ministère de la Santé chargé d’émettre des recommandations de santé publique. Ce groupe d’experts a recommandé ce mardi que tous les Américains âgés de 18 à 64 ans se voient proposer un test de diagnostic de l’anxiété.

Des inégalités dans la prise en charge des maladies mentales


« L’objectif de cette recommandation et de mieux connaître les besoins en santé mentale de la population et d’y répondre rapidement » explique le Dr Pbert, qui estime que la montée de la prévalence de l’anxiété est liée à de multiples facteurs (hausse de la criminalité, inflation, éco-anxiété…). La « task force » recommande que le dépistage soit réalisé par les généralistes, à l’aide de questionnaires simples déjà utilisés par les psychiatres depuis plusieurs années.

Cela permettra notamment d’améliorer la prise en charge, alors qu’on estime que 41 % des Américains souffrant d’anxiété ne suivent aucun traitement et que seulement 11 % des patients débutent un traitement moins d’un an après la survenue des troubles anxieux.

Un dépistage systématique permettrait également de contrecarrer les inégalités sociales et ethniques dans le traitement des maladies mentales, espèrent les experts. Des études semblent en effet avoir démontré que les Noirs sont moins souvent pris en charge pour leurs troubles mentaux que les Blancs et plus souvent mal diagnostiqués.

Par ailleurs, le taux de suicide aurait augmenté de 30 % chez les Noirs entre 2014 et 2019.

Les psychiatres peu enthousiastes


Cette recommandation a été accueillie avec une certaine réticence par les psychiatres américains. Tout d’abord, ils estiment qu’avant de se lancer dans un dépistage systématique, la priorité devrait être d’améliorer l’offre de soins psychiatriques, alors que les Etats-Unis manquent cruellement de psychiatres et de psychothérapeutes.

« On peut dépister beaucoup de monde mais si on ne peut pas les traiter, c’est une perte de temps » estime le Dr Jeffrey Staab, chef du service de psychiatrie à la Mayo Clinic de Rochester.

Autre défaut de la recommandation, les questionnaires de diagnostic à destination des généralistes seraient insuffisamment précis et peuvent faire passer une période ponctuelle de stress pour un trouble anxieux généralisé. « On pourrait alors faire face à un problème de sur-prescription de médicaments » s’inquiète le Dr Staab.

Enfin, certains estiment que les généralistes américains, déjà débordés, n’ont pas la capacité de mettre en place ce dépistage systématique. « Les généralistes devront faire de ce qu’ils font déjà quotidiennement : prioriser » répond le Dr Pbert.

Le groupe d’experts reconnait lui-même que le dépistage systématique n’est pas une solution miracle. Il n’a d’ailleurs pas étendu sa recommandation aux personnes de plus de 65 ans, pour qui il estime que les questionnaires de dépistage ne sont pas assez efficients puisque certains signes de l’anxiété telle que la fatigue ou les troubles du sommeil peuvent être confondus avec des signes normaux du vieillissement.

La recommandation n’est d’ailleurs pour le moment qu’à l’état de projet et le groupe d’experts attend des commentaires jusqu’au 17 octobre prochain.

Nicolas Barbet

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