Le Dr Braun veut (vraiment) plafonner les salaires de l’intérim…sans espoir de succès ?

Paris, le mardi 19 juillet 2022 - Dans une interview accordée au Parisien, le Dr François Braun pointe la «dérive de l'intérim» alors que les tarifs de ces praticiens parfois qualifiés de « mercenaires » (notamment par Olivier Véran) peuvent atteindre « jusqu’à 5000 euros » pour une garde de 24 h.

Il dénonce : « ce qui se passe actuellement dans les hôpitaux est totalement indécent».

Face à cette situation, comparée par le ministre de la Santé à «la morphine», l'ex-chef des urgences de l'hôpital de Metz annonce vouloir « mener une réflexion pour plafonner les tarifs de l'intérim ».

Si cette bonne volonté affichée est sans doute louable, rappelons que toutes les tentatives des ministres de la santé successifs ont échoué en la matière.

L’intérim est déjà plafonné !

Ainsi, une loi adoptée sous l’égide de Marisol Touraine en 2016 a limité à 1170,04 euros le salaire brut maximum pour une journée de vingt-quatre heures de travail effectif. Dans les faits, cette disposition a été diversement appliquée…et c’est un euphémisme !

Faisant fi des remontrances du ministre de la Santé, Agnès Buzyn, les associations de médecins intérimaires avaient constitué des « listes noires » des établissements appliquant les plafonds. Ensuite, certains hôpitaux n’ont pu que transgresser la règle, face à la difficulté de maintenir le fonctionnement de leurs services.

Dans ce contexte, les autorités avaient donc décidé de redoubler d’effort et un nouveau système d’encadrement plus strict a été créé par la loi RIST du 26 avril 2021 : en principe, toute rémunération dépassant le plafond doit être rejetée par le comptable public et conduire à une saisine du tribunal administratif. Ce mécanisme devait entrer en vigueur le 27 octobre dernier…et a été repoussé sine die.

La mise en place d’une telle réforme avait en effet provoqué la colère et l’inquiétude des médecins hospitaliers, des directeurs d’hôpitaux et de certains élus, qui craignaient que la mesure provoque une désertion immédiate des intérimaires. Il faut dire que le moment était particulièrement mal choisi pour cette réforme : entre l’absentéisme en augmentation, les soignants non-vaccinés suspendus, les épidémies hivernales et la crise de la Covid-19. 

Les intérimaires, eux, arguent, à raison, ne pas être responsables du manque d’attractivité de l’hôpital public et soulignent que leur mode d’exercice "précaire" ne leur permet pas de bénéficier des repos hebdomadaires, de congés annuels, de jours de RTT, de temps de travail additionnel, de congés paternité ou maternité, etc. Leurs émoluments (exorbitants) étant, en quelque sorte, le salaire de l’instabilité.

Rappelons, pour finir de se convaincre de la complexité de la mission que s’est fixée le Dr Braun que selon le Centre National de Gestion, environ 32 % des postes temps plein à l’hôpital étaient vacants en 2021…

Sauf à interdire l’intérim et augmenter largement les salaires, on voit poindre une quadrature du cercle.

F.H.

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Vos réactions (2)

  • Exorbitant... vraiment?

    Le 19 juillet 2022

    Le plafonnement ou la suppression de l'interim n'a aucun sens. S'il existe, c'est bien parce que plus personne ne veut travailler dans les hôpitaux. Plutôt que de se poser la question de la cause (l'attractivité désastreuse, le côté administratif, les collègues psychopathiques), on essaie de traiter une conséquence.
    Ce qui en résulterait, serait une désertion totale de l'hôpital, et donc plus de fermetures de services + une afflux des intérimaires vers le libéral.
    Quant au caractère exorbitant avancé par l'auteur de cet article, il me parait à côté de la plaque. Ce n'est pas parce que mes médecins hospitaliers sont effectivement très mal payés pour leur travail que tous les médecins doivent l'être (d'ailleurs rien ne les empêche de faire de l’intérim si c'est si fabuleux). C'est aussi la loi de l'offre et de la demande : personne ne s'offusquait du prix de revente des patientèles il y a 20 ans ?

    Dr Jérôme Adda

  • Les temps changent (B Dylan) : L’ impasse pudique

    Le 21 juillet 2022

    Les totems, tabous et corporatismes doivent être bien ancrés pour que la question intérim médical reste récurrente depuis le Rapport* d’un certain Dr O Véran (Dec 2013) alors député PS. Mais depuis :
    • Les besoins sont-ils devenus moindres, quelques années et une pandémie en cours plus tard ? Ça se saurait
    • Le plafonnement louable des rémunérations de l’intérim médical reste non appliqué, lobbyisme oblige la aussi. Les chiffres de 3 000 (CHU) et 3 500E (CHG) la garde étaient d’actualité dans le sud-ouest en Juin
    • Annoncer tous les mois « le bord du gouffre » était -il un effet de tribunes alarmistes, qui peut finir par lasser ou être banalisé, quand il se répète tant ?
    • La contractualisation libérale se substitue progressivement au statut des PH : Attractif pour certains, moins pour d’autres, impossible à quantifier. Difficile de ne pas évoquer les conflits générationnels potentiels et l’impact sur la continuité des soins et « attitudes de service ».
    • Les caricatures « intérimaire » ultralibéral et « titulaire » rond de cuir reposent sur du vent : l’un comme l’autre ne sont pas titulaires de leur affectation et sont issus d’une formation initiale puis continue supposée identique
    • Les juxtaposer dans un même service simultanément peut être un facteur de tensions ou tentations
    • La révision des échelons des PH amenant la pleine retraite SS des PH à 71 ans 6 mois (au moins) était-il un gage d’attractivité du Ségur 2020 ou plutôt un ballon d’essai ?
    La SUPPRESSION pure et simple de l’intérim médical ne saurait être évacuée, sous la pression des mêmes lobbies.
    Une fois envisagés ses aspects juridiques, voire une constitutionnalité devenue très tendance, une fois écouté l’argumentaire récurrent sur le caractère liberticide : quel impact sur les effectifs et postes médicaux hospitaliers non pourvus (1/3) ?
    Une hypothèse doit être envisagée : le retour (massif ?) des intérimaires dans un bercail (amélioré).
    Il ne serait pas inutile d’effectuer un « sondage » chez les collègues concernés, et seulement chez les concernés.
    L’attachement acharné à la « liberté d’installation » augure de l’issue de ma proposition, la primauté des droits sur les devoirs reviendra sur les paillasses.
    Dire que la résilience, si souvent prônée, devrait s’appliquer à tous, peut être inaudible.
    Analyser dans le rétroviseur les causes structurelles puis conjoncturelles devient historique. Résumer la faillite à une question de salaire médical, de lits ou d’urgence est simpliste voir démagogique.
    Temps de crise, mesures de crise : dans la suite du « quoi qu’il en coûte ». Qui aurait envisagé il y a 6 mois la fuite en avant ou en arrière sur fond de nivellement par la base :
    • La limitation de l’accés aux urgences publiques : elle remplit déjà les blogs, bientôt les parquets avec une mention spéciale prévisible pour les âges extrêmes
    • Le chapitre du « 15 », les « télécabines » , des appli quand whatsapp ne passe pas depuis des lustres faute de réseau
    • Les affiches infantilisantes « Les urgences pour les urgences » : un rappel utile pourtant mais banni ces dernières décennies, comme le mot « tri » en temps de paix alors
    • Un plan pour « passer l’été » comme si la clémence de l’hiver était attendue sur fond de rationnement énergétique
    • Les choix des ECN 2020 puis 2021 rappellent factuellement les priorités des plus jeunes** : Plastique (1) – Ophtalmo (2) - Dermato(3).
    Urgences (38) - Médecine générale (39) sont en fin de classement, derrière la médecine légale ou nucléaire.
    Allez ainsi deviner les primum movens de l'attractivité.
    *« Hôpital cherche médecins, coûte que coûte. Essor et dérives du marché de l’emploi médical temporaire à l’hôpital public. »
    **https://www.whatsupdoc-lemag.fr/classement/2020-2021/specialites

    Dr Jean-Paul Bonnet - PH - 62ans

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