Le Japon frappé par un tsunami de Covid-19

Tokyo, le mercredi 3 août 2022 – Le Japon est touché par sa pire vague de Covid-19 en nombre de contaminations et le gouvernement hésite entre interventionnisme et laissez-faire.

Avec des taux de vaccination importants, une population très respectueuse des règles d’hygiène et des frontières quasiment fermées, le Japon semblait à l’abri de la Covid-19. Mais Omicron et ses variants et notamment le très contagieux BA5, semblent capable de déjouer toutes les précautions.

Le pays fait ainsi face depuis quelques semaines à une nouvelle vague fulgurante de Covid-19. Avec 200 000 contaminations par jour, contre seulement 15 000 fin juin, le Japon connait sa pire vague depuis le début de la pandémie il y a deux ans et demi, bien loin des 90 000 cas quotidiens recensés lors de l’arrivée d’Omicron en février.

Le pays du Soleil Levant est même celui ayant le plus fort taux d’incidence du monde selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

L’économie japonaise fortement perturbée

La vague actuelle a déjà des conséquences sanitaires, sociales et économiques importantes. Une centaine de Japonais décèdent par jour, un lourd bilan qui reste cependant inférieur à la meurtrière vague de février-mars au cours de laquelle on comptait jusqu’à 250 morts quotidiens.

Le nombre de patients Covid-19 hospitalisés a presque quadruplé en un mois et dans 20 départements sur 47 de l’archipel, le taux d’occupations des lits d’hôpitaux dépasse les 50 % (et atteint même les 88 % sur l’île d’Okinawa). L’isolement forcé de centaines de milliers de Japonais perturbe grandement l’économie.

Le géant de l’industrie automobile Toyota a ainsi dû stopper de nombreuses chaines de montage en raison de problèmes de main d’œuvre et d’approvisionnement de pièces détachées.

« Nous sommes en pleine septième vague avec une explosion des cas au niveau national » a déclaré ce vendredi Kazuhiro Tateda, professeur d’épidémiologie à l’université de Toho à Tokyo. « Si la tendance ne s’inverse pas dans les deux semaines, les hôpitaux seront débordés et les activités économiques perturbées, il faudra se résoudre à de sévères restrictions de déplacements » a ajouté celui qui conseille le gouvernement sur la gestion de la crise.

Pour le moment, les épidémiologistes projettent que le pic sera atteint samedi prochain mais l’épidémie pourrait repartir à la mi-août avec le « Bon », le traditionnel départ en vacances de millions de Japonais.

Face à cette situation inédite, le gouvernement hésite entre un laissez-faire qui pourrait aggraver la situation sanitaire ou une politique énergique qui risque de fragiliser une économie japonaise qui peine à repartir après deux ans d’épidémie.

« Nous allons exploiter au maximum le système en place pour ne pas affecter les activités sociales et économiques » a annoncé le Premier ministre Fumio Kishida, qui souffle le chaud et le froid depuis le début de la vague actuelle.

D’un côté il a promis qu’il ne rétablirait pas l’état d’urgence sanitaire, de l’autre il a autorisé ce vendredi les départements les plus touchés à rétablir certaines mesures sanitaires, comme l’incitation au télétravail ou la fermeture anticipée des bars et restaurants.

Neuf fois moins de morts par habitants qu’en France

L’exécutif mise avant tout sur la responsabilité collective et souhaite inciter les Japonais à se faire vacciner. Si 82 % des Japonais ont reçu au moins deux doses du vaccin, la troisième dose n’a pas fait le plein, notamment chez les jeunes : seulement 30 % des moins de 40 ans se sont fait administrés une dose de rappel.

Pour relancer la campagne de vaccination, les autorités ont fait rouvrir des centres de vaccination et ont ouvert la quatrième dose aux professionnels de santé. Une politique qui porte ses fruits : 540 000 doses sont administrées chaque jour, contre seulement 110 000 fin juin.

Le gouvernement nippon estime également que la solution réside dans un plus grand recours aux autotests et a promis de mettre 12 millions de kits de tests à disposition de la population dans les pharmacies. Mais les fabricants n’arrivent pas à suivre la demande et ont près de deux semaines de retard sur les livraisons.

Malgré cette nouvelle vague, le Japon reste l’un des pays ayant le mieux résisté à la pandémie, ne déplorant au total que 32 700 morts, soit une mortalité par habitant 9 fois moins élevé qu’en France et cela sans jamais avoir recours au confinement, interdit par la Constitution du pays.

Avec la population la plus âgée du monde et une forte densité de population, le pays du Soleil Levant semblait pourtant au départ être une nation particulièrement à risque face à la Covid-19. Ce succès inattendu est-il dû à la fermeture des frontières, à des prédispositions génétiques ou à une certaine culture de l’obéissance et de l’auto-isolement ?

Comme souvent lorsqu’il s’agit d’épidémiologie et de la Covid-19, il est bien difficile de répondre simplement à la question.

Quentin Haroche

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