Le patient au cœur de porc tué par un virus porcin ?

Baltimore, le vendredi 6 mai 2022 – David Bennett, premier homme greffé d’un cœur de porc, aurait été tué par un virus porcin présent dans le greffon.

Près de deux mois après son décès, on en sait un peu plus sur la mort de David Bennett, premier homme à avoir reçu un cœur de porc génétiquement modifié à l’hôpital universitaire du Maryland aux Etats-Unis. Lors la mort du patient le 8 mars dernier, l’équipe du Dr Bartley Griffith en charge de cette expérimentation avait indiqué qu’une enquête devait être menée pour déterminer les causes du décès du patient. Une enquête dont les résultats ont été révélés par le Dr Griffith lors d’un webinaire de la Société Américaine de transplantation le 20 avril puis rendu public par la MIT Technology Review ce mercredi.

Un virus inconnu des humains

Comme il avait été évoqué le jour de l’annonce du décès du patient, ce dernier ne serait pas mort à la suite du rejet du greffon mais en raison de la présence d’un cytomégalovirus porcin dans le greffon. L’équipe de l’université du Maryland avait pourtant recherché juste avant la greffe la présence de ce virus porcin dans ce cœur de porc, qui avait subi plusieurs manipulations génétiques réalisés par l’entreprise américaine Revicivor, sans en trouver trace. Le virus porcin n’aurait été détecté par son ADN pour la première fois chez le patient que 20 jours après la greffe, mais en quantité infime pouvant correspondre à une souillure.

Ce n’est que 40 jours après la greffe que la santé de David Bennett s’est rapidement dégradée et que les tests ont montré une forte augmentation de la quantité d’ADN viral. Le fait que le système immunitaire du porc ait pu être inhibé par les manipulations génétiques précédant la greffe aurait fortement favorisé la diffusion de l’infection. Le virus n’aurait en revanche attaqué que les cellules du greffon et aucune cellule humaine. Les médecins se sont rapidement trouvés dépourvus pour combattre un virus qui ne touche jamais les humains. Le patient a reçu du cidofovir, un antiviral destiné aux malades du SIDA, ainsi que des immunoglobulines humaines, un protocole qui a amélioré son état quelques jours, avant une nouvelle dégradation et son décès malgré les tentatives de réanimation.  

Le greffon n’aurait pas été rejeté

Selon l’université du Maryland, ce virus porcin n’est pas forcément la cause unique du décès de David Bennett. « N’oublions pas que ce patient était très malade, peut être le virus a contribué à sa mort, mais ce n’est pas la seule cause » a rappelé le Dr Griffith. Pour l’équipe en charge de cette xénogreffe, il n’est d’ailleurs pas exclu que le traitement à base d’immunoglobulines humaines ait pu aggraver l’état du patient, les anticorps humains ayant pu attaquer le greffon de porc.

La possibilité que les xénogreffes conduisent à l’introduction de virus animaux chez les hommes avait déjà été pointée du doigt comme un risque majeur. D’ailleurs lors d’expérimentations menés sur des babouins greffés avec un cœur de porc, plusieurs étaient morts très rapidement tués par un virus porcin.

Paradoxalement, le fait que David Bennett ait été victime d’un virus porcin serait une bonne nouvelle. Cela signifie que le greffon n’a pas été rejeté par l’organisme, ce qui constituait la principale crainte des médecins. Une recherche plus approfondie de la présence de virus avant la greffe pourrait permettre d’éviter qu’un tel échec se reproduise. Le Dr Muhammad Mohiuddin, en charge du programme de xénogreffe à l’université de Maryland, a en tous les cas déclaré que la mort de ce premier patient n’avait en rien entamé sa détermination à poursuivre son projet. Une équipe concurrente de l’université de Birmingham en Alabama s’apprête à réaliser une greffe de rein de porc : le cochon génétiquement modifié a été séparé de sa mère et élevé dans un environnement stérile pour éviter toute contamination.

Nicolas Barbet

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