Le rideau se ferme sur le Conseil scientifique alors que la Covid ménage peut-être des coups de théâtre

Paris, le vendredi 22 juillet 2022 – Les membres du Conseil scientifique dédié à la lutte contre la Covid auront peut-être été satisfaits de constater que (pour une fois, diront les mauvaises langues) une de leur préconisation a été entendue.

Dans leur précédent avis, fin juin, qui sonnait déjà comme un épilogue, ils soulignaient l’importance d’une publication rapide des recommandations établies par des entités telles que la leur, alors que régulièrement leurs analyses sont demeurées plus d’une semaine, voire deux sans être portées à la connaissance du public.

Or, le véritable dernier avis du Conseil a été publié quasiment en temps réel, le 20 juillet, après une adoption le 19 juillet. Par ailleurs, les membres se sont prêtés à un exercice rare : une conférence de presse.

Instrumentalisation

Pas question cependant de réaliser un devoir d’inventaire, alors que le Conseil scientifique a régulièrement concentré les critiques formulées sur la gestion de l’épidémie, tantôt accusé d’avoir eu trop de pouvoir ou au contraire de n’être qu’un organe fantoche incapable d’imposer la raison scientifique.

Les membres n’étaient évidemment pas dupes. Hier, le président Jean-François Delfraissy, a observé : « Il y a eu des hauts et des bas, on a connu des défaites, des succès, parfois on a été entendu, d’autres fois pas, on a progressivement appris l’humilité, à admettre que l’on ne savait pas. A-t-on été instrumentalisé ? Sans doute, mais on a pu s’autosaisir, et on a su rester autonome, indépendant vis-à-vis des autorités politiques », est-il convaincu.

Et quand on lui demande par qui il a le sentiment d’avoir été « instrumentalisé », il répond pêle-mêle : « Par nous, par les médias, par les politiques ».

Tout et son contraire, le pire comme le moins pire

Pas de vrai bilan, donc, mais plutôt une feuille de route pour l’avenir car si le Conseil scientifique voit sa mission s’achever la Covid, elle semble devoir encore demeurer longtemps dans notre quotidien. Les membres proposent tout d’abord des scénarios pour le moyen terme, tout en semblant rappeler une nouvelle fois que toute prédiction est impossible puisque dans chaque hypothèse tous les niveaux de gravité sont envisagés.

Première possibilité : « Une succession de vagues épidémiques liées à l’émergence de sous-variants d’Omicron, avec un retentissement hospitalier moins important comparé à celui des vagues liées aux VOC du début de la pandémie. (…) On ne peut pas cependant écarter que le processus « d’optimisation » d’Omicron ne s’accompagne d’une sévérité accrue d’un des prochains sous-variants. Le sous-variant actuellement source d’inquiétude est le BA.2.75 apparu en Inde, avec un avantage de transmissibilité par rapport au variant BA.2 déjà présent dans ce pays ».

Autre perspective, la circulation saisonnière d’un variant déjà existant.  Mais là encore, le Conseil met en garde : « Il n'est pas possible de prédire si un ou plusieurs variants circuleront, et quels variants seront concernés par cette reprise épidémique, la co-circulation dépendant de la contagiosité relative des variants, et de la protection immunitaire croisée existant entre les variants ».

Enfin, on ne peut écarter complétement le risque de « L’émergence d'un variant X doté d'une capacité d'échappement immunitaire et d'une contagiosité suffisante pour être responsable d'une nouvelle vague épidémique. Cette émergence "réussie" pourrait survenir à tout moment, n'importe où dans le monde (…). La sévérité des manifestations cliniques associées à ce nouveau variant est imprévisible, et peut aller vers une moindre ou une plus grande sévérité. Ce scénario a un niveau de probabilité relativement élevé ».

Bref, ce que l’on sait c’est que l’on ne sait rien.

Vaccination et Paxlovid

Face à cet avenir, plus que douteux, quelles seront nos armes ? Dans le cadre d’une stratégie dite du « vivre avec », il faudra encore et toujours s’appuyer sur le dépistage, juge le Conseil qui insiste sur plusieurs points dont l’accès aux tests multiplex qui devrait « être facilité » et la nécessité de maintenir un système de surveillance dans les écoles.

Le Conseil scientifique cite également la présence des purificateurs d’air et l’analyse des eaux usées. Mais le vrai pilier de notre riposte face à l’épidémie reste la vaccination. Jean-François Delfraissy sur ce point a semblé concéder une forme de déception vis-à-vis des vaccins et de leurs limites.

« Les vaccins ont un rôle limité sur la protection de l’infection et la transmission. Leur impact sur le niveau de la circulation virale en population est donc limité. Il nous manque donc actuellement un vaccin muqueux qui permettrait d’avoir une protection plus complète de l’infection » peut-on lire dans l’avis du Conseil.

Ces limites n’empêchent pas les membres du conseil de recommander une nouvelle fois activement de renforcer la campagne vaccinale, avec pour objectif une meilleure couverture des plus fragiles avec le second rappel.

A contrario, concernant la protection des enfants, alors que la France fait figure de lanterne rouge en la matière, le Conseil scientifique remarque qu’il s’agit d’un « sujet complexe » et note : « Il est urgent de vacciner les enfants à risque ou immunosupprimés, une trop grande proportion d’entre eux ne l’est toujours pas. Les formes sévères ou graves sont rares avec les sous-variants Omicron chez les enfants âgés de 5 à 11 ans, et exceptionnelles chez les enfants vaccinés »

Parallèlement au vaccin, le Conseil scientifique déplore que le Paxlovid n’ait pas une place plus importante en France et reste méconnu des médecins et pharmaciens.

Déficit de culture scientifique

Enfin, le Conseil scientifique invite à réfléchir à certaines des leçons de la pandémie. Outre la dégradation de la santé mentale et l’épuisement de nos hôpitaux, ce sont les limites de notre solidarité qui sont interrogées. «Il faudrait un débat de société sur le niveau de morbidité et de mortalité que l’on accepte par rapport au niveau de restriction que l’on est prêt à accepter», a ainsi observé l’épidémiologiste Arnaud Fontanet.

Le déficit de culture scientifique d’une grande partie de la population mais aussi de nombre de nos dirigeants a également été plus que jamais révélé par la crise sanitaire (même si le JIM avait déjà évoqué à plusieurs reprises ce phénomène complexe et préoccupant).

Sur ce point, commenté Daniel Benamouzig, directeur de recherche au CNRS relève : « Il s’agit de compléter une forme de lacune dans le système institutionnel français, peut-être d’autant plus forte que les décideurs français n’ont pas toujours une culture scientifique très forte, ce qui peut les distinguer de certains de leurs homologues européens ». De telles préconisations ont déjà été formulées à de nombreuses reprises, mais demeurent complexes à concrétiser.

Le Conseil scientifique laisse aujourd’hui la main à un organe non encore constitué et a promis qu’il resterait présent pour faciliter cette transition.

Léa Crébat

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