Le temps est-il déjà venu d’ouvrir la vaccination à tous ?

Paris, le mercredi 28 avril 2021 – Une plaisanterie vaut parfois mieux qu’un long discours. C’est un montage qui circule sur les réseaux sociaux où l’on voit deux personnes discuter. Le premier demande : « Je voudrais être vacciné ». Le second, manifestement en colère rétorque : « Ce n’est pas ton tour ». « Alors vaccinez ceux dont c’est le tour ! ». « Ils ne veulent pas » répond le premier. « Alors vaccinez-moi rétorque le candidat à la vaccination ». « Ce n’est pas ton tour » lui hurle-t-on à nouveau.

Le nombre de créneaux libres ne cesse de croître

Est-ce ce qui est en train de se jouer dans les centres de vaccination français aujourd’hui ? Les témoignages ce week-end de structures devant prématurément fermer leurs portes faute de personnes souhaitant se faire vacciner, les évocations par certains médecins de candidats qui finalement déclinent en découvrant que le vaccin utilisé dans le centre où ils se sont rendus est celui de Moderna (à cause d’on ne sait quelle assonance) suggèrent que le temps où les personnes prioritaires se lamentaient de ne pouvoir obtenir un rendez-vous rapidement est révolu. C’est surtout hier, Guillaume Rozier, spécialiste des data et qui s’est illustré depuis le début de la crise pour son suivi intelligent et précis de l’ensemble des indicateurs de l’épidémie, qui a lancé l’alerte. « 270 000 créneaux de vaccination sont encore ouverts pour les prochaines semaines, je crois que ça n’était jamais arrivé. Nous manquons de données pour savoir s’il y a une véritable divergence entre offre et demande » a-t-il exposé sur Twitter. Il détaillait encore : « Le nombre de créneaux non pourvus est croissant sur les dernières semaines. On en avait environ 30 000 ou 40 000 il y a une quinzaine de jours. Aujourd’hui on est plutôt entre 150 000 et 250 000. Il est difficile de dire si cela reflète une baisse de la demande par rapport à l’offre (offre en outre peut-être plus abondante, ndlr). Seules les plateformes (comme  Doctolib) qui gèrent les stocks des centres de vaccination peuvent connaitre le nombre de doses non réservées. Nous ne pouvons pas récupérer cette donnée » souligne-t-il. De fait, on sait que dans certains cas, le nombre élevé de créneaux libres pourrait être lié à l’importante ouverture en quelques jours de nouveaux rendez-vous, en raison de livraisons soutenues. Cependant, pour Guillaume Rozier, la situation mériterait au moins un assouplissement des critères d’éligibilité pour éviter que des doses ne soient gâchées. Il a même invité le gouvernement, en une forme de clin d’œil à faire la promotion de la plateforme qu’il a mis en place Vite ma dose (qui permet de connaître en temps réel les créneaux disponibles) ou de dispositifs comme Covidliste dont l’objectif est de faire coïncider les aspirations à la vaccination des uns et la volonté de ne gâcher aucune dose des autres.

Éviter le nivellement par le bas

Certains élus sont sur cette ligne. Ainsi, à Nice, le maire Christian Estrosi (LR) a incité ses administrés à s’inscrire sur les listes d’attente même s’ils ne sont pas prioritaires. Résultat, dans la cité, certains trentenaires en bonne santé ont pu se faire vacciner. Le scénario est proche à Cannes. Même si la priorité est évidemment toujours réservée aux publics vulnérables et aux plus âgés, bénéficiant d’une campagne dynamique (27 % de la population des Alpes-Maritimes a déjà reçu une dose, soit deux fois plus par exemple qu’en Seine-Saint-Denis) débutée de façon précoce (notamment parce que le département fût dès le début de l’année un territoire sous surveillance), la ville commence déjà à vacciner d’autres publics (restaurateurs, jeunes enseignants par exemple). Et quand on l’interroge sur la « légalité » d’une telle initiative, David Lisnard, l’actif maire de Cannes, ne peut que s’étonner : « Il serait quand même curieux d’estimer […] qu’on n’a pas le droit, de respecter la hiérarchie définie par l’État avec les doses définies par l’État, et de ralentir notre vaccination parce que nous irions plus vite que les autres. Ce serait un nivellement par le bas. »

Se concentrer sur les plus vulnérables

Bien sûr, le ministère de la Santé, qui n’en est pas à sa première passe d’arme avec l’édile cannois est loin de partager cette vision. Il a ainsi rappelé hier en marge d’une visite à l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France que « Si on se fixe une cible de 80 % d’une tranche d’âge qui doit être vaccinée pour être protégée, il y a encore 4,3 millions de Français qui relèvent de la vaccination qui n’ont pas encore été vaccinés », a-t-il expliqué. Si bien sûr, il considère comme tout à fait pertinent qu’au sein d’un cabinet médical, pour éviter le gâchis de doses, un médecin sélectionne des patients qui sans être officiellement éligibles présentent une vulnérabilité, concernant les centres de vaccination, il estime que plutôt que de proposer des doses à des jeunes en bonne santé, il est plus pertinent de solliciter les habitants des environs.

Des jeunes déjà vaccinés

Derrière ce nouvel épisode d’affrontement entre le gouvernement et les élus locaux qui ont été multiples depuis le début de la crise, c’est au-delà la question de l’adhésion à la vaccination qui semble se profiler et une énième fois encore celle de la pertinence et de la capacité d’adaptation de la stratégie vaccinale française. Officiellement, pour l’heure, Olivier Véran dit que sa réflexion avec le professeur Alain Fischer concerne un élargissement à un nombre plus important de sujets vulnérables. Mais la France n’ignore pas que de nombreux autres pays ont déjà commencé à s’interroger sur l’ouverture généralisée de la vaccination et en premier lieu l’Allemagne. Aujourd’hui 8,32 % des Français âgés de 30 à 49 ans ont reçu une première dose de vaccin : professionnels de santé et personnes présentant un haut risque de forme grave de la Covid sont majoritaires dans ce groupe, mais la proportion est telle qu’il semble qu’un certain nombre de Français non éligibles ait choisi pour se protéger et protéger les autres de ne pas attendre leur tour.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Vaccin pour tous

    Le 28 avril 2021

    1er verrou : on vaccine tout le monde sans "contre indication" d'âge insuffisant ; si les professionnels de santé se sentent couverts au plan médico légal, ils vaccineront des "jeunes" au lieu de jeter des vaccins ...qui seront en principe autorisés pour tous dès cet été ! Le verrou est "médico légal" , ou plutôt psychologique , si le ministre , l'administration et les assureurs disent "OK" ce verrou saute.

    2eme verrou : on vaccine sans prioriser, ou en priorisant moins : au delà d'un certain quota ou volume de candidats sériés par l'âge, tous ceux qui le demandent (et non les inscrits sur liste complémentaire) devrait pouvoir passer ...au lieu d'attendre leur tour et les atermoiements des responsables et acteurs de la vaccination.

    3eme verrou : la dynamique : après avoir fait sauter les 2 premiers verrous on devrait avoir une dynamique vertueuse, la population allant se faire vacciner "naturellement" en suivant les courageux volontaires précités !

    Dr F Chassaing

  • L’exemple de Wallis et Futuna

    Le 02 mai 2021

    En ouvrant la vaccination, on effectue un effet boule de neige. Certains indécis, voyant d’autres vaccinés, font le pas.
    Par contre, l’exemple de Wallis et Futuna montre qu’il est illusoire d’envisager 80% de la population. Si on arrive à 60%, ce sera déjà bien. Les raisons évoquées afin de ne pas se faire vacciner ne seront pas les mêmes en Métropole, mais le résultat sera identique.

    Dr Bruno Fourrier

  • Choses vues

    Le 02 mai 2021

    Vendredi, deux proches, 56 ans, ayant reçu un rendez-vous auprès d'un centre (Villemoisson s/ Orge 91) pour combler les nombreux créneaux restés inoccupés, se font jeter très grossièrement par un médecin ! Vociférant qu'ils n'ont pas le droit d'être là et prennent la place des prioritaires !!!
    Comprenne qui pourra ………

    Dr Emmanuel Roubertie

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