Les annonces d’E. Macron sur le conditionnement du passe à la 3ème dose pour les plus de 65 ans interrogent

Paris, le mercredi 10 novembre 2021- Si jamais il doutait de la pertinence de sa décision, Emmanuel Macron aura sans doute été (une nouvelle fois) rapidement conforté par les courbes de prise de rendez-vous sur Doctolib. Comme au mois de juillet alors que l’annonce de l’élargissement du recours au passe sanitaire à un grand nombre de lieux accueillant du public avait conduit à une explosion des connexions sur le site désormais incontournable, le discours hier d’Emmanuel Macron principalement marqué par la décision de conditionner la validité du passe sanitaire à la réalisation d’un rappel vaccinal pour les plus de 65 ans a provoqué une forte hausse des demandes de rendez-vous. Ainsi, 274 000 créneaux ont été bloqués dans la soirée, dont 149 000 pour l’injection d’une troisième dose !

Un nouvel indice de la pérennisation du passe sanitaire

Ce succès qui sera probablement rapidement utilisé par les défenseurs du passe pour signaler la persistance de son utilité est loin cependant de répondre à toutes les interrogations.

Les considérations démocratiques demeurent tout d’abord et sont ravivées par le fait que l’on mesure avec cette introduction du rappel vaccinal que le passe sanitaire a vocation à être pérennisé et le rappel destiné à être indispensable pour mener une vie normale (pour les séniors) ce qu’avait nié Olivier Véran il y a quelques semaines à peine. D’un point de vue technique, et alors que les stocks disponibles apparaissent parfaitement suffisants pour répondre aux objectifs, le gouvernement a contourné la difficulté en excluant de cette mesure les personnes souffrant de comorbidités et éligibles à la troisième dose.

Ainsi, de façon simple, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal a indiqué ce matin que le passe sanitaire serait désactivé pour les plus de 65 ans « qui ont réalisé leur deuxième dose il y a plus de six mois et cinq semaines et n'ont pas fait leur rappel » et ce à partir du 15 décembre.

Une discrimination liée à l’âge problématique ?

Le gouvernement a cependant été pour l’heure peu disert sur la forme juridique de cette nouvelle disposition. La voie réglementaire semble la plus probable, puisque la nouvelle loi dite de « vigilance sanitaire » vient juste d’être adoptée, à moins que l’exécutif choisisse de déposer un amendement au projet de loi de sécurité sociale (PLFSS). Le point délicat est que les autorités de contrôle pourraient considérer que ce passe sanitaire uniquement élargi aux plus de 65 ans revêt une forme de discrimination liée à l’âge. Si le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel ont le plus souvent statué en faveur des mesures choisies par le gouvernement, comme hier encore en ce qui concerne la prolongation de la possibilité de recourir au passe jusqu’au 31 juillet 2022, ils continuent cependant de veiller au franchissement de certaines limites. Le refus d’accepter que les directeurs d’établissements puissent accéder aux informations vaccinales de leurs collégiens marque notamment une vigilance certaine en ce qui concerne le secret médical, qui a probablement conforté l’Élysée dans son choix de ne pas inclure les personnes souffrant de comorbidités dans sa mesure. Dans ce contexte de surveillance des autorités de contrôle et concernant la question de la discrimination liée à l’âge, il faudra que le gouvernement puisse s’appuyer solidement sur les recommandations scientifiques et médicales de la Haute autorité de Santé (HAS), du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale et du Conseil scientifique qui ont déjà été priés de se pencher sur le sujet. Ayant déjà probablement fait part de leurs réflexions au Président de la République dans le cadre du Conseil de défense hier, ces instances doivent rendre publiques leurs conclusions très prochainement.

Circonspection des spécialistes

Cependant, sans attendre le point de vue de ces institutions, des voix se sont élevées pour regretter cette solution et notamment l’Académie de médecine. « La dose de rappel est nécessaire pour le public cible actuel, qui perd vite son immunité post-vaccinale. Mais brandir l’obligation est inacceptable, car on recrée une discrimination en fonction de l’âge », déplore ainsi dans les colonnes du Monde, l’épidémiologiste Yves Buisson, président de la cellule Covid-19 de l’Académie nationale de médecine. Il note encore « La plupart des gens éligibles aujourd’hui au rappel font partie des personnes les plus motivées pour la vaccination, puisqu’elles étaient les premières à être volontaires ». D’autres médecins et scientifique partagent cette position : Philippe Amouyel, épidémiologiste et professeur de santé publique au CHU de Lille cité par Le Parisien, considérait avant d’entendre le discours d’Emmanuel Macron que l’exécutif devrait plutôt s’employer à convaincre les Français concernés de la nécessité de la troisième dose plutôt que de « tordre le bras » à la population. Beaucoup par ailleurs signalent que la priorité devrait bien plus certainement être la vaccination des plus fragiles qui n’ont encore reçu aucune dose. C’est par exemple le point de vue de l’épidémiologiste de l’INSERM Dominique Costagliola, tandis que le président du Comité d’orientation de la stratégie vaccinale, le professeur Alain Fischer a également souvent abondé dans ce sens. Enfin, pour éviter le risque d’une discrimination liée à l’âge, Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier, juge qu’il serait plus pertinent de « créer une date de péremption pour le passe sanitaire de tout le monde, puisque de toute manière, on passera très probablement à un rappel en population générale ».

L’exemple d’Israël

Un tel choix fait encore l’objet de controverses dans la communauté scientifique. C’est cependant celui qui a été fait par Israël et le Maroc, qui ont également décidé d’adapter les conditions de validité du passe sanitaire à cette troisième dose. Ainsi, aujourd’hui, Israël est le champion en la matière (avec une couverture de 43 % de sa population). En France, 3,6 millions de personnes ont reçu un rappel vaccinal sur 7,7 millions de personnes éligibles (soit 5,3 % de population, contre 15,1 % des Britanniques ou encore 7,4 % des Américains).

Aurélie Haroche

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Vos réactions (10)

  • Et la sérologie ?

    Le 11 novembre 2021

    Vacciner et revacciner à tour de bras, pourquoi pas? et la sérologie dans tout cela? Et une sérologie positive par rapport au virus souche initiale, quelle valeur par rapport à un virus qui aurait muté ? et revacciner avec le même vaccin alors que le virus a sans doute muté et le vaccin devenu inefficace ?
    Et Valneva? et Novacyt? qui en parle? Je suis très perplexe...

    Dr Jean-Paul Vasse

  • "Problématique" ?

    Le 13 novembre 2021

    Ce qui serait problématique serait une absence de discrimination liée à l'âge !
    En médecine, ne tenir aucun compte des caractéristiques individuelles estfautive.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Coup d'épée dans le dos

    Le 14 novembre 2021

    Les plus engagés dans la vaccination dès qu’elle a été possible, se voient sanctionner par l’obligation pour conserver la validité du passe sanitaire. Cela ressemble à un coup d’épée dans le dos et ne va certainement pas améliorer la relation de confiance entre le pouvoir et le peuple ce qui risque de compliquer l’avenir.

    Bernard Saulnier (MK)

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