Les CDC américains veulent élargir l’utilisation préventive de Truvada

Atlanta, le vendredi 16 mai 2014 – La Food and Drug Administration avait créé la surprise en modifiant en juillet 2012 l’indication de Truvada (Tenofovir/FTC) afin qu’il puisse être prescrit chez les sujets présentant un risque très important d’infection par le VIH en raison de leurs pratiques. C’était la première fois qu’était autorisée l’utilisation d’un antirétroviral dans un cadre préventif, une décision qui avait été à l’époque très critiquée par certaines associations de lutte contre le Sida aux Etats-Unis et qui avait été observée avec circonspection dans plusieurs pays, notamment la France.

Un outil de plus pour relancer la lutte contre le Sida

Aujourd’hui, les prescriptions à titre préventif du Truvada restent limitées : elles concerneraient 10 000 personnes. Cependant, les Centres de contrôle des maladies (CDC) viennent de publier de nouvelles recommandations en faveur d’une utilisation élargie de ce traitement. Ils estiment qu’il pourrait être conseillé aux homosexuels et bisexuels n’utilisant pas de préservatif, aux hétérosexuels ayant également des partenaires à hauts risques sans protection des partenaires et aux toxicomanes. Au total, jusqu’à 500 000 personnes pourraient être concernées. Ce choix des CDC est lié à la constatation de l’essoufflement de la lutte conte le VIH aux Etats-Unis où le nombre de nouvelles contaminations reste stable depuis plusieurs années (autour de 50 000/an) et où l’utilisation du préservatif est en recul, en particulier dans les groupes à risque. « Je pense que ces directives des CDC sont une bonne idée (...) car nous avons besoin de toutes les formes de prévention possible, et ce médicament est très efficace », s’est félicité le Dr Anthony Fauci, directeur de l'Institut national de l'allergie et des maladies infectieuses (NIAID). Cette position est loin d’être partagée par tous et une fois encore la grande ONG américaine AIDS Healthcare s’est inquiétée de cette stratégie, l’estimant dangereuse car elle risquerait selon elle d’encourager plus encore l’abandon du préservatif et considérant qu’il serait davantage efficace d’insister sur l’importance du dépistage.

Un dossier oublié en France ?

En France, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) est à l’origine d’une situation quelque peu ubuesque… et bien française. Avant l’annonce de la FDA, l’Agence nationale de recherche du sida avait lancé un essai destiné à évaluer l’efficacité de la PrEP reposant sur l’utilisation du Truvada. Après la décision de l’agence américaine et tandis que le Conseil national du Sida (CNS) en France se déclarait lui aussi favorable à l’extension d’indication du médicament pour les sujets très à risque, certains estimaient que l’étude de l’ANRS n’avait plus lieu d’être et notamment que son « bras placebo » paraissait de plus en plus contestable éthiquement. Cependant, l’agence décida fin 2012 de poursuivre son essai ! Nouveau rebondissement au cours de l’été 2013, le ministre de la Santé appuya la demande formulée par plusieurs associations d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) du Truvada à titre préventif. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) n’a à notre connaissance, quasiment neuf mois plus tard, toujours pas donné sa réponse sur ce dossier.

Aurélie Haroche

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