Les pharmaciens vent debout contre la vente des autotests par la grande distribution

Paris, le jeudi 30 décembre 2021 - Faut-il y voir une simple entorse ou une petite révolution ? Par arrêté publié mardi au Journal Officiel, la vente d’autotests pour dépister le Covid-19 a été autorisée « à titre exceptionnel et jusqu’au 31 janvier 2022 » hors des pharmacies.

Considérant l’intérêt sociétal de l’utilisation des autotests « dans le contexte d’une augmentation très forte du taux d’incidence, due à la propagation des variants Delta et Omicron, et d’une demande d’examens et de tests de dépistage sans précédent depuis le début de la crise sanitaire, il y a lieu de diversifier les circuits d’approvisionnements et de ventes des autotests », expose l’arrêté.

La fin d’une exception française

Il aura fallu attendre l’arrivée de la vague Omicron pour que le gouvernement accède à une ancienne revendication de la grande distribution. Autorisée depuis le printemps dernier, la vente des autotests antigéniques était jusqu’à présent strictement limitée aux pharmacies qui militaient pour en garder le monopole.

La France rejoint ainsi les nombreux pays d’Europe où la commercialisation du dispositif est autorisée dans les grandes enseignes. Aux États-Unis, certains campus n’hésitent pas à faire figurer les autotests dans les distributeurs à coté des boissons et autres sucreries.

Colère de l’Académie de pharmacie

Mais cette décision provoque l’incompréhension de toute une profession qui n’accepte pas la fin de ce monopole. Dans la foulée de l’annonce, le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France a réagi sur Twitter : « les autotests ne sont pas une simple marchandise à mettre en GMS [grandes et moyennes surfaces]. Je le répète, l’encadrement par un professionnel de santé est fondamental. Nous n’allons pas en rester là ». Ce dernier soutient que cette mesure est « un renoncement à la stratégie de tracing » de l’épidémie.

Les autotests, qu’ils soient vendus en pharmacie ou non, ne font pas l’objet d’un enregistrement dans les bases de données SI-DEP, et doivent être confirmés par un test ultérieur antigénique et / ou PCR.

Dans un communiqué publié le 29 décembre 2021, l’Académie nationale de Pharmacie regrette que les patients ne puissent pas bénéficier des conseils et de l’expertise d’un professionnel de santé en amont de la réalisation du test « afin de valider sa pertinence et en aval pour l’interprétation du résultat et des règles à respecter en conséquence ».

Pour l’Académie « seul un accompagnement par un professionnel de santé comme le pharmacien permet d’éviter les interprétations erronées et surtout les utilisations inutiles en rappelant la faible sensibilité de ces dispositifs, à l’origine de nombreux faux négatifs. »

La fiabilité des autotests en question face à Omicron

Un communiqué qui intervient alors que l’administration américaine vient de mettre en garde le public américain sur les résultats mitigés obtenus par les autotests antigéniques face au variant Omicron.

C.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • La bande à Leclerc et Attali

    Le 30 décembre 2021

    Ce n'est pas la première magouille organisée par la bande de l'ancienne commission Attali, soit Macron et Leclerc. Il avait fallu le NON de Sarkozy pour conserver le médicament en officine !
    Attali est le conseil de tous mes gouvernements, au prix fort, depuis des décennies. Tant qu'on ne dénoncera pas ce copinage dans ces termes, on fera semblant de ne pas savoir quel nuage plane sur nous, donc sur le public et la Santé publique.

    Guy Barral (pharmacien)

  • Exception française

    Le 30 décembre 2021

    Curieux que seuls les français seraient incapables de manier et comprendre l'utilisation des autotests.
    Pas étonnés en revanche que les pharmaciens se soient empressés de les vendre au prix maximum. Va falloir partager le fromage.

    Dr Bernard Eber

  • Corporatisme prévisible

    Le 30 décembre 2021

    Achat de 04 tests en pharmacie ce jour : 21€ - En vente au Leclerc : 1,95€ l'unité . Si j'avais su !

    La position des syndicats professionnels et de l'académie de pharmacie n'est pas une surprise
    Elle n'est pas sans rappeler les conflits d’intérêts LAM - Pharmacies.

    La question (et risques) des faux négatifs, de l'utilisation exclusivement réservée aux asymptômatiques doit être surlignée quelque soit le lieu d'acquisition.

    Mon auto-test acheté ce jour en pharmacie dispose d'une notice ... en anglais : Qui dit pire ?

    Dr JP Bonnet

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article