Les plaintes se multiplient contre le Samu dans un contexte de défiance

Paris, le mercredi 7 avril 2021 - Faut-il y voir ici un signe de la judiciarisation des rapports sociaux, accélérée par la crise du Covid-19 ?

L’affaire relatée dans le quotidien 20 Minutes témoigne d’une certaine défiance vis-à-vis des décisions du corps médical, derrière lesquelles on recherche, non pas une faute civile, mais bien un manquement susceptible de poursuites pénales.

Les faits témoignent d’une tragédie presque ordinaire à l’heure du Covid-19. Une patiente de 53 ans décède en septembre 2020 d’un arrêt cardiorespiratoire quelques heures après avoir été hospitalisée. Quelques jours auparavant, elle avait été testée positive au SARS-CoV-2.

Face à la dégradation de son état de santé, elle avait contacté le SAMU qui lui aurait enjoint de ne « pas aller aux urgences ». Le médecin régulateur aurait estimé à l’époque qu’elle ne présentait pas de symptômes de détresse respiratoire. Pourtant, l’oxymètre (acheté par la famille en pharmacie) affichait alors un taux de 22 %. Le régulateur aurait alors répondu « qu’avec un tel taux, elle serait morte ».

D’après l’AP-HP, contactée par Le Parisien, il aura fallu trois appels pour qu’une équipe de secours soit dépêchée à son domicile. Mais la direction de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris considère que les régulateurs ont pris le temps « nécessaire d'échanger avec la patiente et ses proches ».

Lors du second appel, le médecin « après avoir évalué l'état de santé de la patiente pendant dix minutes et éliminé une détresse vitale immédiate, n'a pas jugé nécessaire d'envoyer des moyens à son domicile. [...] Il a toutefois donné pour consignes de ne pas hésiter à rappeler en cas d'aggravation », souligne l'AP-HP.

Plainte pénale

Pour la famille de la victime, l’indignation est réelle. Interrogés dans le Parisien, les plaignants mettent en avant le besoin de vérité : « On aimerait une enquête pour comprendre ce qu'il s'est passé. Est-ce la décision du régulateur ? Avait-il eu des directives pour trier les patients ? » s'interroge notamment le frère de la patiente.

Si l’enquête se chargera de faire la lumière sur ces tragiques évènements, le choix d’une procédure pénale interroge. D’autant plus qu’une éventuelle faute civile commise par le médecin régulateur n’implique pas nécessairement l’existence d’une faute pénale.

Dans le détail, les plaignants reprochent au Samu d’avoir suivi des directives publiées par le ministère de la Santé en mars 2020 pour éviter de saturer les hôpitaux. Selon eux, cela aurait conduit à laisser des personnes souffrantes « jusqu’à ce qu’elles atteignent un état de santé critique ».

La plainte déposée s’inscrit dans une procédure engagée le 24 juillet dernier par l’association Coronavictimes, pour « délaissement de personnes vulnérables ayant entraîné la mort ».

Le Samu se défend

Cette plainte ne représenta pas un cas isolé en France. En octobre dernier, un homme de 41 ans a porté plainte pour « violences volontaires » contre le Centre hospitalier régional de Metz, le Samu-57, la DGS et Santé Publique France. Atteint du Covid-19 en mars 2020, ce sidérurgiste a contacté a plusieurs reprises le 15 sans parvenir à être hospitalisé. Il sera admis plus tard en réanimation avec un pronostic vital engagé.

Mais pour les urgentistes, « il y a une hystérie collective sur le tri des patients, mais le tri est à la base de la médecine d’urgence », résume le président de la Société française de médecine d’urgence (SFMU), Karim Tazarourte. Si pour le médecin, il est « normal et même sain de rendre des comptes » il assure dans le même temps qu’aucun de ses confrères « ne s’amuserait à laisser mourir des patients par défaut de soins ».

C.H.

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