L’étude ComCor confirmerait le rôle épidémiologique des bars et restaurants

Paris, le jeudi 17 décembre 2020 – Une étude de l’Institut Pasteur sur les lieux de contamination au Covid-19 confirme que les bars et restaurants sont des lieux à risque.

« Il peut arriver que la science rejoigne le bon sens ». C’est ainsi que le premier ministre Jean Castex a résumé les premiers résultats de l’étude ComCor conduite par l’Institut Pasteur et publiée ce jeudi. Selon ce travail, mené par le professeur d’épidémiologie Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique, les bars, restaurants et salles de sport sont sans surprise des lieux privilégiés de contamination par la Covid-19. Une information qui justifierait donc la décision du gouvernement de garder ces établissements fermés au moins jusqu’au 20 janvier.

Réalisée en partenariat avec la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM), Santé Publique France et l’institut de sondage IPSOS, l’étude ComCor de l’institut Pasteur comprend deux volets. Le premier a été réalisé par mail auprès de 370 000 personnes contaminées vraisemblablement depuis le 17 octobre dernier (date de la mise en place du couvre-feu). Seules 30 000 personnes ont répondu aux questions de l’Institut Pasteur. Parmi ces volontaires, 44 % déclarent connaitre la personne qui les a infectés, 21 % suspectent un évènement particulier tandis que 35 % ignorent comment ils ont contacté le virus. Les sujets contaminés disent s’être isolés dans 97 % des cas, mais seulement 64 % l’ont fait dès qu’ils ont eu connaissance du fait qu’ils étaient cas contacts.

Le repas, moment privilégié pour se contaminer

Le deuxième volet de l’étude (plus riche d’enseignement) concerne 3 426 cas index infectés par le Sars-Cov-2 et sélectionnés par l’Institut Pasteur, dont les comportements sont comparés à ceux d’une population de 1 713 témoins non contaminés (étude cas-témoins). C’est ce volet de l’étude qui conduit les chercheurs de l’Institut à affirmer que la fréquentation de bars, restaurants et salles de sport ainsi que le fait d’exercer une « profession intermédiaire de la santé et du travail social » augmente fortement le risque d’être contaminé. A l’inverse, se rendre dans des commerces ou travailler dans un établissement scolaire ne serait pas corrélé à un risque accru de contamination.

Étrangement, l’augmentation du risque de contamination lié à la fréquentation des restaurants aurait persisté durant la fin de la période étudiée c’est-à-dire durant le confinement, époque à laquelle ces établissements étaient pourtant fermés ! Selon le Pr Fontanet, cela pourrait s’expliquer en partie par l’existence, durant le confinement, de bars et de restaurants clandestins où le taux de contamination serait important. De manière générale, il semble que ce sont les repas, au restaurant ou en privé, qui créent le plus grand risque de se contaminer (du fait sans nul doute de l’impossibilité d’être masqué en mangeant !). Une information qui doit inciter les Français à se montrer particulièrement prudent durant les fêtes de fin d’année, concluent les auteurs de l’étude.

Des études américaines dans le même sens

Les résultats de l’étude ComCor confirment ceux obtenus par d’autres recherches effectuées aux Etats-Unis.

Ainsi, le CDC américain en septembre dernier et la revue scientifique britannique Nature en novembre avaient également conclu que bars et restaurants étaient des lieux propices à la transmission du virus. Ces différentes études épidémiologiques permettront à l’avenir d’affiner les prises de décision des gouvernants, au moment de définir les restrictions sanitaires qui s’imposent. Si l’étude ComCor consolide la décision du gouvernement de fermer les cafés et restaurants, elle remet en revanche en cause celle de mettre à l’arrêt les commerces « non-essentiels » durant le confinement.

Les chercheurs de l’Institut Pasteur tiennent cependant à mettre en garde sur les limites de leur étude. En effet, elle ne concerne que la période du couvre-feu et du confinement et les résultats pourraient être affectés par un biais de sélection des personnes infectés, qui ne représentent qu’une part infime de la totalité des malades du Covid-19. L’étude a donc vocation à se poursuivre ces prochaines semaines afin d’affiner ses résultats et notamment de mieux comprendre l’impact de l’assouplissement des restrictions sanitaires sur l’épidémie.

Nicolas Barbet

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (3)

  • Le danger des repas de groupe ?

    Le 19 décembre 2020

    C'est Macron qui en parle le mieux !

    PR

  • Références bibliographiques

    Le 20 décembre 2020

    Pourrions-nous disposer des références bibliographiques des études citées dans l'article pour en lire les full texts ?

    Fr. Mijcke, SF

  • Conflit d’intérêt

    Le 29 décembre 2020

    Cette étude semble affectée d’un conflit d’intérêt majeur puisqu’elle est coordonnée par un membre du « conseil scientifique ». De plus, elle repose sur du déclaratif. Il serait donc préférable de dire plutôt que la contamination se fait dans les restaurants ou à la maison que « les gens » et accessoirement le « conseil scientifique » pensent que la contamination se fait ici ou là-bas...

    Dr P Barbeau

Réagir à cet article