L’Inserm dresse un bilan positif des salles de shoot

Paris, le mercredi 12 mai 2021 – Dans un rapport publié ce vendredi, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) conclut que le bilan sanitaire et social des « salles de shoot » créées en France en 2016 est positif.

Un rapport de 350 pages et une conclusion : les salles de consommation à moindre risque (SCMR), plus communément appelés salles de shoot, sont efficaces. La France compte depuis 2016 de deux de ces établissements, l’un à Paris, l’autre à Strasbourg, visant à permettre aux héroïnomanes mais aussi depuis 2019 aux consommateurs de crack, de consommer leur produit dans de meilleurs conditions de santé et de sécurité. Selon Marie Jauffret-Roustide, sociologue à l’Inserm qui a participé à l’élaboration du rapport publié ce vendredi, les SCMR « diminuent les pratiques d’injection à risque, le nombre d’injections dans l’espace public, le risque d’overdoses, le risque d’aller aux urgences et la probabilité de commettre des délits ».

Pas de détérioration de la tranquillité publique selon l’Inserm

Le rapport de l’Inserm s’est notamment appuyé sur une étude comparée de toxicomanes de Paris et de Strasbourg d’un côté et de consommateurs d’héroïne de Marseille et de Bordeaux (des villes sans espaces d’injection dédiés) de l’autre. Les résultats sont sans appel : chez les toxicomanes ayant accès à une salle de shoot, le risque de faire une overdose (-2 %), de contracter le VIH ou l’hépatite C (-10 %), de s’injecter le produit en extérieur (-15 %) ou d’être admis aux urgences (-24 %) est plus faible. Les usagers de drogues fréquentant les SCMR commettraient également moins de délits.

Selon l’étude de l’Inserm, qui a recueilli l’avis de la police et des riverains des salles de shoot, la présence de ces lieux d’injection dédiés ne conduit pas à une « détérioration de la tranquillité publique ». Le nombre de seringues retrouvé dans la rue aurait ainsi été divisé par trois dans les quartiers où se trouvent les salles de shoot. Un avis loin d’être partagée par tous les habitants, alors que la « cohabitation » entre toxicomanes et riverains est de plus en plus problématique, comme le prouvent les récents incidents dans le quartier de Stalingrad à Paris. Pour le collectif Riverains Lariboisière Gare du Nord, « cette étude est biaisée et nie la réalité que nous vivons au quotidien ». Même son de cloche du côté de la droite parisienne : « ce rapport est précipité est biaisé » selon Bertil Fort, conseiller municipal LR dans le Xème arrondissement.

Deux nouvelles SCMR en projet à Paris

A un an de la fin de l’expérimentation des salles de shoot, les auteurs du rapport appellent les autorités à les pérenniser et à les déployer à l’échelle nationale. Selon eux, les deux salles de shoot actuellement existantes pourraient faire économiser 11 millions d’euros de dépenses de santé en 10 ans.

Deux nouvelles salles de shoot pourraient bientôt ouvrir à Paris, dans le XVIIIème et le XIXème arrondissement. La proposition de l’ancien ministre LREM Mounir Mahjoubi d’ouvrir une SCMR dans le quartier des Invalides a été rejeté. « C’est dans les quartiers où sont les toxicomanes qu’il faut installer les salles de consommation » lui a répondu Anne Souyris, adjointe au maire de Paris en charge de la santé. A Lille, le conseil municipal devrait décider le 29 juin prochain l’ouverture prochaine d’une salle de shoot.

Nicolas Barbet

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