Menaces sur le monopole des pharmacies : Isabelle Adenot tente d’y mettre bon Ordre

Paris, le mardi 29 juillet 2014 – Le (très) fragile sentiment de sécurité que les pharmaciens avaient pu nourrir en entendant le discours d’Arnaud Montebourg le 10 juillet, discours qui concernait entre autres la libéralisation de certaines professions réglementées mais qui ne fit pas mention du sort des pharmaciens, aura été de courte durée. Depuis quinze jours, à la faveur de la publication de plusieurs extraits dans la presse d’un rapport de l’inspection générale des finances (IGF) sur le sujet, les menaces sur le monopole des pharmacies semblent plus que jamais d’actualité. Les commentaires et les réactions ont déjà été nombreux et ce fut hier à Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens, de monter au créneau dans une tribune publiée sur le site du Huffington Post.

Signaux politiques contradictoires

La présidente de l’Ordre y reprend plusieurs des arguments déjà développés par les représentants syndicaux de la profession, tout en s’inscrivant dans une dimension plus politique. Elle relève en effet qu’en évoquant à demi mots la possibilité de la vente de médicaments dans les supermarchés, les pouvoirs publics s’orientent vers une logique quasiment opposée à celle qu’ils défendent régulièrement en rappelant l’importance de sauvegarder une offre de soins de proximité. « Deux politiques contradictoires sont proposées : une politique de santé qui repose sur la proximité, allant jusqu'à expérimenter la délivrance de médicaments à l'unité, et une politique de consommation qui détruira la proximité. Ces deux politiques ne peuvent être menées simultanément » observe Isabelle Adenot en introduction. Autre allusion à la stratégie actuelle, concernant ici la réduction des coûts, la patronne de l’Ordre énumère les nombreux efforts réalisés ces dernières années par les officines en faveur de la diminution des dépenses : promotion des génériques, dématérialisation ou encore déploiement du dossier pharmaceutique. Autant d’actions difficiles à mettre en œuvre sans s’appuyer sur un réseau cohérent de proximité.

Le diplôme ne fait pas l’indépendance

Outre cette analyse « politique » de la situation, Isabelle Adenot défend elle aussi l’idée que la qualité et la sécurité de la dispensation du médicament s’amenuiseraient si elle n’était plus assurée par des pharmaciens. On le sait, pour contourner cet argument, la grande distribution (et notamment Michel-Edouard Leclerc en pointe sur ce sujet), souligne que les médicaments n’ont pas vocation à être accessible dans n’importe quel rayon, mais qu’ils seraient proposés dans des espaces dédiés, sous la responsabilité d’un pharmacien. Pour Isabelle Adenot, ce garde fou ne saurait être suffisant pour garantir l’indépendance nécessaire dans l’acte de dispensation. « Le seul diplôme de docteur en pharmacie ne suffit pas en soi (…). La structure dans laquelle intervient le pharmacien est tout aussi essentielle : elle doit garantir son indépendance. Les pharmaciens français doivent être propriétaires de leurs officines. Les pharmaciens adjoints qui travaillent dans ces officines ont un lien de subordination avec un professionnel de santé et non avec un dirigeant dont la logique exclusive est de réaliser du chiffre d’affaires…  à tout prix, ou avec des actionnaires dont la logique exclusive est de recevoir des dividendes » analyse Isabelle Adenot renvoyant dos à dos deux propositions contestées de l’IGF : la vente des médicaments sans ordonnance en supermarché et l’ouverture du capital des pharmacies.

Des médicaments moins chers en France que dans les pays où le monopole n’existe plus

Enfin, Isabelle Adenot s’inscrit en faux contre ceux qui affirment que les pharmaciens évoluent dans un marché fermé et que son ouverture contribuerait à une baisse significative des prix des produits accessibles sans prescription. « Les pharmaciens d’officine sont en situation de concurrence, adaptés au contexte économique et aux règles du marché » écrit-elle avant de citer le baromètre de l’Association française pour la promotion de l’automédication (AFIPA) ayant mis en évidence que « le prix moyen d’une spécialité en automédication atteint 4,5 euros en moyenne en France pour une moyenne de 5,2 euros dans l’ensemble des huit pays étudiés, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Espagne, Italie, Suède et Royaume-Uni ».

Numerus clausus : un unique point d’accord

Il n’est finalement qu’une mesure suggérée par l’IGF qui pourrait trouver grâce aux yeux d’Isabelle Adenot, même si elle n’en fait pas mention dans cette tribune. La suppression du numerus clausus proposée par les inspecteurs des finances pourrait séduire l’Ordre des pharmaciens, comme il l’a indiqué au Figaro. Cette recommandation est d’autant mieux acceptée que déjà aujourd’hui l’installation de pharmaciens diplômés dans d’autres pays d’Europe permet de contourner le couperet du numérus clausus, même si cette tendance reste beaucoup plus mesurée qu’en médecine.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • De l'indépendance des professions médicales et para-médicales

    Le 03 août 2014

    Les professions médicales et para-médicales salariées ne sont pas indépendantes ! Je pense que mes confrères médecins salariés et les infirmier(e)s vont apprécier ! Je ne parle pas des pharmaciens d'hôpitaux et d'établissements privés...
    Où est l'indépendance quand on signe avec les tutelles des contrats de "bonne conduite" en revoyant les prescriptions de médecins et orientant les patients dans le "bon chemin"?
    Quand on dîne régulièrement avec le Diable il faut avoir de longs couverts...
    Dr Catusse

  • Médicaments au supermarché

    Le 07 août 2014

    Je m'étonne que dans notre pays « hypersécuritaire», on envisage de confier la vente des médicament à une structure qui est incapable de faire la différence entre de la viande de bœuf et de cheval ?
    Sylvie Cassan
    Pharmacien hospitalier

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