Octobre rose revient en force

Paris, le lundi 4 octobre 2021 – La participation au programme de dépistage systématique du cancer du sein a connu son niveau le plus bas en 2020, ne dépassant pas 42,8 % (et même 34 % dans les Bouches du Rhône). Si cette situation est indubitablement liée à la crise sanitaire, le programme n’est jamais parvenu à atteindre les taux espérés, n’allant jamais au-delà du pic de 52,4 % en 2011/2012.

Cheminement

Ce relatif désintérêt des femmes françaises pourrait avoir différentes explications. On peut notamment s’interroger sur la pertinence de mettre en place un programme systématisé et décoléré des parcours de soins habituels, alors que la décision du dépistage du cancer du sein est comme le rappelle le Dr Cécile Bour (radiologue) dans son livre « Mammo ou pas mammo : dois-je me faire dépister ? », un « cheminement » personnel, fruit de l’analyse de différents enjeux. Dès lors, l’accompagnement par des professionnels de santé qui connaissent les antécédents et les attentes de chaque patiente ne semble pas inutile.

Cependant, même si des réflexions dans ce sens avaient été initiées par l’Institut national du cancer il y a quelques années (avec en vue un dépistage plus personnalisé et réintégrant le médecin généraliste), la promotion du programme systématisé au centre du mois de sensibilisation au cancer du sein, qui se déroule tout au long d’octobre. Ainsi, l’INCA a préparé une campagne de sensibilisation qui prendra la forme d’un spot de deux minutes à 20h35 sur France 2 le 10 octobre, qui sera suivi de cinq vidéos de 30 secondes diffusées sur le web pendant quelques semaines. Si l’INCA martèle que le dépistage est un des leviers majeurs de lutte contre le cancer du sein avec la prévention, il ne sera question que du premier dans ces spots digitaux: « Le dépistage du cancer du sein : à quoi ça sert ? », « Le dépistage du cancer du sein : j'y vais ou j'y vais pas ? », « La mammographie : mal ou pas mal ? », « Le résultat du dépistage du cancer du sein : tout de suite ou plus tard ? » et « Le dépistage du cancer du sein : risque 0 ou pas ? ». A travers plusieurs de ces vidéos, l’INCA semble vouloir répondre au procès qui lui est souvent fait d’une information tronquée sur le dépistage et qui éluderait ses « limites ». Ces dernières sont de fait évoquées (il est par exemple rappelé que « le risque zéro n’existe pas ») mais immédiatement amenuisées par la présentation des bénéfices du dépistage et notamment de la détection précoce des cancers. A ce propos, l’INCA rappelle en effet dans son communiqué de présentation d’Octobre Rose : « En 2018, une étude réalisée par l’Institut national du cancer a permis de comparer l’impact des différentes modalités de détection du cancer du sein sur la lourdeur des traitements. Elle a été menée chez plus de 24 000 femmes de 50 à 74 ans, sans facteur de risque autre que l’âge. Il en ressort que le dépistage organisé a permis la détection de cancers à un stade plus précoce que le dépistage dit individuel ou réalisé dans le cadre d’un diagnostic clinique. En effet, les femmes dont le diagnostic a été posé dans le cadre de ce programme ont eu plus souvent une chirurgie conservatrice (82 % versus 70 %) que les femmes dont le diagnostic a été posé suite à un dépistage individuel ou d’un diagnostic clinique. Le recours à la chimiothérapie est également moins fréquent dans le cadre du dépistage organisé (34 % versus 53 %) », signale l’INCA qui ajoute encore « Cinq ans après le diagnostic, 99 femmes sur 100 sont toujours en vie lorsque le cancer du sein est diagnostiqué à un stade précoce ; elles ne sont que 26 sur 100 lorsqu'il est détecté à un stade avancé ». Bien sûr, certains regretteront que ces résultats éludent la question des surdiagnostics, il est vrai très délicate à quantifier et notion difficile à transmettre au grand public. On rappellera cependant que la publication en juillet par l’INCA des données actualisées sur la « survie des personnes atteintes de cancer en France métropolitaine » relevait en conclusion que l’ « amélioration est notable pour tous les cancers qui ont bénéficié de progrès diagnostiques ou thérapeutiques ces dernières années. L'amélioration de la survie liée au dépistage est plus difficile à identifier dans cette étude, de par la non-inclusion dans cette étude, des tumeurs in situ diagnostiquées lors du dépistage, ainsi que par le potentiel surdiagnostic et le biais d'avance au diagnostic difficiles à quantifier ».

Aurélie Haroche

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