Olivier Véran rendosse la blouse, alors que le problème AstraZeneca demeure sans traitement !

Le Dr Véran à l’époque où il portait la blouse
Paris, le lundi 10 mai 2021 - C’est évidemment une opération de communication. Mais ce sera peut-être la possibilité pour Olivier Véran d’échapper quelques heures à son pesant quotidien. Le ministre de la Santé a indiqué qu’il renfilerait la blouse demain pendant quelques heures pour prêter main forte dans un centre de vaccination. Cette expérience sera-t-elle l’occasion pour le ministre de mieux percevoir les difficultés des professionnels de santé. Il constatera probablement qu’il n’existe pas un réel manque d’effectifs pour assurer les vaccinations quotidiennes, même s’il n’est pas question de décourager les bonnes volontés, même quand elles sont ministérielles. Le ministre entendra plus certainement parler des éventuels problèmes techniques : ce samedi, les infirmiers et praticiens ont dû remplir pendant plusieurs heures à la main les fiches de vaccination en raison d’un dysfonctionnement informatique. Mais surtout, au-delà de cette anecdote, Olivier Véran sera probablement une nouvelle fois alerté sur les deux phénomènes incontournables : le délaissement de plus en plus marqué pour le vaccin AstraZeneca et d’autre part le désir de patients jeunes et sans comorbidités de se faire vacciner le plus tôt possible.

Moins de 10 % des primo-injections réalisées grâce à AstraZeneca

Si ce sont plus certainement les médecins de ville qui y sont confrontés, le refus du vaccin AstraZeneca constitue le point d’achoppement majeur de la campagne vaccinale française, dont le rythme continue néanmoins à s’amplifier. Ainsi, le nombre de premières injections réalisées quotidiennement avec AstraZeneca est passé en un mois et demi de 100 000 à moins de 20 000. Avant sa suspension pendant quelques jours au mois de mars, la moitié des primo injection consistait en une administration du vaccin AstraZeneca, une proportion qui a désormais chuté à 7,5 %. Dans ce contexte, le souhait d’Olivier Véran, de permettre à tous les volontaires d’accéder à ce produit, a peu de chance d’être exaucé. Ce matin, le responsable scientifique de la campagne vaccinale, le professeur Alain Fischer s’est ainsi exprimé clairement contre une telle possibilité.

Le « et en même temps » fatidique d’Emmanuel Macron

Ce week-end, la communication gouvernementale autour du vaccin AstraZeneca n’a probablement pas contribué à dissiper la confusion autour de ce produit. Alors que Jean Castex, qui en privé n’hésite pas à qualifier le vaccin britannique de « maudit » a pris la parole devant les caméras de télévision pour tenter de convaincre ceux qui y sont éligibles de ne pas bouder ce vaccin, qu’il a présenté comme sûr, Emmanuel Macron se montrait bien plus ambigu. Évoquant le possible non renouvellement du contrat européen, le Président de la République a ainsi observé : « Nous vaccinons avec ce vaccin en France et en Europe. Il faut continuer de le faire parce qu’il nous aidera à la sortie de crise » mais il s’est néanmoins « félicité » qu’il existe des produits dont l’efficacité face aux variants apparaissait accrue. S’il fallait un argument supplémentaire aux sceptiques, le Président de la République leur en aura offert un. Difficile plus spécifiquement de comprendre ce qui se trame à Bruxelles autour du vaccin AstraZeneca. En effet, après les déclarations du commissaire européen au Commerce intérieur indiquant que l’Europe n’avait pas renouvelé son contrat avec AstraZeneca, la Commission s’est empressé de corriger pour indiquer que cette décision était loin d’être irrévocable.

65 % des doses disponibles aujourd’hui en France sont des vaccins AstraZeneca

Pourquoi ce ménagement ? Parce que l’Europe et notamment la France ont besoin d’AstraZeneca. Aujourd’hui, la vaccination s’ouvre à toutes les personnes de plus de 50 ans, même sans comorbidités. Par ailleurs, à partir du 12 mai, il sera possible à tous les adultes de réserver un créneau de vaccination demeuré libre dans les vingt-quatre heures : l’incontournable Guillaume Rozier et son équipe ont d’ailleurs déjà promis un outil internet pour pouvoir traquer les rendez-vous à prendre (Chronodose). Comment répondre à ce probable afflux de patients, alors que pour l’heure (à la différence de ce qui s’observe par exemple aux Etats-Unis), les réticents n’ont pas encore d’impact sur l’intensité de la demande ? Sur les 4,9 millions de doses reçues par la France et non administrées, 65 % sont des vaccins AstraZeneca. Comment sera-t-il possible de tenir le rythme actuel (plus de 500 000 vaccinations par jour) si moins de 30 000 doses de ce produit sont administrées chaque jour et si un nombre croissant de candidats n’est pas même éligible à ce vaccin ?

Onze million de doses de vaccins ARNm attendues d’ici le 20 juin

Les pistes à l’étude pour résoudre ce problème complexe peuvent entre autres s’orienter vers l’arrivée d’autres vaccins. C’est dans ce contexte que les experts de l’Agence européenne du médicament sont aujourd’hui en visite à Moscou, dans le cadre de l’examen du vaccin Spoutnik-V. Ce dernier a, on le sait, été l’objet de nombreuses controverses. La dernière en date est le risque de ne pouvoir bénéficier de doses dans un délai rapide (si le vaccin était finalement autorisé), même si bien sûr les producteurs de Spoutnik-V s’en défendent. Concernant les autres candidats, les difficultés de production de CureVac, qui rencontrent des problèmes d’approvisionnement en matières premières, représentent également une source supplémentaire d’inquiétude. Il semble ainsi que pour plusieurs semaines encore, l’Europe et la France doivent ainsi s’en remettre principalement aux vaccins Pfizer-BioNtech et Moderna (alors que les livraisons de Janssen sont très restreintes, moins de 400 00 doses au total auront été livrées d’ici le 30 juin). D’ici le 20 juin, neuf millions de doses de Pfizer-BioNtech supplémentaires (tandis qu’un contrat vient d’être signé avec l’Europe pour la livraison de 1,8 milliard de doses d’ici 2023) et 2,2 millions de doses de Moderna sont attendues. Ces suppléments très utiles ne seront cependant pas suffisants pour permettre d’envisager une accélération massive de la campagne, compte tenu en outre de l’administration programmée de millions de secondes doses.

Enfin, côté logistique, l’épuisement de la vaccination avec AstraZeneca va rendre de plus en plus pressant la nécessité d’organiser la vaccination en ville avec les vaccins à ARNm.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Aspirine avec le vaccin ?

    Le 16 mai 2021

    Les hémorragies étant encore beaucoup moins fréquentes que les rares thromboses qui ont toutes eu lieu entre le 3 ème et le 13 ème jour après l’injection, il me semble raisonnable de proposer 100 mg d’aspirine / jour pendant 15 jours, ce qui permettrait aussi de rétablir la confiance envers ce vaccin et de vacciner des gens plus jeunes.

    Dr G. Keldermans

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