Olivier Véran s’oppose à un « Amazon » du médicament

Paris le lundi 24 février 2020 – Ce mercredi, le nouveau ministre de la Santé Olivier Véran a rassuré les pharmaciens en abandonnant le projet de créer des plateformes en ligne de vente de médicaments.

L’ancien monde l’emporte parfois sur le nouveau. Pour ses premières questions au gouvernement ce mercredi au Sénat, le nouveau ministre de la Santé Olivier Véran a tenu a rassuré les pharmaciens : le projet de loi Accélération et simplification de l’action publique ("ASAP", un intitulé très nouveau monde !) n’autorisera pas la vente de médicaments via des plateforme en ligne. Un projet qui, selon beaucoup de pharmaciens, aurait conduit à la naissance d’un « Amazon » du médicament.

La vente en ligne de médicaments, autorisé en France en 2013 sous la pression de l’Union Européenne, est très réglementée. Seul la vente de médicaments sans ordonnance, via des sites agréés par l’agence régionale de santé (ARS) est autorisé. Le site doit être tenu par un pharmacien et affilié à une officine, chaque médicament vendu devant être présent dans le stock de la pharmacie.

Rigidité française ou laissez-faire américain ?

L’article 34 du projet de loi ASAP vise à assouplir cette réglementation. L’agrément de l’ARS ne sera plus nécessaire et les pharmaciens pourront se regrouper pour créer un site commun. Mais ce que les pharmaciens craignent, c’est que le législateur autorise la création de plateforme de vente en ligne de médicaments, détachés des officines.

« Demain, si Amazon veut s’associer à un ou plusieurs pharmaciens diplômés, il pourra le faire et se lancer dans la vente en ligne de médicaments » dénonce Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). Aux États-Unis, où le marché est beaucoup moins réglementé, l’entreprise de Jeff Bezos, via sa filiale Amazon Pharmacy, est déjà un acteur majeur de la vente de médicaments.

Dès l’adoption du projet de loi en conseil des ministres le 5 février dernier, les représentants des pharmaciens se sont unanimement opposés à une réforme qui conduirait à terme, selon eux, à une "ubérisation" de la pharmacie. Toujours selon l’UPSO, 90 % des pharmaciens seraient opposés à la libéralisation de la vente de médicaments en ligne.

Les pharmaciens, chantre de l’ancien monde

L’opposition a donc porté ces fruits puisque Olivier Véran a annoncé que le projet de loi ASAP, qui sera débattu au Sénat à partir du 3 mars prochain, ne contiendra aucune disposition autorisant la création de plateforme de vente de médicaments en ligne. « Le gouvernement n’a jamais eu l’intention d’aller vers des plateformes de vente en ligne de médicaments de type Amazon » a ainsi expliqué le nouveau venu du gouvernement aux sénateurs.

Déjà en 2014 alors qu’il était à Bercy, Emmanuel Macron, en bon adepte de la disruption, avait essayé de briser le monopole des pharmaciens sur la vente des médicaments. Une journée de grève des officines avait alors suffi à faire reculer le gouvernement. 6 ans après, le président Macron n’en a pas encore fini avec l’ancien monde.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • Les médicaments...des produits pas comme les autres

    Le 01 mars 2020

    Il y a déjà de nombreux méfaits dans les ventes en ligne de "médicaments", voire de drogues, stimulants, produits amaigrissants et que sais-je encore. Beaucoup d'arnaques incontrôlables ou retirées trop tard. Laissons donc les pharmaciens faire leur boulot, et continuons à vendre "en ligne" à titre exceptionnel avec un encadrement strict. C'est la moindre des choses si l'on veut assurer une sécurité sanitaire à la population.

    Dr Astrid Wilk

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