Ouverture de la PMA : l’Espagne va-t-elle perdre son statut d’eldorado de la FIV ?

Paris, le mercredi 14 août 2019 – Parmi les 45 000 femmes qui ont eu recours à une fécondation in vitro (FIV) en Espagne en 2016, 13 000 venaient de l’étranger selon des statistiques espagnoles. Les Françaises représentent la plus grande part de ces patientes ne résidant pas en Espagne (39,4 %). Elles ont été ainsi plus de 5 000 en 2016 à franchir les Pyrénées pour participer à un programme de procréation médicalement assistée (PMA) chez nos voisins.

Un marché florissant bientôt ébranlé ?

Cette situation est à l’origine d’un véritable marché : les cliniques, notamment celles situées à proximité de la frontière, se disputent le privilège d’accueillir les patientes françaises. Beaucoup proposent ainsi un accompagnement sur mesure, avec des professionnels de santé parlant parfaitement la langue de Molière ou encore des pages internet spécifiquement réalisées pour nos compatriotes. Officiellement, l’évolution prochaine de la réglementation française qui doit élargir l’accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ravit les spécialistes de ces cliniques. « Nous sommes très contents. Notre mission est de faire que le souhait de ces femmes se réalise. Nous nous réjouissons que de plus en plus de pays leur permettent qu’il se réalise chez elles » assure ainsi interrogée par Slate, la directrice médicale du groupe Eugin à Barcelone, le docteur Amalia Rodrigez-Armanda. Derrière ce discours convenu, « Dire qu’ils s’en réjouissent, c’est un peu hypocrite » reconnaît néanmoins Dimitri Meunier, administrateur du site FIV.fr qui propose d’accompagner les couples dans leur démarche de FIV, toujours dans Slate. Cependant, l’inquiétude n’est probablement pas très marquée. En effet, l’adoption de nouvelles dispositions en France pourrait ne pas avoir d’impact démesuré sur l’activité des cliniques espagnoles.

Un démarrage probablement complexe

D’abord, parce que la mise en œuvre de la loi sera loin d’être immédiate et pourrait même engendrer quelques difficultés. Nous avons ainsi évoqué dans ces colonnes comment certains redoutent que les dispositions prévoyant un accès à certaines données (non identifiantes) des donneurs conduise à une destruction d’une partie des stocks de gamètes. Si une telle mesure était prise, et alors que la reconstitution sera nécessairement longue, s’écoulera une période plus ou moins prolongée où l’activité de PMA pourrait être au ralenti dans notre pays. Et les candidats s’orientant vers l’Espagne seront encore nombreux, notamment ceux redoutant d’être écartés en raison de leur âge.

Des couples de femmes et des célibataires, mais pas seulement

Au-delà de cette période de transition difficile, la levée partielle de l’anonymat et, en tout état de cause, l’augmentation du nombre de patients pourraient aggraver en France les pénuries de gamètes (notamment d’ovocytes) qui sont une des raisons de l’engouement des Français pour la médecine reproductive espagnole. En effet,  les délais d’attente sont bien plus réduits en Espagne grâce notamment à une politique de dédommagement des dons d’ovocytes (à hauteur de 1 000 euros). De fait, même si le nombre de couples de femmes et de femmes seules se rendant en Espagne afin de contourner les interdictions françaises a fortement progressé ces dernières années (+700 % entre 2014 et 2018 dans les cliniques IVI en Espagne pour les premières et + 350 % pour les secondes), les couples hétérosexuels sont également nombreux à franchir la frontière. Ainsi, parmi les 7 300 patientes françaises accueillies par les cliniques IVI en Espagne entre 2014 et 2018, 70 % étaient en couple hétérosexuel. Outre des temps d’attente bien moins importants, ces couples peuvent espérer bénéficier en Espagne de réglementations plus clémentes en ce qui concerne les limites d’âge.

Efficacité et secret préservé

On peut également estimer que certaines des dispositions de la future loi (si elles étaient actées comme elles sont aujourd’hui proposées) pourraient conforter le choix de l’Espagne pour tous les types de couples. Les familles inquiètes des mesures sur la levée partielle de l’anonymat et les couples de femmes (voire tous les couples) refusant l’inscription dans l’acte d’état civil de leur enfant du recours à la PMA pourraient ainsi continuer à considérer la législation française comme inadaptée ou insuffisante. Enfin, en Espagne, les couples recherchent également une plus grande efficacité : forts de réglementation très souples, les spécialistes de la reproduction espagnols ont développé des techniques souvent plus performantes qu’en France. Ils proposent, en outre, un dépistage pré-implantatoire pour éliminer certaines pathologies les plus graves qui n’est pas (officiellement) possible en France.

Une question de coût

Autant de raisons qui devraient continuer à faire de l’Espagne un eldorado de la PMA en Europe pour les Françaises, même si bien sûr la perspective d’une prise en charge totale* et le confort de pouvoir réaliser ce parcours souvent complexe près de chez soi auront très probablement une influence sur beaucoup de familles qui auraient pu être tentées par une conception espagnole.

*Dans certaines conditions, le remboursement de certains actes peut être assuré par la Sécurité sociale française, mais l’ensemble des frais est loin d’être couvert pour tous et totalement.  

Aurélie Haroche

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