Paracétamol et ibuprofène devraient passer derrière le comptoir

Paris, le jeudi 3 octobre 2019 - L’ANSM recommande que le paracétamol et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) tels que l’ibuprofène ne soient plus vendus en accès libre dans les pharmacies.

Si le paracétamol et les AINS comme l’ibuprofène et l’aspirine sont actuellement les médicaments les plus utilisés en automédication comme antalgiques ou antipyrétiques, ils sont également ceux que l’on retrouve le plus souvent à l’origine de complications médicamenteuses. Les lésions du foie liés à un surdosage de paracétamol sont ainsi la première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse en France.

Face à ce constat, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) recommande dans son point d’information de ce jeudi que ces médicaments ne soient plus placés en accès libre dans les pharmacies mais seulement derrière le comptoir. Si ces produits seront toujours disponibles sans ordonnance, cette mesure permettra, selon l’ANSM, de renforcer le rôle de conseil du pharmacien, afin qu’il puisse mieux informer les patients des bonnes conditions d’utilisation de ces médicaments.

Mieux informer sur les risques de surdosage

Il s’agira notamment pour le pharmacien d’alerter le patient sur les risques de surdosage de paracétamol en suivant la ligne directrice de l’ANSM : « la dose la plus faible le moins longtemps possible ». Pour un homme adulte, la dose maximale est de 3 grammes par jour, avec 6 heures entre chaque prise et un traitement de 3 jours maximum en cas de fièvre, 5 jours pour des douleurs.

S’agissant des AINS, outre les questions relatives au surdosage, le pharmacien devra rappeler aux femmes enceintes que ces médicaments sont totalement contre-indiqués à partir du 6ème mois de grossesse. Le paracétamol doit également être préféré aux AINS en cas d’infection.

L’ANSM souhaite que cette mesure entre en vigueur dès janvier prochain, mais va d’abord initier une « phase contradictoire » afin de recueillir les avis sur la question.

Par ailleurs, l’ANSM avait décidé en juillet dernier à l’issue d’une consultation publique de faire apposer sur les boites de médicament contenant du paracétamol un pictogramme informant les patients sur le risque de surdosage. Les laboratoires ont désormais neuf mois pour se mettre en conformité avec cette nouvelle mesure.

La comparaison avec les autres pays occidentaux laisse penser qu’il existe une corrélation entre la vente en libre-service de médicaments à base de paracétamol et les cas de surdosage. Aux États-Unis, où le paracétamol peut être acheté même hors d’une pharmacie, l’incidence des intoxications au paracétamol est quatre fois plus grande qu’en France. Récemment, la Suède est revenu sur sa décision d’autoriser la vente libre de paracétamol à la suite d'une augmentation des cas d’intoxication.

Q.H.

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Vos réactions (2)

  • Paracétamol sur ordonnance

    Le 03 octobre 2019

    Non seulement le paracétamol ne doit être délivré que sur ordonnance mais avec une dose maximum de trois fois 500 mg/jour.

    Dr Guy Roche

  • Enfin !... Seuil de toxicité à 100 mg par kilo de poids...

    Le 05 octobre 2019

    Paracetamol : Ma réaction sur le JIM le 10/09/0218

    Il y a très longtemps que l'on sait grâce à nos bons Maîtres de la Faculté de Médecine (Lyon en l'occurrence, années 80), que le seuil de toxicité hépatique par le paracétamol est de 100mg/kg.

    Même seuil de toxicité pour l'acide acétylsalicylique à l'endroit néphrologique...

    De plus, on sait que l'antidote à l'égard du paracétamol est l'acétylcystéine (Traitement des intoxications au paracétamol (UE) / acétaminophène (Canada/É.-U.A.)
    L'administration d'une perfusion intraveineuse d'acétylcystéine (forme IV (Fluimucil)) dans les premières heures suivant l'intoxication5 protège le foie des dommages dus aux métabolites toxiques. SOURCE Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ac%C3%A9tylcyst%C3%A9ine ).

    En tant que psychiatre, il m'apparaît nécessaire d'informer la plupart de mes patients, suicidaires ou non, que le mésusage de ces deux molécules n'a rien d'anodin en leur précisant que cela peut affecter gravement leurs organes respectifs sans les destiner au décès pour autant.

    Il serait grand temps en effet que nos Instances se saisissent de la nécessité d'une telle information pour ces deux molécules à la réputation si banalisée (à tort), sachant d'ailleurs qu'elles se trouvent en vente libre dans toutes nos pharmacies pour un prix dérisoire.

    Comme quoi, une molécule notoirement dangereuse en vente libre, ne fait pour l'heure peur à personne.

    Il suffirait donc d'une information claire, fiable et éclairante. Autant que possible, nous le devons tous à nos patients, au niveau de leurs capacités cognitives.

    Et les pharmaciens ont bien sûr leur rôle à assumer en ce sens...

    Dr Frédéric Lascoutounax

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