Pas de dépistage universel de l’hépatite C pour la HAS

Paris, le lundi 2 décembre 2019 – Les nouveaux antiviraux à action directe permettent aujourd’hui d’espérer de façon réaliste l’éradication de l’hépatite C à moyen terme. Cependant, si depuis 2017 en France, il n’existe plus de critères conditionnant l’accès aux traitements, un autre obstacle doit être levé pour entrevoir la fin de l’hépatite C : un dépistage des milliers de personnes infectées et ignorant l’être. En 2014, le professeur Daniel Dhumeaux qui avait conduit un rapport sur la prise en charge des patients atteints d’hépatite C affirmait que jusqu’à 75 000 personnes en France étaient touchées par le virus sans le savoir. Aujourd’hui, la Haute autorité de Santé propose une estimation moins élevée : elle assure que sur les 133 000 personnes atteintes d’hépatite C chronique, « 19 % seraient porteurs sans le savoir », soit autour de 25 000 personnes.

Dépistage systématique conjugué au traitement pour tous : le cocktail gagnant

Sans doute cette différence d’ampleur n’est pas étrangère à la diversité des perceptions entre la HAS et la plupart des associations de lutte contre l’hépatite C quant à la pertinence d’un dépistage universel. Il y a cinq ans, Daniel Dhumeaux estimait en effet « Avec l’évolution récente des traitements et la décision prise que chaque personnes infectée par le VHC puisse être traitée, le présent rapport recommande d’élargir la proposition de dépistage systématique à tous les adultes quel que soit leur sexe ». Depuis, les organisations de patients et de spécialistes ont été nombreuses à délivrer le même message.

Modélisation mathématique

La publication en 2018 d’une modélisation mathématique réalisée par Sylvie Deuffic-Burban et ses collègues au sein de l’équipe INSERM dirigée par le professeur Yazdan Yazdanpanah (AP-HP) démontrant que la stratégie de dépistage la plus efficace et la plus rentable serait le dépistage universel (à la condition d’un traitement de tous les sujets positifs) avait renforcé la conviction de beaucoup d’acteurs quant à la pertinence de défendre une telle disposition. Cependant, le ministre de la Santé avait refusé de s’appuyer sur les résultats de ces travaux pour la promouvoir immédiatement et a préféré s’en remettre à la sagesse de la HAS. Or, dans un avis rendu la semaine dernière, l’instance juge que « l’élargissement du dépistage du VHC à la population générale n’est pas la solution appropriée pour éliminer le virus en France ».

Contradictions

Pour aboutir à cette conclusion, l’institution observe tout d’abord que la situation épidémiologique en France ne paraît pas justifier une telle action : avec d’une part une proportion de personnes touchées en diminution (elle est passée de 0,42 % de la population française en 2011 à 0,30 % en 2016) et d’autre part une prévalence plus faible que la moyenne internationale (1 %). Par ailleurs, la HAS qui fait valoir qu’il n’existe pas de recommandation étrangère défendant le dépistage universel assure qu’aucune « étude internationale ne démontre l’efficience d’une stratégie étendue à la population générale ». Enfin, elle note que les exemples d’autres maladies (VIH notamment) ne plaident pas en faveur d’une telle préconisation, les difficultés de mises en œuvre étant souvent importantes. Aussi, la HAS préfère-t-elle encourager un renforcement des dépistages ciblés et procédera pour ce faire à une nouvelle évaluation afin de mieux identifier les populations à risque élevé d’exposition au VHC. Cette fin de non-recevoir ne devrait cependant pas empêcher les associations de médecins et de patients qui jugent pour leur part pertinentes de telles actions de poursuivre leurs campagnes générales d’incitation au dépistage, telle celle lancée en septembre dans les officines notamment et qui se poursuit jusqu’à la mi-décembre.

Aurélie Haroche

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