Petit rappel de l’Académie de médecine aux alliés des rats des villes

Paris, le lundi 18 juillet 2022 - Les rats prolifèrent à Paris : ils seraient 5 millions dans la capitale malgré des campagnes successives de dératisation. La ville lumière ne parviendrait tout simplement plus à maitriser cette population de rongeurs.

La tâche s’annonce de plus en plus ardue dans les mois à venir, les rats ont en effet désormais des alliés dans la majorité au Conseil de Paris. Questionnée sur « l'augmentation du nombre de rats sur la voie publique », la conseillère de Paris Douchka Markovic a en effet semblé défendre ces nuisibles.

Ratatouille idéologique

Elle s’est d’abord lancée dans une bataille sémantique en estimant le terme rat « trop connoté négativement » et lui préférant celui de « surmulot ». La déléguée auprès du maire du 18e arrondissement, chargée de la condition animale, a poursuivi son discours en soulignant que « les actions menées jusqu'à maintenant ne fonctionnent pas et sont très coûteuses »...ce qui ne saurait être contesté. Mais plutôt que de suggérer une accélération des campagnes de dératisation, elle propose que la Mairie de Paris tire partie de la présence de ces muridés qu’elle qualifie de « véritables auxiliaires de la maîtrise des déchets ».

« Un premier bilan est déjà de constater le rôle joué par les surmulots au quotidien dans les égouts avec l'évacuation de plusieurs centaines de tonnes de déchets et le débouchage de canalisations », a expliqué Douchka Markovic. Elle a ensuite conclu son allocution par un vibrant plaidoyer en faveur d'une cohabitation pacifique avec les rats « nous devons changer de paradigme, nous devons nous interroger sur de nouvelles méthodes efficaces et non létales. Nous devons nous interroger sur les surmulots et leur manière de vivre, mieux les connaître afin de trouver des méthodes efficaces et éthiques », a-t-elle affirmé.

En réaction à cette allocution, l’Académie de médecine a rappelé quelques vérités sanitaires sur nos amis surmulots.

« Qu’on le nomme Rattus norvegicus, rat brun ou surmulot, c’est la plus nuisible des espèces commensales de l’Homme en raison de ses grandes capacités d’adaptation, de ses exigences alimentaires, de son intense prolificité et surtout, des zoonoses bactériennes, virales et parasitaires dont il peut être vecteur » commencent les sages de la rue Bonaparte.

Répondant directement à Douchka Markovic, les académiciens écrivent : « face à l’ingénuité de ces propos, qui bénéficient parfois d’une écoute favorable il importe de rappeler que le rat reste une menace pour la santé humaine en raison des nombreuses zoonoses transmissibles par ses exoparasites, ses déjections, ses morsures ou ses griffures ».

Peste, typhus, leptospirose, staphylocoque, etc.

Aux Académiciens de rappeler les maux dont peuvent être responsables les rats : « C’est par la puce du rat, Xenopsylla cheopis, que se transmet la peste bubonique due à Yersinia pestis, le typhus murin dû à Rickettsia typhi, la bartonellose due à elizabethae. Les urines du rat peuvent contaminer l’environnement par des leptospires ; il est le principal réservoir mondial de la leptospirose, maladie redoutable pour les personnes exposées professionnellement (égoutiers) ou les propriétaires de NAC. Ses fèces peuvent contaminer la chaîne alimentaire par des salmonelles, notamment les œufs crus et les ovoproduits. La morsure du rat peut inoculer une bactérie présente dans sa salive, Streptobacillus moniliformis, qui peut provoquer une septicémie rapidement mortelle en l’absence d’une antibiothérapie précoce. Le rat peut aussi héberger de nombreuses autres bactéries pathogènes pour l’Homme, telles que Staphylococcus aureus, Escherichia coli, Mycobacterium bovis, Streptococcus pneumoniae, Campylobacter , Yersinia pseudotuberculosis et Clostridium difficile. Il représente ainsi une source importante de bactéries résistantes aux antibiotiques dans l’environnement humaines. Plusieurs zoonoses virales sont imputables aux rats : la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (hantavirose) due au virus Séoul, l’hépatite E due à un hepevirus (HEV-C) [3], la chorioméningite lymphocytaire due à un arénavirus. Ils peuvent aussi être porteurs asymptomatiques d’Orthopoxvirus (cowpox, monkeypox). En France, le rat est aussi impliqué dans certaines zoonoses parasitaires et mycotiques (trichinellose, toxoplasmose, capillariose, cryptosporidiose, teigne) ».

A contre-courant de la Conseillère de Paris et de ses soutiens (de plus en plus nombreux et bruyants),  l’Académie de médecine recommande des plans « rigoureux » et « vigoureux » de propreté urbaine et de dératisation. Elle suggère également des campagnes de captures de rats d’égouts afin de surveiller le portage d’agents pathogènes.

F.H.

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Vos réactions (7)

  • Le niveau baisse...

    Le 18 juillet 2022

    Il faut que ce soit l'Académie de médecine qui réponde à ces âneries dignes d'un enfant de 5 ans !
    Que l'on soit ignare, passe encore, mais un conseiller de Paris est censé avoir un certain niveau intellectuel qui l'incite à se renseigner avant de prononcer publiquement ces énormités. Les parisiens se rendent-ils compte qu'ils ont des élus du niveau de la classe maternelle ?

    Dr François Chassaing

  • Les rats à Paris

    Le 18 juillet 2022

    Après y avoir vécu pendant 50 ans, j'ai quitté Paris il y a 20 ans. Au cours de cette dernière période, j'ai vu la ville s'installer dans la saleté. Cacher la mauvaise gestion des services de la propreté par la défense des rats est une stratégie qui en dit long.

    Dr Bernard Hazon

  • Les rats, combien de zoonoses ?

    Le 19 juillet 2022

    L'académie de Médecine ne dit pas combien il y a de peste et autres "zoonoses" par an en France !
    Avant de traiter cette élue "d’âne", chers confrères, rien ne vous empêche de vous poser des questions. Mais, comme la grande majorité des commentaires ce ne sont qu'ironie et déballage.

    Dr Jean-Pierre Lamagnere

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