Plaidoyer pour un dépistage systématique du cancer du poumon chez les fumeurs

Paris, le mercredi 21 novembre 2018 – L’étude Nelson présentée au 19ème congrès du WCLC (World Conference on Lung Cancer) est peut-être en passe de révolutionner la prise en charge du cancer du poumon dans notre pays.

Forts des résultats de ces travaux, une trentaine d’experts, deux sociétés savantes (l’Intergroupe francophone de cancérologie thoracique et la société d’imagerie thoracique) et des associations de patients militent en effet désormais pour la mise en place d’un programme de dépistage systématique du cancer du poumon en France.

La pertinence d’un tel programme est étudiée depuis plusieurs années. En 2011, une étude multicentrique randomisée américaine établissait qu’un protocole de dépistage systématique dans une population à risque permettait de réduire de 20 % la mortalité spécifiquement liée au cancer du poumon.

Cependant, la Haute autorité de santé (HAS) avait considéré que cet essai isolé n’apportait pas un niveau de preuve suffisant pour décider de la mise en œuvre de ce dépistage et s’inquiétait : « il y a trop de risques et d'inconvénients associés à ce dépistage pour des bénéfices très incertains : les inconvénients d'un dépistage du cancer du poumon par scanner thoracique sont nombreux, avec des complications parfois graves voire mortelles suite à l'exploration d'anomalies non cancéreuses identifiées au scanner. Les bénéfices quant à eux sont très incertains ».

Vers une nouvelle évaluation de la HAS

Sept ans après, l’étude NELSON (Nederlands-Leuven Screening ONderzoek) qui a inclus 15 448 sujets a récemment confirmé les résultats précédents. Après dix ans de suivi, chez les hommes à haut risque, le dépistage par scanner a réduit de 26 % la mortalité liée au cancer du poumon et le bénéfice s’est avéré plus élevé encore chez les femmes (entre 40 et 60 %). En outre, il est apparu que la stratégie employée dans l’étude NELSON permet de réduire le nombre d’explorations complémentaires sans diminuer la sensibilité globale du dépistage.

Aussi, cancérologues, pneumologues et radiologues insistent donc auprès des autorités afin d’obtenir « la prise en charge immédiate d'un dépistage par scanner thoracique », à partir de 50 ou de 55 ans, chez les gros fumeurs ou ex-gros fumeurs. « Il y a urgence à sensibiliser. Le dépistage est remboursé par les assurances aux États-Unis. Partout en Europe, de nombreuses expérimentations sont organisées et financées » souligne le professeur Gérard Zalcman, oncologue à l’hôpital Bichat (AP-HP)

Responsable du département dédié aux dépistages à l'Institut national du cancer (Inca), Frédéric de Bels a réagi à cette requête : « ces résultats vont être étudiés en détail. Et ensuite l'intérêt de mettre en place un programme de dépistage sera réévalué par la Haute Autorité de santé. »

Une évaluation minutieuse est en effet indispensable, car si les résultats de l’étude NELSON sont encourageants, de nombreuses questions doivent être étudiées avec soin. Dans le JIM, le docteur Philippe Tellier remarquait ainsi : « les progrès à venir viendront aussi de l’implication de tous les professionnels du système de santé, en premier lieu des spécialistes en imagerie, car il faut régler nombre de problèmes d’ordre médical, les surdiagnostics et la classification des lésions infracliniques, par exemple, médico-économique ou encore logistique. »

F.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Deux études, ça devrait emporter la conviction

    Le 25 novembre 2018

    Autant, on peut comprendre qu'avec une seule étude, la NLST (plus de 53.000 sujets étudiés quand même) survenant après d'autres (celles-ci avec des populations de l'ordre de 4000) qui n'avaient pas été concluantes, l'HAS ait pu recommander l'abstention, autant l'étude NELSON (environ 16000 sujets) qui donne des résultats très semblables en consommant moins de moyens devrait enfoncer le clou.

    Traitant des cancers des VADS, je pratique le dépistage individuel systématique chez eux depuis des années et en envoie 3 à 4 tous les ans se faire opérer d'un petit cancer parfaitement guérissable. Le temps des questions, à mon sens, est passé, il faut le mettre en place.

    Dr Claude Krzisch

Réagir à cet article