Plomb du chantier de Notre-Dame : le ministère de la culture soupçonné de légèreté

Paris, le mardi 13 août 2019 – L’incendie de Notre-Dame n’en finit plus de plomber les autorités.

Après la mairie de Paris et l’ARS (Agence régionale de santé) Ile de France c’est au tour du ministère de la culture d’être épinglé par Mediapart.

Une décontamination impossible pour les ouvriers

Une enquête du célèbre site d’investigation laisse apparaître que passant outre plusieurs rapports de l’inspection du travail (qui n’était pas en mesure d’arrêter ce chantier de droit public) alertant sur les défaillances des installations de décontamination au plomb et les risques encourus par les salariés sur le chantier, le ministère de la culture n’a pas jugé bon d’intervenir. Aussi, c’est contre son avis que le préfet de région, Michel Cadot, a finalement imposé, le 25 juillet, la suspension du chantier, qui devrait reprendre vers le 16 août.

Dans les différents comptes rendus dévoilés par Mediapart, les inspecteurs du travail notent « les travailleurs ne prennent pas de douche d’hygiène (…), l’espace réservé à la douche étant particulièrement exigu et un sac comprenant des déchets pollués étant suspendu dans l’espace douche » !

Après une autre inspection (il y en aura neuf au total avant la suspension du chantier), ils constatent « la douche de l’unité de décontamination ne fonctionne pas » ; « les trois unités de décontamination, installées sur le parvis, au milieu de la zone polluée, ne permettent pas une décontamination effective des salariés » ; « les salariés peuvent sortir de la zone sans être décontaminés ». L’inspection du travail note aussi que des salariés ne sont pas « dotés de masques respiratoires visant à les protéger des risques d’inhalation de poussières de plomb ».

Elle conclut que « les travailleurs occupés aux travaux d’urgence sont exposés à un agent chimique dangereux, cancérigène, mutagène, toxique pour la reproduction, en l’espèce des poussières contenant du plomb », et exige du ministère de « mettre en œuvre, sans attendre, des mesures pour protéger les salariés des risques d’intoxication au plomb ».

Forte de ces nouvelles informations, la conseillère de Paris Marie-Claire Carrere-Gee (LR), également candidate aux élections municipales dans la capitale, réclame que soit réuni « en urgence le Conseil de Paris (…) pour que les élus de Paris puissent entendre la Maire et auditionner le Préfet de Police, le directeur général de l'ARS, la DRAC, le Préfet de Paris et d'Ile-de-France mais aussi le Directeur général de la Santé » et qu’Agnès Buzyn « constitue en urgence et sous son autorité une Task Force présidée par la DGS et réunissant tous les acteurs nationaux et locaux de la gestion de cette crise. Et cela pour élaborer et faire appliquer une stratégie et un plan d'actions (décontamination, dépistage, tests…) d'une ampleur enfin appropriée et avec pour priorité absolue la santé publique ».

Décontamination : ça commence aujourd’hui

Ces révélations interviennent alors que débute aujourd’hui une opération de décontamination. La préfecture de police de Paris a ainsi délimité une zone autour de Notre-Dame où un nettoyage à ultra-haute-pression doit être effectué auquel s’ajoute l’application d’un détergent tensioactif. Après ces opérations, le chantier devrait reprendre, dans le respect des mesures de sécurité sanitaire promet-on.

Le nettoyage des éclaboussures du scandale pourrait être pour sa part encore plus délicat…

Frédéric Haroche

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Vos réactions (1)

  • Faites ce que je dis...

    Le 14 août 2019

    ...mais ne faites pas ce que je fais...

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