Pour sauver 5000 vies par an, l’Académie de Médecine veut renforcer l’offre de soins intensifs neuro vasculaires

Paris, le mercredi 5 octobre 2022 – L’Académie de Médecine appelle à créer 75 lits supplémentaires dans les unités de soins intensifs neuro vasculaires.

Ces derniers mois, il semble qu’il ne passe pas une semaine sans qu’une institution ou un syndicat tire la sonnette d’alarme sur les difficultés connues par telle ou telle spécialité médicale, en raison d’un manque de personnel et de lits. Cette fois ci, c’est l’Académie de Médecine qui rend un rapport sur la situation des 123 unité neurovasculaires (UNV) de France, chargées notamment de la prise en charge des patients atteints d’AVC.

On sait que la prise en charge rapide de ces patients est primordiale pour augmenter leurs chances de survie et diminuer le risque de handicap définitif. L’accès de la population à des lits de soins intensifs en UNV et la possibilité de bénéficier d’une thrombolyse intraveineuse ou d’une thrombectomie mécanique sont donc des enjeux de santé publique majeurs.

Deux fois moins de lits d’UNV en France qu’en Allemagne


Or, « de nombreux UNV sont sous-dotées en personnel (en particulier neurologues, neuroradiologues, IDE) et peinent à assurer la permanence des soins » écrivent les académiciens. En novembre dernier, des chefs de service de neurologie expliquaient dans une tribune dans le journal Le Monde que 30 % des lits en UNV étaient fermés à Paris par manque de personnel et que 50 % des postes d’infirmiers étaient vacants.

Le rapport de l’Académie de Médecine note également de fortes disparités d’offre de soins entre les régions, le nombre de lits d’UNV par millions d’habitants étant de 7 à la Réunion (soit 6 lits) contre 21 en Occitanie (123 lits). Un patient éligible sur deux n’aurait pas accès à un lit d’UNV.

La comparaison avec nos voisins européens démontre également les difficultés de notre système : la France compte 13,6 lits d’UNV par million d’habitants contre 23,2 en Italie et 29,9 en Allemagne et les neurologues français réalisent deux fois moins de thrombolyses par habitants que leurs confrères allemands. Si les services de neurologie français étaient aussi bien dotés que ceux de nos voisins d’outre-Rhin, ce serait 5 000 vies par an qui pourraient être sauvées estime l’Académie de Médecine.

L’Académie veut plus de lits et plus de neurologues…mais n’explique pas comment


En tablant sur une durée d’occupation du lit de 3 jours en moyenne, l’Académie de Médecine estime donc nécessaire de créer 75 lits d’UNV supplémentaires, en plus des 911 lits existants. Ces nouvelles places ne suffiraient pas à rattraper notre retard sur l’Italie et l’Allemagne mais permettraient de prendre en charge 90 % des patients. L’Académie considère qu’il est préférable d’augmenter le nombre de lits dans les UNV existantes, sauf dans les zones sous dotées ou de nouvelles structures doivent être créées et fixe un objectif de 3 UNV dont un avec un centre de thrombectomie pour 1,2 million d’habitants (contre 2,5 actuellement).

L’Académie de Médecine a bien conscience que l’ouverture de nouveaux lits nécessite la formation de davantage de neurologues et appelle à « anticiper la démographie des neurologues ». Là aussi, la comparaison avec nos voisins n’est pas reluisante : dans l’Union Européenne, la France est 25ème sur 27 en nombre de neurologues par habitants. Mais les académiciens se gardent bien d’expliquer en détail comment rendre plus attractive une spécialité particulièrement exigeante, où les départs, notamment d’infirmiers, ont été très nombreux depuis la crise sanitaire.

Nicolas Barbet

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