Pour une charte internationale de la xénotransplantation

Le développement de la xénotransplantation constitue une voie de recherche d'une importance capitale dans les années à venir compte tenu de la pénurie de greffons constatée dans tous les pays du monde.

Les travaux les plus récents sur des porcs génétiquement modifiés n'exprimant pas le gène de l'alpha-1-3 galactosyltransferase, cible du processus humoral de rejet, qui ont été publiés dans Science cette année sont plus que prometteurs dans ce domaine.

Cependant, sans être émule de José Bové, il est licite de s'interroger sur les risques que pourraient faire naître une large utilisation des xénogreffes. La transmission inter-espèces d'agents infectieux viraux ou non conventionnels est l'une de ces menaces même si aucun cas n'a été rapporté jusqu'ici chez l'homme. Pour limiter ce risque, certains pays, dont les Etats-Unis, ont encadré très rigoureusement la pratique de la xénotransplantation en exigeant que les sources animales soient rigoureusement protégées de l'environnement extérieur, que les malades greffés soient suivis de façon rigoureuse et que des prélèvements biologiques provenant de ces animaux et de ces patients soient archivés.

Or, des programmes de xénogreffes sont entrepris aujourd'hui dans de nombreux pays en voie de développement sans que toutes ces précautions soient prises et les malades qui en bénéficient peuvent circuler librement dans le monde. Ainsi, des îlots de Langerhans ou des cellules de Sertoli de porc sont transplantés au Mexique, des hépatocytes de chèvre en Inde et des cellules de requin pour des traumatismes médullaires dans d'autres pays...

C'est pourquoi, le Comité d'Ethique de l'Association Internationale de Xénotransplantation propose aujourd'hui l'établissement d'une charte internationale des xénotransplantations qui limiterait le risque catastrophique d'émergence dans l'espèce humaine d'un virus ou d'un agent infectieux non conventionnel d'origine animale.

Ces recommandations si elles étaient universellement admises, ce qui n'est peut-être qu'un voeu pieu, interdiraient ainsi le développement d'un véritable tourisme de la xénogreffe qui risque d'apparaître dans les prochaines années si certains états parmi les plus pauvres ne respectent pas les précautions indispensables tandis que d'autres parmi les plus riches mettent en place des systèmes rigoureux mais contraignant de contrôle.

Dr Anastasia Roublev


Sykes M et coll. : « Guidelines for xenotransplantation. » N Engl J Med 2003 ; 349 : 1294-95. © Copyright 2003 http://www.jim.fr

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article