Prise en charge en psychiatrie : 18 patients d’UMD sonnent l’alarme

Cadillac, le mardi 27 septembre 2022 – Alors qu’une nouvelle mobilisation pour « sauver » l’hôpital public est organisée aujourd’hui, c’est un courrier singulier qui éclaire la crise actuelle. Adressé à l’ARS (Agence régionale de santé) de Gironde, au ministère de la santé et au contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), il a été rédigé par 18 malades internés à l’Unité pour malades difficiles (UMD) du centre hospitalier psychiatrique de Cadillac (Gironde).

L’initiateur de cette lettre, qui alerte sur la dégradation de la prise en charge en psychiatrie est connu du grand public : il s’agit de Romain Dupuy, un patient atteint de schizophrénie et auteur du double meurtre de l’hôpital psychiatrique de Pau en 2004 qui avait été largement médiatisé et mis en exergue par Nicolas Sarkozy. Cette missive intervient à un moment particulier dans le parcours de Romain Dupuy qui, malgré des avis médicaux favorables à son placement dans une unité psychiatrique fermée classique, reste interné à l’UMD depuis près de dix-huit ans.

Le 9 juin, une juge des libertés et de la détention de Bordeaux avait aussi considéré que son maintien était « irrégulier » et constituait une « atteinte aux droits du patient ». A la suite de l’appel du parquet et de la préfecture, la cour d’appel a infirmé cette décision la semaine suivante, considérant que le juge judiciaire était incompétent.

Je vous écris de l’hôpital de Cadillac…


Ce courrier d’une page dévoilé par Le Parisien dénonce le manque de reconnaissance « tant professionnel que financier » dont souffre le personnel et le turn-over que cette situation génère. « Dans l’application des soins médicamenteux et thérapeutiques, nous les patients avons un besoin crucial de garder une équipe soignante stable, qui nous connaît, pour une prise en charge de qualité », insistent les signataires.

« Il y a à la fois un manque de personnel, beaucoup d’arrêts de travail et des cadres qui ne restent pas longtemps en poste. Ce manque de stabilité est préjudiciable à notre prise en charge » détaille Romain Dupuy, qui témoigne par l’intermédiaire de son avocat Me Lecat.

Pour les malades, cette situation aurait pour conséquences la diminution du nombre de « sorties thérapeutiques ». « Nous nous voyons privés de l’espoir de sortir des murs pour des raisons de manque de personnel », insistent les signataires. « Ces sorties sont cruciales. C’est notre seul lien avec la société, l’unique manière de se sortir de la solitude dans laquelle on est plongé et de ne pas se sentir enfermés comme des animaux » détaille Romain Dupuy qui affirme ne pas être sorti de l’UMD depuis le 15 avril.

« Ces sorties durent six heures, de 10 heures à 16 heures, On se sent comme des civils, on va faire des courses, on va au restaurant. Personnellement, j’aime m’asseoir à la terrasse d’un café et observer les gens dans la rue » relate-t-il.  Chaque patient est encadré lors de ces sorties par deux soignants, d’où le besoin en personnel.

« Depuis plusieurs mois, voire des années, nous remarquons en tant que patients, une diminution importante de notre liberté et d'une prise en charge des soins dégradée, malgré le fait que les soignants reviennent sur leur repos pour que nous puissions bénéficier de la meilleure qualité de prise en charge » conclut le texte.

Une démarche soutenue par les soignants


Médecins et paramédicaux ont réagi favorablement à cet appel. Secrétaire de la section CGT de l’hôpital, Jocelyne Goût se dit « totalement en accord avec ce qui est écrit dans ce courrier ». « Cela fait plusieurs années que nous dénonçons le manque de personnel au sein de l’établissement », rappelle cette infirmière en pédopsychiatrie.

« Compte tenu du public qu’il accueille, l’UMD avait toujours été protégé. Si la situation est mauvaise là-bas, vous pouvez imaginer dans le reste de l’hôpital… » estime J Goût membre de la commission nationale psychiatrie de la CGT.

La démarche de ces patients est également soutenue par le collectif Printemps de la Psychiatrie, qui rassemble psychiatres, psychologues et différents professionnels de la santé. « Le Printemps de la psychiatrie dénonce ce système de maltraitance généralisée et sa banalisation. Il exige des mesures d’urgence : remédier à la déliquescence de soins psychiatriques dignes et respectueux des psychiatrisés et traiter l’hémorragie des professionnels de la psychiatrie publique », écrit ce dernier.

« Que les patients se mobilisent en leur nom pour dénoncer les conséquences des politiques publiques, je trouve ça formidable. Ils ne se laissent pas faire mais leur discours ne vise pas les soignants, bien au contraire puisqu’ils les soutiennent » se félicite le Dr Mathieu Bellahsen, un des animateurs du mouvement.

Le praticien évoque également l’importance des sorties thérapeutiques dans le parcours de soins. « Elles ont une vertu clinique car elles permettent aux soignants d’évaluer la manière dont les patients se comportent à l’extérieur. Mais elles ont aussi une vertu thérapeutique car les pensionnaires vont développer un autre lien avec l’encadrement. Au retour, on fait des entretiens pour savoir ce que les patients ont ressenti et ça permet d’orienter les soins. Si vous supprimez ça, il n’y a plus rien. On passe du thérapeutique au gardiennage. C’est d’autant plus important en UMD où l’objectif est de réintégrer une hospitalisation classique. »

Le directeur délégué du centre hospitalier de Cadillac, Philippe Marlats assure sur France Bleu « être attentif aux demandes et attentes des malades » et promet de se pencher « un peu plus dans le détail » sur la question des sorties thérapeutiques.

F.H.

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