Psychiatrie : le CHU de Saint-Etienne n’est probablement pas un cas isolé

Paris, le mercredi 7 mars 2018 - La semaine passée, Adeline Hazan, contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) publiait un rapport au Journal Officiel qui dénonçait, en particulier, le recours trop fréquent à l’isolement et à la contention au sein du pôle psychiatrique du CHU de Saint-Etienne, notamment au sein du service d’urgences. 

L’UNAFAM (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) estime, dans un communiqué, que cette situation n’est pas un « cas isolé » et déplore que tarde à être mis en application l’article 72 de la loi du 26 janvier 2016 qui prévoit que ces pratiques deviennent exceptionnelles.

En outre l’UNAFAM précise : « il y aurait beaucoup à dire sur les conditions matérielles de l’isolement, souvent indignes, dans des chambres délabrées, où les patients doivent faire leurs besoins dans un seau hygiénique » et souligne que cette image désastreuse de la psychiatrie « joue un rôle dissuasif qui ne peut que retarder l’entrée dans un parcours de soins de personnes en souffrance psychique ». L’association met aussi en avant « les problèmes structurels qui affectent la psychiatrie », le « manque de places », « l’insuffisance de la prévention et du suivi en ambulatoire ».

Un diagnostic partagé par des médecins

Un constat que confirment trois psychiatres interrogés pour le magazine Slate par le Dr Jean-Yves Nau, les professeurs Bernard Granger* et Jean-Pierre Olié** et le docteur Pierre Zanger vice-président de SOS addictions. Ce dernier considère que « ces situations dramatiques sont en constante augmentation depuis une vingtaine d’années, et que c’est l'absence de prise en compte par les pouvoirs publics qui en est responsable ». Le Pr Granger corrobore l’observation, mais tempère néanmoins, dans une tribune publiée par le site Pourquoi docteur où il rappelle « parfois l’état d’agitation ou le risque de fugue sont tels que [l’isolement] est la seule solution pour éviter un drame ».

Quelques pistes d’amélioration

Concernant les pistes à suivre pour tenter de résoudre ces problèmes, l’UNAFAM évoque la possibilité de prévenir « très en amont l’utilisation de l’isolement et de la contention par la formation des équipes à la prise en charge de l’agitation, par l’octroi de moyens, notamment humains, adaptés, et par la sensibilisation aux principes de respect du droit et de la dignité des patients, dans tous les services, y compris aux urgences générales. »

Le Pr Jean-Pierre Olié, quant à lui souligne qu’il est « possible de longtemps mal travailler en psychiatrie sans que cela se voit. À l’inverse, un travail de qualité est rapidement perceptible. Les crédits alloués aux établissements psychiatriques ne doivent plus se faire sans un effort d’évaluation: de l’offre, de sa qualité, de ses résultats… ».

*Hôpital Cochin, Paris
** Hôpital Sainte-Anne, Paris


Frédéric Haroche

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