Quand le midazolam arrive en ville

Paris, le mercredi 5 janvier 2022 - En novembre 2019, l'affaire dite du Dr Méheut (mis en examen pour avoir administré du midazolam à des patients en fin de vie dans le cadre de son exercice libéral) avait mis en lumière les difficultés d’accompagnement de la fin de vie à domicile.

Quelques mois plus tard, la Haute Autorité de santé (HAS) avait appelé les pouvoirs publics à faciliter la prescription du midazolam en ville.

La HAS écrivait ainsi : « les pratiques sédatives, y compris la SPCMD [utilisant le Midazolam NDLR], peuvent se réaliser en tout lieu de soins, y compris au domicile ».

Un arrêté publié au « Journal officiel » du 17 décembre 2021 s’inscrit dans la continuité de cet avis et permet la dispensation du midazolam injectable en officine qui sera remboursé, dans le cadre d'une « sédation proportionnée* » ou d'une « sédation profonde et continue ».

Rappelons que le midazolam était jusqu’ici une spécialité utilisée très majoritairement à l'hôpital et sous le régime de la rétrocession en ville.

Une décision nécessairement collective

Mais cette évolution ne doit pas faire oublier le caractère nécessairement collectif d’une décision de sédation profonde.

« Elle nécessite systématiquement l’appui d’une équipe spécialisée en soins palliatifs. L’équipe qui prend en charge le patient doit s’appuyer sur les structures disponibles disposant d’une équipe ayant les compétences en soins palliatifs (notamment les réseaux, les équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) extrahospitalières et/ou d’hospitalisation à domicile (HAD) lorsque le patient est à domicile). En leur absence, elle doit prendre contact avec une équipe spécialisée en soins palliatifs pour avoir un médecin référent, compétent en soins palliatifs, prévenu et joignable pour des conseils pharmacologiques. Un médecin et un infirmier doivent être joignables 24 h/24, l’infirmier(ère) devant pouvoir se déplacer » détaillait ainsi la HAS dans son avis.

* c’est-à-dire de profondeur et de durée proportionnelles au soulagement du symptôme

G.P.

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Vos réactions (2)

  • C'est une avancée indéniable...

    Le 05 janvier 2022

    ...pour répondre à des souffrances insupportables, inhumaines car non soulagées par des thérapeutiques bien menées.
    La difficulté à domicile réside dans la collégialité. En fait les médecins de ville qui s'investissent dans la continuité des soins, dans l'accompagnement des malades, qui ne peuvent pas guérir, jusqu'à la fin de la vie, dans la pratique des soins palliatifs s'assurent de soutiens fidèles (médecins spécialistes en soins palliatifs avec notamment les EMSP, correspondants en gériatrie et les équipes mobiles de gériatrie, lits de repli, HAD) permettant de pratiquer au mieux l'anticipation, gage autant que faire se peut, d'un accompagnement accompli.
    Le principal risque est que le midazolam devienne la réponse du médecin à l'incurabilité de son patient.

    Dr Roland Fardel

  • Enfin !

    Le 07 janvier 2022

    Mieux vaut tard que jamais, et finalement obtenir une autorisation après l'affaire de novembre 2019 me paraît un délai très acceptable.
    Je partage bien l'avis du Dr Fardel : le midazolam est utile mais ne va pas régler loin de là toutes les situations, c'est un outil parmi d'autres.
    Bon courage aux confrères impliqués dans ces combats difficiles.

    Dr F Chassaing

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