Quand les médecins se prennent pour des cobayes !

New-York, le mardi 15 septembre 2020 - Voici une cascade réalisée par des professionnels (et qu’il convient de ne pas reproduire chez soi). A l’heure où les médecins s’efforcent de sensibiliser l’opinion publique sur les dangers de l’automédication, un certain nombre de scientifiques américains ont décidé d’expérimenter sur eux mêmes (et parfois leurs proches) leurs « propres vaccins » contre le Covid-19.

L’ère du « do it yourself »

La scène est rapportée dans le très sérieux New-York Times, Johnny Stine est biologiste et directeur d’une entreprise de biotechnologie à Seattle. Il prétend avoir mis au point un vaccin avec la séquence génétique d’une protéine présente à la surface du coronavirus SARS-CoV-2, qu’il a ensuite simplement mélangé à une solution saline.

Au début du mois d’avril, et alors même que l’épidémie commençait à frapper la cote est américaine, Johnny Stine indiquait sur Facebook avoir d’ores et déjà  réussi à « booster cinq fois » ses défenses immunitaires grâce à son "propre" vaccin fait maison.

Une annonce qui avait attiré l’attention du maire de la petite ville de Friday Harbor dans l’État de Washington. Contre la modique somme de 400 euros, le scientifique est parvenu à "vacciner" plus d’une trentaine de personnes.

Poursuivi par les autorités locales, il s’est engagé dans le cadre d’un accord procédural à rembourser les sujets vaccinés. La FDA n’a pas hésité en intervenir en reprochant au biologiste « d’induire en erreur » le public américain sur l’efficacité de son produit.

Projets farfelus et projets sérieux

Pour le New-York Times, Johnny Stine n'est pas le seul engagé dans cette course au vaccin en solitaire, loin des sentiers traditionnels des essais règlementés.

Le Rapid Deployment Vaccine Collaborative, ou RaDVaC, réunissant des médecins et scientifiques d’Harvard et du MIT, s’est lancé dès le mois de mars dans la conception rapide d’un vaccin contre le Sars-Cov-2. Dès la fin du mois d’avril, un premier vaccin sous la forme d’un spray nasal a été testé par l’ensemble des collaborateurs ainsi que leurs proches.

Dans une publication figurant dans la revue technologique du MIT, on apprend que ce spray est composé de « fragments du pathogène, ici des petits morceaux de protéine qui correspondent, en partie, au SARS-CoV-2 mais qui ne déclenchent pas la maladie en eux-mêmes ». D’après, Preston Estep, biologiste collaborant, les seuls effets secondaires rapportés sont des « nez bouchés et de légers maux de tête ».

Des cas de vaccination sur les scientifiques en charge de la découverte du vaccin ont également été rapportés au Kazakhstan, ainsi qu’en Russie, en Chine et au Brésil.

La légende de l’auto-vaccination

D’après Susan E. Lederer, historienne de la médecine à l’université du Wisconsin, les essais sur les médecins sont une constante dans l’histoire (même si ils tendent à devenir plus rare dans les dernières décennies).

D’un point de vue légal, la pratique de l’auto-vaccination ne semble pas être illégale aux Etats-Unis (en revanche, celle de la vaccination des proches semble plus discutable). Il reste que la pratique est vue d’un très mauvais œil par les autorités sanitaires, ainsi que par la communauté scientifique. L’annonce prématurée de la découverte d’un vaccin risquant notamment d’entrainer un relâchement global des gestes barrières.

C.H.

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