Que peut-on contre la fabrique de pandémies ?

Paris, le jeudi 30 juin 2022 - Les récentes journées de Santé publique France ont beaucoup évoqué les leçons de la pandémie, dont l’approche One Health ( « une seule santé »), indispensable pour enrayer la cascade de zoonoses, dont la Covid est l’exemple star.

Depuis quelques temps, zoonoses et maladies vectorielles explosent, favorisées par la mondialisation, les infrastructures (routes, digues, mines), l’élevage intensif, la crise de la biodiversité et du climat... En 2020, la faune aviaire sauvage était réduite à 50 milliards (pour 300 milliards auparavant), tandis qu’on « élevait » 40 milliards de poulets...

Jusque là tout va bien…

Poulets, cochons, visons, viande de brousse, chauve-souris : on sait le lien avec les zoonoses, prouvé également pour la déforestation et pour la reforestation commerciale du palmier à huile. On constate la réémergence de maladies vectorielles (dengue, paludisme), du cholera (qui menace actuellement 6,13 millions de Somaliens touchés par la sécheresse) ou encore de la fièvre de Crimée-Congo (des bovins ont été repérés comme réservoir, mais on ne s’y intéresse pas … comme pour Ebola ou la variole du singe, tant que les pays riches sont épargnés).

En novembre 2020 une réunion quadripartite OMS, OIE, FAO et UNEP* créait un haut panel d’experts partageant la même définition de « One health » : la santé humaine, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et des écosystèmes sont interdépendantes et doivent être traitées comme telles.

Nous sommes tous « One health »

Multidisciplinaire, multisectorielle, à tout niveau et dans tout territoire : la santé doit mobiliser toutes les communautés scientifiques, les politiques et les habitants, à l’instar d’une action débutée en Asie du Sud Est, départ de quelques émergences et haut lieu de l’antibiorésistance.

Mais il y a des freins : 23 ont été repérés par les experts, de la corruption locale au manque de prise en considération du problème. Au niveau européen, cette intersectorialité est difficile à mettre en place - la santé humaine traînerait les pieds... En France, les débuts sont timides mais existent à Lyon ou en Nouvelle Aquitaine. Pour la création d’une délégation interministérielle One Health, l’argument épidémiologique aura peut-être plus de poids que l’argument écologique ?

Mais concrètement, en quoi cela concerne-t-il le médecin français ? Eh bien une des dernières recommandations de l’ANSES relayée par la DGS nous invite à demander aux patients atteints de Monkeypoxvirus de rester à distance de leurs animaux de compagnie afin d’éviter la création qu’un réservoir zoonotique qui ferait de la France une nouvelle zone d’endémie pour cette forme de variole. Voilà un exemple des plus concrets !

*Organisation mondiale pour la santé, Organisation mondiale pour la santé animale, Organisations des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture (FAO) et pour l’environnement (UNEP).

Dr Blandine Esquerre

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