Quinolones et fluoroquinolones : des restrictions de prescription majeures

Paris, le lundi 15 avril 2019 – Les quinolones sont des antibiotiques bactéricides rapides, concentration-dépendants,  à spectre antibactérien large et recommandés dans de nombreuses indications. Leur rapidité d’action et leur très bonne biodisponibilité en ont fait des antibiotiques prisés de nombreux spécialistes.

Des mises en garde circonstanciées dès 2008 aux États-Unis

Néanmoins, après différentes alertes et l’action de groupes de citoyens, la FDA était contrainte en 2008 d’imposer aux fabricants d’insérer un encadré au sein de leurs notices, concernant un risque important de tendinopathie. En Europe, les mises en garde sont demeurées jusqu’à aujourd’hui beaucoup plus discrètes même si le risque de tendinopathie était connu et figurait dans le résumé des caractéristiques du produit. Cependant, ces dernières années les autorités sanitaires ont reçu un nombre croissant de signalements d’effets indésirables affectant le système musculo-squelettique et les systèmes nerveux périphérique et central suspectés d’être associés à la prescription d’antibiotiques de la famille des fluoroquinolones. Ces effets secondaires présentent des niveaux de gravité variables, allant de douleurs et de faiblesses musculaires aux troubles de la marche en ce qui concerne le système musculo-squelettique et de la fatigue à des neuropathies périphériques en passant par des troubles de la mémoire, de la vue, de l’audition, de l’odorat et du gout pour ceux touchant les systèmes nerveux périphérique et central. Certains des effets rapportés sont invalidants et potentiellement irréversibles. Face à la multiplication des signalements, une réévaluation a été jugée nécessaire. L’analyse menée par l’Agence européenne du médicament (EMA) a conduit à confirmer l’existence d’un lien entre de nombreux faits rapportés et la prescription de fluoroquinolones. Par ailleurs, l’EMA a considéré qu’il existait probablement une sous-déclaration des effets secondaires. Les résultats de cette procédure et de la réévaluation du rapport bénéfice/risque ont des conséquences dans tous les pays d’Europe et notamment en France.

Pas pour les affections sévères à modérées

Ainsi, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) adresse aujourd’hui un courrier aux médecins concernés (soit la quasi-totalité des praticiens) afin de rappeler les évolutions des conditions d’utilisation de ces antibiotiques administrés par voie générale ou inhalée.
En premier lieu, les médicaments à base de fluméquine ont été retirés du marché européen, ce qui concerne en France Apurone, dont le rapport bénéfice/risque a été jugé défavorable. Pour les autres spécialités, les recommandations sont très strictes. Elles ne doivent pas être prescrites pour les infections non sévères et spontanément résolutives, ainsi que pour les infections de sévérité légère à modérée (cystite non compliquée, exacerbation de bronchite chronique et de BPCO, rhino-sinusite bactérienne et otite moyenne aiguë) à l’exception des cas où les autres antibiotiques potentiellement indiqués sont considérés comme inappropriés. Ces traitements ne doivent pas plus être utilisés dans un cadre préventif et totalement évités chez les patients ayant déjà présenté des effets indésirables associés à un antibiotique de la famille des fluoroquinolones.

Résistances

Les praticiens sont par ailleurs invités à la plus grande prudence dans l’utilisation de ces antibiotiques pour les sujets les plus fragiles (personnes âgées, greffés, atteints d’insuffisance rénale) et ceux qui suivent un traitement par corticoïdes, en raison d’un risque accru de tendinite et de rupture de tendons. Enfin, tout signe inquiétant doit conduire à l’interruption du traitement : les médecins doivent accorder une attention soutenue à la mise en garde de leurs patients sur ce point. L’ensemble de ces restrictions devrait conduire à une très nette raréfaction des prescriptions de ces antibiotiques qui connaissaient pourtant un usage important avant les premières alertes en Europe et le développement de certaines résistances qui a notamment conduit l’OMS à déconseiller son usage chez les patients atteints de gonorrhée en 2016. Ces nouvelles mesures seront-elles considérées comme un excès de précaution ou comme une décision adaptée, compte tenu de l’existence d’alternatives ? Affaire à suivre.

Léa Crébat

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