Réintégration des soignants non vaccinés : la HAS défavorable, le Conseil scientifique plus que réservé

Paris, le vendredi 22 juillet 2022 – Le ministre de la Santé, François Braun avait indiqué la semaine dernière vouloir recueillir rapidement l’avis des instances scientifiques à propos de la levée de la suspension des quelques dizaines (centaines tout au plus) de professionnels de santé ayant refusé de se faire vacciner contre la Covid.

Parallèlement, un article amendant le nouveau projet de loi sanitaire a hier été adopté par le Sénat indiquant qu’en cas d’accord de la Haute autorité de Santé, les soignants non vaccinés pourraient être réintégrés.

L’efficacité vaccinale sur la transmission pas optimale mais suffisante pour justifier l’obligation ?

Cependant, ce vendredi, la Haute autorité de Santé (HAS) s’est clairement déclarée hostile à une telle mesure.

Pour justifier le maintien de l’obligation vaccinale, alors que d’aucuns considèrent que l’efficacité limitée des vaccins quant à la réduction du risque d’infection remet en cause la pertinence de cette disposition, la HAS argumente : « Les données récentes relatives à l’efficacité des schémas de vaccination à trois doses de vaccins à ARNm (primovaccination + 1ère dose de rappel), encore très limitées en contexte Omicron, ont été présentées dans un avis récent de la HAS. Ces données montrent notamment un regain de protection contre les infections apportées par cette dose de rappel (données EPI-PHARE et DREES). La protection vaccinale se situe entre 45 % et 55 % contre les infections symptomatiques et autour de 80 % contre les formes sévères dans les 3 mois suivant son injection. La protection vaccinale se maintient à des niveaux élevés contre les formes sévères (entre 52 et 78 % jusqu’à 6 mois ; la protection s’érodant plus vite chez les 80 ans et plus). La protection contre les infections s’érode de façon importante à partir de 3 mois, en particulier chez les personnes les plus âgées. Le niveau d’efficacité contre les infections après trois mois n’est pas précisément connu à ce jour, mais il est probable qu’une efficacité résiduelle persiste à plus long terme. Par ailleurs, l’efficacité vaccinale sur les variants BA.4 et BA.5 est probablement comparable à celle observée précédemment vis-à-vis des variants BA.1 et BA.2 (données préliminaires du Royaume-Uni publiées par l’UKHSA) ».

D’aucuns considéreront que ces développements ne permettent pas totalement de répondre à l’objection d’une efficacité trop modeste pour justifier l’obligation.

Néanmoins, la HAS conclut : « Au vu du contexte épidémique dynamique, des incertitudes sur l’évolution de l’épidémie dans les prochains mois, et de l’efficacité d’un schéma vaccinal complet à réduire le risque d’être infecté et de transmettre la maladie, la HAS considère que les données ne sont pas de nature à remettre en cause l’obligation vaccinale des personnels des secteurs sanitaire et médico-social qui concourt à une meilleure protection des personnes soignées ou accompagnées, au premier rang desquelles les plus vulnérables » !

Delta !

Cette position de la HAS, en dépit de sa faiblesse argumentative, n’est pas tout à fait une surprise. En effet, le Conseil scientifique s’est lui aussi montré réservé sur le sujet dans son dernier avis rendu public mercredi. Ses considérations s’émancipent du seul contexte épidémiologique et de la performance des vaccins, pour mettre également en avant : « La notion d’exemplarité et de valeurs associées aux soins reste essentielle pour la majorité des soignants ».

La portée d’une telle remarque est cependant contestée par de nombreux observateurs qui notent que cette notion d’exemplarité demeure difficile à entendre quand nombre de professionnels fument, boivent ou ne suivent pas la plupart des recommandations sanitaires.

Cependant, le Conseil scientifique indique encore de manière plus pragmatique : « Au regard du nombre de personnes concernées, la réintégration de soignants non vaccinés dans les équipes hospitalières n’aura probablement pas d’impact sur l’amélioration de l’organisation hospitalière. La réintégration de soignants non-vaccinés peut, au contraire, soulever des problèmes de rejet au sein des équipes de la part d’autres soignants, qui ne comprendraient pas cette réintégration (…) L’apparition d’un nouveau variant plus sévère à l’automne (scénario 3) imposerait un retour à une vaccination ciblée sur certaines populations ou de certains métiers, la réintégration des soignants non-vaccinés rendrait ce type de décision très difficile ».

Enfin, concernant l’efficacité des vaccins, le Conseil scientifique fait cette curieuse observation (signalée par différents commentateurs et journalistes) : « Les personnes vaccinées et infectées par le variant Delta sont porteuses d’une charge virale plus faible et moins durable que les non vaccinés infectés ».

Même si le retour de Delta apparaît peu probable ( !), le docteur François Braun vient d’indiquer que l’avis de la HAS (et du Conseil scientifique et de l’Académie de médecine aux arguments peut-être finalement plus convaincants) serait suivi.

L.C.

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Vos réactions (6)

  • C'est quoi la France, et l'Europe, au niveau de la santé ?

    Le 23 juillet 2022

    Vu les arguments dans ce texte, et vu les faits produits, l'avis de la HAS concerne la France ou la métropole, avec ou sans, la Corse ? Le souhait de cultiver les diversités est un acte sympathique, sauf qu'en pratique, cela permet le pire et le meilleur. Le dossier covid a mis en lumière le fait que la dénomination vaccin est vaste, ou plus, trop vaste (voir polio dans les égouts). Les visions individualistes doivent être considérées comme des vaccins ? Essayer de répondre, c'est aborder le monde politique et ses bonheurs.

    Cette haute autorité, va devoir désormais aborder bien des sujets, la vraie et bonne question pourrait être : il faut une vision ou plusieurs peuvent cohabiter ?

    Letter from Finland and SwedenLettre https://lisaselindavis.substack.com/p/letter-from-finland-and-sweden

    Ce n'est pas étonnant que les grandes puissances médicales évoquent des versions de diverses couleurs. Essayer d'entrevoir vers quoi l'Europe veut aller va être passionnant ...

    Dr Bertrand Carlier

  • Beaucoup de bruit pour pas grand monde ?

    Le 25 juillet 2022

    L’"amnistie" évoquée et non retenue fait beaucoup de bruit et ne concerne pas grand monde.
    Le taux de couverture vaccinale complète nationale adulte nous indique que tout ceci ne concerne, à nouveau, qu’une petite minorité volontiers bruyante et médiatisée qui est censée mériter toute notre attention. Un peu moins de 12 000 personnels de santé suspendus en France, toute profession confondue (personnels administratifs et techniques inclus) : "0,53% des effectifs"(Ministère de la Santé), 700 infirmiers et moins de 80 médecins et pharmaciens.
    Les implications personnelles dramatiques sont évidentes à l’issue de choix tout aussi personnels et supposés éclairés.
    La multiplication des prises d’avis est un outil d’aide à la décision mais aussi une occasion "parachute" de diluer les responsabilités.
    Les avis convergents facilitent in fine la décision : non-réintégration. La décision reste politique et politisée sur la base de données variables en fonction du temps, des variants mais aussi d’impératifs… politiques dans un barnum très "alternatif" où les extrêmes se rejoignent.
    Le plaidoyer éthique bienveillant (E Hirsch) pour "l'apaisement" et le "besoin de retrouver de la cohésion, du lien social, du respect réciproque" n’est pas une réponse : elle ne peut être malheureusement que binaire.
    Seuls les argumentaires pour ou contre la réintégration comptent. Peu de chose ou rien à attendre de la médecine factuelle sur ce sujet. La porte à l’empirique est ainsi ouverte parmi l’immense majorité de professionnels vaccinés :
    1- L’argumentaire sanitaire (HAS) pour la non-réintégration, est maigre compte tenu de la pauvreté des données disponibles en climat Omicron et à fortiori BA.4-5, comme l’indique la HAS. Citer les périodes caduques (Delta) relève d’un manque d’actualisation pénalisant pour un Conseil Scientifique (CS) finissant.
    Rien ne semble indiquer que, dans le climat viral actuel, la vaccination systémique (Base Wuhan) soit stérilisante : les N réinfections en témoignent. Il en eu possiblement été autrement avec les voies muqueuses, non encore exploitées.
    Reste que les rares professionnels rebelles, l’ont été en climat antérieur à Omicron, qui n’est plus d’actualité.
    Indiquer, pour un soignant, que la pédagogie n’a pas été faite serait stupide et inquiétant. Évoquer la difficulté à l’accès vaccinal : idem.
    En revanche, N soignants (ou vétérans US) à travers le monde ont contribué, en tant que sujets d’étude(s), à N papiers sur les bénéfices individuels voire collectifs. Le biais inhérent à une population de volontaires disciplinés est alors évident : pas très "vie réelle".
    2- L’argumentaire du CS ou de l’Académie de Médecine sur les problèmes relationnels potentiels et l’exemplarité est plus audible mais volontiers subjectif. Ré accueillir un soignant qui a refusé la vaccination peut être problématique. Pour moi au moins, sous réserve d’une écoute préalable de son argumentaire :
    • Argumentaires idéologique ou pseudo-scientifiques (Puces, ARN etc.) : inaudibles. La lecture des commentaires du JIM depuis bientôt 2 ans 1/2 rappelle à quel point certains soignants et soignés n’ont jamais été aussi proches, tant leurs sources d’informations sont identiques et « alternatives ».
    • Argumentaire scientifique : l’absence de bénéfice sanitaire individuel avant 50 ans en l’absence de comorbidité, faute de stratification et analyse post-hoc, est parfaitement audible et exacte. Le travail de la HAS ne s’encombre pas de ce point capital, EPI-Phare se limitait prudemment aux plus de 50 ans.
    Nier le bénéfice après 50 ans et/ou en présence de comorbidité est un appel à la formation et lecture continues.
    Les débats sur la tolérance doivent être menés au cas par cas, plateforme par plateforme. La vigilance a été optimale, tout comme la stratification des stratégies. Les données publiées opposables existent, des myocardites aux règles en passant par les « thromboses », les paralysies faciales, surdités ou fausses couches. Elles obéissent aux aléas de la déclaration passive et du biais de notoriété.
    Revendiquer le "risque zéro" et méconnaitre "risque-bénéfice" sont incompatibles avec notre exercice, noyé dans un principe de précaution parfois momifiant.
    Demander "ce que ça donnera au long terme" suppose que l’on ait appliqué ce principe avant 2020, que l’on se munisse d’un calendrier et que l’on soit encore vivant.
    3- Les impasses ou gouffres :
    • Pragmatisme : la réintégration des soignants non vaccinés pour combler le manque de soignant : probablement une goutte d’eau. A confirmer ou infirmer avec des chiffres fiables des concernés et des besoins. Une réintégration "pour passer l’été" aurait été ridicule et inaudible. Le devenir des soignants non vaccinés, dans les territoires ultramarins ? Quid des quelques pompiers ayant revendiqués "le statut de soignant" et de leur recours si précoce devant la Cour Européenne de Justice ? Possiblement 5000, 02 % de l'effectif total (pro et volontaires) suspendus à l’issue d’une évaluation syndicale (CGT) précaire mais à entendre en période estivale.
    • Méthodologie et transparence : l’évaluation du nombre de contaminations nosocomiales ouvre la boite de Pandore des "avec" et "par" COVID
    • Financière : rémunération des jours non travaillés : la question se serait posée, elle ne se pose plus.
    • Inquiétudes : nous avons peut-être travaillé avec les quelques soignants évoqués, sans rien remarquer ou surtout signaler, comme dans les EHPAD ?

    Dr Jean-Paul Bonnet, PH

  • Temps de crise, mesures de crise

    Le 25 juillet 2022

    Dans la suite du "quoi qu’il en coûte", le courage politique pour les vraies décisions a manqué (obligation vaccinale pour tous) ou manque encore. La prise de mesures jugées "liberticides" n’est toujours pas d’actualité, le poids du lobbyisme corporatiste l’est :
    • La "liberté d’installation" n’est pas remise en question
    • Le retour des gardes en ville reste en jachère
    • Le plafonnement effectif ou la suppression pure et simple de l’intérim médical
    La primauté des droits sur les devoirs ne doit pas faire oublier un droit fondamental : la liberté d’accès à des soins dispensés selon l’état de l’Art, avant comme pendant ou après l’été 2022

    Dr Jean-Paul Bonnet, PH

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