Retraites : l’UNAPL hausse le ton mais sans s’engager dans la contestation

Paris, le jeudi 5 septembre 2019 – L’Union nationale des professions libérales (UNAPL) s’est montrée hier sans nuance concernant le projet de réforme des retraites préparé par le gouvernement et qui doit faire l’objet de concertations, voire de négociations. Elle a ainsi clairement signifié son refus du plan tel qu’il transparaît dans le rapport du Haut Commissaire à la réforme des retraites (HCRR), Jean-Paul Delevoye, entré au gouvernement cette semaine.

Les critiques de l’UNAPL sont multiples. Elle se dit tout d’abord « défavorable à la mise en œuvre d’un système universel de retraite qui couvrirait les assurés jusque trois plafonds de la Sécurité sociale (121 572 euros), condamnant les régimes complémentaires ». Elle dénonce également le « bouleversement » inévitable des taux de cotisations et du montant des pensions. Par ailleurs, concernant les spécificités des caisses de retraites des professionnels libéraux, elle exige que leurs réserves soient préservées (elles s’élèvent au total à 27 milliards d’euros, dont 7 milliards pour la Caisse autonome de retraite des médecins français, CARMF) et que les professions libérales puissent conserver un rôle dans le pilotage.

Des conséquences négatives certaines sur les cotisations et/ou les pensions

Ces critiques sans réserve du projet se basent sur les simulations défavorables réalisées par l’UNAPL. Car si le HCRR n’a pas encore présenté de projections aux syndicats et aux partenaires sociaux, ces derniers ont souvent déjà réalisé leurs propres simulations. Et concernant les professionnels de santé, elles sont souvent peu engageantes. Ainsi, selon l’UNAPL, un régime universel pour les médecins, les dentistes et les pharmaciens entraînerait probablement une baisse des cotisations, mais également des pensions. Pour les sages-femmes et les auxiliaires médicaux, la situation inverse devrait s’observer avec une augmentation des cotisations, mais également une hausse des pensions. D’une manière générale « Certains libéraux verraient leurs cotisations presque doubler, d’autres constateraient la réduction de leurs pensions. Même si une phase de transition plus ou moins longue est prévue, les conséquences in fine seront bien présentes » insiste l’UNAPL. Ces évolutions contrastées ne disent en outre rien de la question épineuse de l’âge du départ à la retraite. Alors qu’une durée de cotisation minimale pourrait être imposée pour toucher une retraite à taux plein, beaucoup font remarquer que parmi les libéraux, beaucoup entrent tardivement dans la vie active en raison de la longueur de leurs études, tels les médecins. « Que veut-on faire ? Faire travailler un médecin jusqu’à 75 ans ? » s’est insurgé hier le président de l’UNAPL, Michel Picon.

27 milliards de réserves à préserver

Face à ces perspectives inquiétantes, l’UNAPL pose cinq conditions, alors qu’elle doit être reçue demain à Matignon pour évoquer le contour des négociations à venir. Elle attend que la spécificité de la retraite des professions libérales soit maintenue dans le régime universel. Elle rappelle en effet que « Les professionnels construisent leur future retraite seuls (…), en grande partie par des régimes complémentaires adaptés aux différentes professions. Ceci explique que, pour le seul régime de base, leur taux de cotisation soit moindre que dans d’autres catégories professionnelles ». L’UNAPL insiste par ailleurs sur l’obligatoire préservation des réserves « par souci d’équité » et met en garde contre tout velléité du gouvernement de « puiser dans les réserves ». « Nos caisses professionnelles ont géré leurs régimes avec beaucoup de sérieux et de sens des responsabilités. Nous avons constitué 27 milliards d'euros de réserves financées exclusivement par des générations de professionnels libéraux. Ce n'est pas un magot mais ces réserves doivent rester la propriété de nos professions » a martelé Michel Picon. Autre condition sine qua non qui concerne notamment les médecins, l’UNAPL réaffirme qu’elle se montrera « particulièrement attentive au maintien du régime ASV et PCV (…) qui est lié historiquement » à la convention entre les professionnels de santé et l’Assurance maladie et au-delà souhaite défendre les avantages conventionnels des praticiens en lien avec la retraite. Enfin, l’UNAPL insiste pour que les professions libérales soient impliquées dans la nouvelle gouvernance, ce qui suppose notamment que soit repoussé (voir abandonné) le projet de transfert du recouvrement des cotisations à l’URSSAF.

Se battre pour une certaine idée de l’organisation de la société française

Refusant de céder sur l’ensemble de ces éléments, l’UNAPL considère cependant que le temps de la mobilisation n’est pas encore venu et souhaite donner une chance à la concertation. Aussi, n’appelle-t-elle pas à participer à la grande manifestation prévue le 16 septembre initiée par plusieurs représentants d’avocats et à laquelle se sont associés certains syndicats de médecins (la Fédération des médecins de France et l’Union française pour une médecine libre) et d’infirmiers (Convergence). Aussi, s’inscrivant dans la lignée de l’UNAPL, plusieurs autres organisations ont pour l’heure refusé d’inviter à la grève, telles la Confédération des syndicats de médecins de France (CSMF) et le Syndicat des médecins libéraux (SML) ou du côté des infirmières, la Fédération nationale des infirmiers (FNI). Cependant, s’il apparaissait rapidement que les conditions posées par l’UNAPL étaient rejetées par le gouvernement, alors cette dernière envisagerait rapidement une mobilisation massive, non seulement pour défendre les professionnels de santé, mais au-delà tous les Français. « Qui peut imaginer que les professions de santé garderont leur attractivité lorsque les professionnels dans leur intégralité n’exerceront plus en libéral ? Qui sera au chevet des patients dans les territoires ? » s’est en effet interrogé Michel Picon pour démontrer que ce combat va au-delà de la défense des spécificités des régimes des retraites des professions libérales.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Asv

    Le 05 septembre 2019

    Il est inadmissible d'avoir accepté une baisse rétroactive des points ASV engendrant une baisse nette des retraites alors que l'on avait cotisé pour une certaine valeur.
    Aucune profession n'a subi cela !
    Sncf, edf, éducation nationale seraient descendus dans la rue !

    Dr Michel Hourtal

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