Revalorisation de 300 millions : très insuffisante aux yeux des médecins hospitaliers

Paris, le mardi 30 juin 2020 - Le ministre de la santé, Olivier Véran a dévoilé, aux médecins hospitaliers, en fin d’après-midi hier, l’enveloppe qui sera consacrée à leurs revalorisations : 300 millions d’euros, en 2021, ce qui équivaudra à une augmentation d’environ 250 € brut mensuel.

Les indemnités de garde des internes augmentées de…10 € !

Dans le détail, pour les praticiens hospitaliers, l’indemnité d’engagement de service public pour les médecins ne faisant pas d’activité privée à l’hôpital sera augmentée de 20 %. Pour les praticiens ayant plus de quinze ans d’ancienneté, l’indemnité passerait ainsi de 700 à 900 euros bruts. Autre mesure sur la table : une revalorisation de 20 % du montant des gardes de week-end et de jour férié. « Cela devrait représenter 30 euros de plus sur une garde, qui passera à environ 200 euros brut » calcule un syndicaliste présent à la réunion.

Le temps de travail additionnel serait lui aussi mieux rémunéré. Une prime territoriale renforcée serait par ailleurs accordée aux praticiens faisant des remplacements dans un même groupement hospitalier. En outre, la suppression progressive des premiers échelons de praticien hospitalier, qui était déjà actée, sera accélérée.

Des propositions ont également été faites aux internes avec une revalorisation de 10 % des salaires de ceux de première et de deuxième année et de 5 % pour les suivantes, à partir de début 2021. Les indemnités forfaitaires pour les gardes de week-end devraient également être augmentées.

Léonard Corti secrétaire général de l’ISNI détaille : « Véran nous propose 150 euros brut mensuels à partir de 2021 sur deux ans, puis 75 euros brut les quatre années suivantes. Les indemnités de garde, soit quatorze heures trente de travail de nuit, seraient revalorisées de 10 euros ».

« Consternant »

A la sortie de la réunion, sur les marches du ministère, la formule consacrée proclamant « le compte n’y est pas » pouvait résumer la pensée des médecins ayant participé aux discussions.

« C’est consternant » a ainsi constaté à la sortie du Ségur, le Dr Jacques Trévidic, président de l’intersyndicale Action Praticiens Hôpital (APH).

« Ce n’est pas avec ça qu’on va retenir les médecins à l’hôpital public », peste-t-il. Il rappelle : « il y a aujourd’hui une différence de rémunération telle entre le privé, l’intérim et l’hôpital public qu’on ne peut pas espérer pourvoir avec si peu les 30% de postes de médecins aujourd’hui vacants dans les services hospitaliers. On va faire des contrepropositions à Notat et Véran mercredi. On n’envisage pas de signer un accord dans ces conditions ».

Dans un communiqué publié lundi soir, le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE) va jusqu’à dénoncer la « trahison du Ségur de la santé » et affirme que, pour un médecin hospitalier, « il ne se passe pas une semaine sans apprendre le départ d’un ou de plusieurs collègues de son établissement ». Le SNPHARE met en avant le phénomène de « fuite pure et simple de l’hôpital public vers une herbe plus verte ailleurs : meilleures conditions de travail, mieux définies, moindre pénibilité de la permanence des soins, meilleures rémunérations, gouvernance plus souple et horizontale, reconnaissance ».

Reste que jeudi, veille de la clôture du Ségur de la santé, les syndicats de praticiens hospitaliers ont de nouveau rendez-vous avec Nicole Notat. D’ici là, ils espèrent faire monter la pression notamment à travers la mobilisation d’aujourd’hui.

Rappelons en effet que tous les personnels hospitaliers médicaux et paramédicaux sont appelés à une journée nationale de grève et de manifestation.

Mais à Paris, le défilé pourrait manquer de force puisque ce sont deux cortèges qui s’ébranleront de part et d’autre de la Seine, désunion syndicale oblige…

F.H.

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Vos réactions (3)

  • Beurre et argent du beurre

    Le 01 juillet 2020

    Le vrai scandale ce sont les rémunérations des autres personnels hospitaliers soignants, pas du tout celle des médecins !
    Désolé mais les médecins du public bénéficient d'un statut garantissant leur emploi...et perçoivent leur rémunération quoiqu'il advienne ! Avantages oh combien significatifs lorsque l'on a connu les "vaches maigres" des rigueurs du privé….
    Donc - et c'est valable pour toutes activités - ne surtout pas oublier les avantages réels des fonctionnaires en regard des risques croissants du privé !
    En effet, combien de cabinets libéraux vivotent ? et que dire des risques réels de perdre son job en entreprise (nombre de collègues toubibs et potards sont salariés de labos...qui ne plaisantent pas avec les licenciements...et lorsque cela vous tombe sur le paletot à 50 ans votre plan de carrière est quasi terminé !
    Au final (et c'est devenu trop souvent la mode) comparer les rémunérations public / privé n'a aucun sens !
    Les prises de risques devant évidemment être rémunérées en proportion….ce qui n'est absolument pas le commun des salariés du public !
    D'ailleurs il est pour le moins scandaleux que des praticiens du public puissent arrondir très généreusement leurs fins de mois en pratiquant - avec évidemment les moyens exclusifs du public - des consultations privées, d'ailleurs souvent particulièrement onéreuses….
    Le choix d'une carrière correspond d'abord à un état d'esprit ; difficile donc d'exiger, là aussi, beurre et argent du beurre !

    ACR

  • Les spécialistes gagnent 2 à 3 fois plus dans le privé

    Le 05 juillet 2020

    Cher ACR, vous n'y êtes pas, un cabinet privé qui vivote ? Où ça, dès qu'un médecin s'installe, il met 3 semaines pour avoir ses créneaux complets, si c'est un ophtalmo même pas une journée...
    Rien à voir avec les salaires hospitaliers : 3.500 Euros pour un PH débutant, à 32-34 ans avec femme (mari) et enfants, et 9-15 ans d'études...face au privé, où à part de rares spécialités comme la pédiatrie, les spécialistes gagnent 2 à 3 fois plus sans patron sur le dos et en étant moins présents, y'a pas photo! Si bien intentionnés soient-ils, la réalité financière en rattrape plus d'un : les salaires sont restés bloqués depuis 20 ans. Si on veut garder des médecins dans les hôpitaux publics, il faut revaloriser sérieusement les salaires, c'est bien LE problème!

    Dr Astrid Wilk

  • Les hôpitaux encouragent le privé...

    Le 13 juillet 2020

    N'oubliez pas que les praticiens exerçant une activité libérale paient une redevance, non négligeable pour les comptes de l'établissement, à tel point que l'exercice libéral est encouragé financièrement et également en terme d'image par certains établissements dont le mien.
    En sachant aussi que les PH exerçant une activité libérale induisent une économie de la prime d'exercice exclusif pour l'établissement qui est donc doublement gagnant...

    Dr PAM

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