Russie, Chine : le spectre du mensonge et de la manipulation ?

Pekin, Moscou le lundi 30 mars 2020 - « C'est par la pratique que l'on conçoit la vérité. Il faut corriger la vérité d'après la pratique » disait Mao Tsé Toung.

Cette maxime résonne particulièrement au moment où certains doutes commencent à s’élever sur la véracité du bilan de l’épidémie de Covid-19 transmis par les autorités chinoises mais aussi russes.

Il est vrai que les deux nations possèdent une triste et solide réputation en matière de manipulation et de désinformation. Pourtant, jusqu’alors, les chiffres transmis par la Chine faisaient autorité (ces derniers étant d’ailleurs régulièrement repris lors du point presse quotidien tenu par le Professeur Jérôme Salomon).

Mais au moment où l’Europe et l’Amérique font face à une progression fulgurante de la maladie, la question de la sincérité des bilans chinois et russes se pose. C’est tout d’abord le Professeur Patrick Berche, ancien directeur de l’Institut Pasteur de Lille, qui pose la question : « il y a une mortalité annoncée par les Chinois qui, à mon avis, a été certainement sous-estimée. On a beaucoup de mal à croire qu'un pays, même avec des mesures de confinement, ait si peu de morts ».

Désormais, les doutes semblent corroborés par des indicateurs inquiétants.

La Chine a-t-elle menti sur les morts de Wuhan ?

Rappelons tout d’abord les chiffres officiels. Entre la période allant du 17 novembre 2019 au 30 mars 2020, 81 470 cas de Covid-19 ont été recensés en Chine pour 3 304 morts (dont 2 535 à Wuhan).

Mais depuis plusieurs jours, certains signes tendent à laisser penser que la Chine a bien connu au cours de cette période une surmortalité suspecte.

Premier indicateur : à Wuhan, les familles de ceux qui ont succombé au virus viennent tout juste d’être autorisées à récupérer les cendres de leurs proches. Or, le nombre d’urnes livrées ces derniers jours aux funérariums laisse craindre le pire.

Le groupe de média chinois Caixin, repris par Bloomberg et Time Magazine, a publié la photo d’un camion rempli de 2 500 urnes funéraires en livraison pour le crematorium. Ces 2500 urnes viennent s’ajouter aux 3 500 d’ores et déjà stockées par l’établissement (soit un total de 6 000 pour ces derniers jours). D’autres images montrent des files d’attentes impressionnantes pour récupérer les restes de proches.

Deuxième indicateur : plusieurs médecins de Wuhan ont rapporté au Financial Times que de nombreux patients diagnostiqués positifs ont été volontairement écartés des statistiques officielles et ceci « afin que le décompte journalier des derniers jours reste proche de zéro ».

Troisième indicateur, qui laisse craindre une apparition beaucoup plus précoce de l’épidémie : l’augmentation du nombre de crémations à Wuhan au cours du dernier trimestre de l’année 2019.

D’après ces statistiques, au dernier trimestre de l’année 2019, 1 583 incinérations auraient été pratiquées en plus par rapport au T4 de l’année 2018, et 2 231 par rapport au T4 de l’année 2017.

Dans une interview accordée à LCI, le Professeur Karine Lacombe, infectiologue et chef de service hôpital Saint-Antoine (AP-HP), a indiqué qu’il était probable que l’ampleur de l’épidémie avait été minimisée : « nous pensons que l'épidémie a commencé beaucoup plus tôt en Chine, probablement dès septembre. Ils ont aussi probablement caché la vraie mortalité parce que 3 000 morts, quand on voit ce qui se passe en Italie ou en Espagne, on a du mal à le croire. Probablement que les données de description des personnes atteintes du coronavirus ont été biaisées ».

Reste à savoir si, sur la période allant de septembre à janvier, le pouvoir politique chinois a cherché à camoufler l’épidémie ou si celui-ci n’a pas su voir les signes d’une surmortalité inquiétante.

Soulignons toutefois, que tous ces indices ne prouvent pas de manière formelle la tentative de manipulation des autorités chinoises.  

En Russie, augmentation suspecte des cas de « pneumonies extrahospitalières »

Alors que le premier cas de Covid-19 aurait été recensé en Russie le 31 janvier 2020, le pays affiche au 30 mars un bilan étonnant de 1 836 cas et 9 morts, soit un meilleur bilan que le petit Grand Duché du Luxembourg (1 950 cas et 21 morts).

Là encore, les chiffres semblent clairement biaisés, sans qu’il soit possible d’y voir le signe d’un mensonge ou d’une totale désorganisation.  

Certaines voix émergent dans ce paysage pour dénoncer l’inaction et le mensonge des autorités russes.

D’après Anastasia Vassileva, présidente d’un syndicat indépendant, le nombre de pneumonies et autres infections respiratoires est en hausse dans tout le pays. S’agissant de la seule ville de Moscou, les pneumonies ont augmenté dès janvier de 37 % par rapport au même mois de 2019. « Les autorités cachent sciemment les cas et, en faisant cela, participent à la diffusion de l’épidémie » a-t-elle notamment déclaré.

Mais dans cette curieuse épidémie sans malades, les autorités n’ont plus d’autre choix que d’adopter des mesures d’exception. Dans une annonce surprise faite dans la soirée du 29 mars, le maire de Moscou a annoncé le confinement total de la population avec introduction d’un couvre-feu (voir notre article du jour : La place rouge était vide)

Manipulation de l’information à l’étranger

Alors que les soupçons se renforcent autour de la gestion interne de la crise, Pékin et Moscou sont accusés de profiter de la situation sanitaire en Europe pour lancer d’importantes campagnes de désinformation.

Ainsi, le 16 mars, le Haut représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères a affirmé qu' « une campagne de désinformation relative au Covid-19 est menée par des médias d'État russes et pro-Kremlin ».

La Russie et la Chine multiplient également les gestes de démonstration ostensibles de générosité à l’égard de l’Italie, durement touché par la crise. L’Europe se désole de cette mise en scène de l’aide russe, alors qu’elle fut invitée à faire preuve de discrétion par la Chine, au moment d’envoyer masques et matériel en janvier à l’Empire du Milieu.  

Enfin, selon le quotidien italien La Stampa, 80 % du matériel offert par la Russie serait tout simplement inutile. Des soldats de l’armée russe peuvent toutefois se payer le luxe de stationner dans les bases de l’OTAN au-delà des Alpes.

CH

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Vos réactions (1)

  • Russie et Chine, des menteurs ?

    Le 30 mars 2020

    ...mais bien sûr qu'ils mentent. Mais ceux qui mentent ne sont pas ceux que l'on croit ! Pour la Chine je ne sais pas mais pour la Russie j'ai des infos: je vis à Moscou et je partage la vie de mes amis russes depuis plusieurs années: et je peux vous dire que les consignes sont suivies, qu'il n'y a pas de mort suspecte, que les Russes se sentent concernés et que l'aide envoyée en Italie n'est pas (uniquement) un pied de nez délibéré à l'OTAN.
    Par contre la Stampa est un journal détenu par les Italo-américains, ça c'est vrai.

    Dr Pierre Monod

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