Sages-femmes et gouvernement accouchent d’un accord

Paris, le mercredi 24 novembre 2021 – Les sages-femmes hospitalières et le gouvernement sont parvenus, avant-hier, à un accord après des mois de grogne que n’a pas apaisés le Ségur.

500 € nets de revalorisation

Ce protocole qui concerne l’hôpital public et privé à but non lucratif représente une ligne budgétaire de 100 millions d’€, qui doit s’appliquer entre février et mars 2022. Il prévoit en premier lieu une revalorisation de 500 euros nets mensuels en moyenne par sage-femme hospitalière. Dans le détail, il s’agit de 183 € nets de complément de traitement indiciaire, 78 € nets de revalorisation des grilles et 240€ nets de prime d’exercice médical.

Mais l’on sait que le mouvement des sages-femmes réclamait surtout la « reconnaissance » de leur métier.

Ainsi, hors des considérations de rémunération, le texte prévoit « la prolongation du doublement du taux de promu-promouvables (soit 22% vs 11%) dans la fonction publique hospitalière sur la période 2022-2024 ».

Également sera publiée « d’ici à la fin de l’année », « une instruction sur les principaux enjeux relevés par la profession s'agissant des modalités organisationnelles et de travail à l’hôpital (développement de la filière médicale dans la FPH, gestion RH par les directions des affaires médicales, accès à la formation continue, rôle et place des coordonnateurs en maïeutique, incitation au développement des unités physiologiques dans les maternités…) ».

L’accord vient également confirmer ou entériner la création d’une 6e année de formation en maïeutique, la finalisation de la discussion sur l’avenant conventionnel n°5 entre la Caisse nationale d’assurance maladie et les syndicats professionnels incluant l’entretien post-natal précoce pour une signature avant la fin de l’année, la publication du décret sur les maisons de naissance faisant suite à l’expérimentation, de celui mettant en place la sage-femme référente et encore de celui évaluant la réalisation d’avortements instrumentaux dans un cadre hospitalier par les sages-femmes.

Ce n’est qu’un début…

Ce protocole ne satisfait néanmoins pas toutes les organisations représentatives.

Un nouveau « week-end noir » est ainsi prévu du 26 au 29 novembre, à l’appel de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF) et avec l’appui de la Confédération générale du travail (CGT) qui a déposé un préavis.

Quoi qu’il en soit, le Président de la République s’est rendu hier à Amiens pour rencontrer des sages-femmes en colère et faire le service après-vente de ce compromis entre exécutif et syndicats.

Elles ont semblé convaincu par leur rencontre avec le Chef de l’Etat, puisqu’à la sortie, elles ont pu déclarer au micro de LCI : « il est hyper humain, il a tout compris, nous sommes très satisfaites de notre entretien, en l’espace d’une matinée nous avons plus avancé qu’en 20 ans ». Des déclarations qui ont fait pâlir le député de la France Insoumise, François Ruffin présent sur les lieux et qui était venu soutenir les maïeuticiennes dans leur combat et qui les a prévenues de bien faire attention aux promesses du Président pas encore candidat…

F.H.

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Vos réactions (1)

  • Précisions sur les revendications des SF

    Le 28 novembre 2021

    Je voudrais revenir sur certains points.

    Tout d'abord le Ségur n'a pas apaisé la grogne des sages-femmes car elles étaient les seules à ne pas en avoir encore bénéficié.

    Au sujet des 500 euros accordés ces derniers jours: 183 euros du Ségur (qu'elles ne considerent donc pas comme une avancée puisqu'elle rattrape simplement un oubli incompréhensible) + 78 euros indiciaires + 250 euros de prime (donc qui ne seront pas versés si arrêt maladie ou congé maternité et qui ne comptent pas dans le calcul des retraites) =78euros. Merci beaucoup.

    Les territoriales (sages-femmes de PMI) auront uniquement les 78 euros alors qu'elles sont déjà les sages-femmes les plus mal rémunérées tous secteurs confondus.

    Les liberales n'auront rien (il est question de création d'actes mais pour le moment nous n'avons aucun chiffre et nos actes actuels nous rémunèrent trés mal puisque nous gagnons en moyenne 2400 euros net, autant qu'un orthoptiste ou un podologue (3 ans d'études), et 1200 euros net de moins qu'une infirmière, professions paramédicales bien loin du niveau de responsabilité d'une sage-femme (5 ans d’études) qui, dans le cadre de la physiologie (et sur prescription de la pathologie), veille sur la santé et la vie des femmes et de leurs enfants.

    On nous accorde une 6e année d'étude et c'est très bien pour nos étudiants exsangues qui font actuellement 1400h de plus en 5 ans que les étudiants dentistes qui font déjà 6 ans d'études. Mais qui va accepter de faire 6 ans d'études avec ce niveau de responsabilité en étant si peu rémunéré (actuellement 1700 euros à l'hôpital en debut de carrière) quand bien même nous aurions 78 euros de plus et une prime de 240 euros? C'est ridicule tout simplement. 

    De plus dans les hôpitaux les sages-femmes sont gérées par les affaires paramédicales alors qu'elles exercent une profession médicale. Pourquoi ?

    Dans votre article il n'est pas question d'une des demandes majeures des sages-femmes qui attendent une révision indispensable des décrets de périnatalité. Ceux-ci régissent notamment les effectifs des établissements selon leur nombre d'accouchements par an. Les décrets actuels sont basés sur une pratique hospitalière qui n'a plus cours puisqu'aujourd'hui les femmes veulent de plus en plus pouvoir se mobiliser, souvent sans péridurale ou avec une péridurale déambulatoire, et que leur projet de naissance soit respecté le plus possible. Nous soutenons ces évolutions,  encouragées par ailleurs par l'HAS, qui permettent aux femmes de se réapproprier leur corps, leur individualité et la naissance de leurs enfants.

    Mais cela nécessite beaucoup plus de temps de présence. Sans compter que les décrets de périnatalité ne tiennent pas compte des accouchements suite aux interruptions médicales de grossesse, ni des heures consacrées à la surveillance des femmes présentant des pathologies nécessitant une surveillance continue (poussée hypertensive par exemple) qui sont prises en charge en salle de naissance également... ces éléments font qu'actuellement, partout sur le territoire français, les sages-femmes sont en grande souffrance institutionnelle car en grand sous effectif. Et qu'inevitablement la qualité des soins physiques et psychiques s'en ressent.

    Si certaines sages-femmes ont peut être été satisfaites des qualités d'écoute de notre président-candidat, la plupart d'entre nous attendent beaucoup plus de sa part et pour le moment le compte n'y est pas du tout. 

    Les maternités sont en danger de désertion et de burn out. Si le président a "tout compris" comme l'a dit notre consoeur interrogée par LCI, il sait que ce ne sont pas ses mots qui sauveront le système mais des décrets et des engagements économiques à la hauteur du niveau de formation et donc de compétence des sages-femmes, maillons indispensables de la santé des femmes.

    Dernière précision: les sages-femmes ne veulent pas de "reconnaissance". Elles veulent de la reconnaissance. Merci pour elles.

    Et merci à vous qui m'avez lue.

    C.K.(SF)

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