Saluant une action adaptée, le Conseil scientifique prévient que l’épreuve sera longue

Paris, le jeudi 29 octobre 2020 – Les annonces d’Emmanuel Macron, qui ont commencé à être détaillées par le Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement et qui doivent continuer à l’être dans les heures qui viennent, n’ont pas surpris. Les rumeurs s’étaient en effet précisées depuis mardi soir, prédisant qu’un confinement concernant l’ensemble du territoire serait décrété.

Des mesures saluées mais dont la portée interroge

De très nombreux professionnels de santé, constatant la tension très forte dans les établissements hospitaliers, réclamaient depuis plusieurs jours des actions de ce type. Aujourd’hui, ils saluent donc les annonce du Président de la République. Cependant, ceux qui, comme l’Ordre des médecins, appelaient à une fermeture incluant également les établissements scolaires, s’interrogent quant à l’efficacité de ces mesures, alors que la circulation chaque jour de million d’élèves et de leurs enseignants contribuera nécessairement à celle du virus. Le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, qui au mois de mai n’avait pourtant pas appuyé le choix de l’exécutif de rouvrir les établissements scolaires, approuve aujourd’hui la voie choisie par le gouvernement. « Il est essentiel de trouver un équilibre, complexe, difficile, entre une vision strictement sanitaire et une vision sociétale. On sait par exemple qu’il est essentiel que les écoles puissent se poursuivre, dans des conditions qu’il va évidemment falloir surveiller » a ainsi défendu Jean-François Delfraissy. Le président du Conseil scientifique souhaite probablement détromper les critiques qui ont pu lui reprocher de sous-estimer les enjeux sociétaux et économiques des mesures adoptées contre l’épidémie. Il a ainsi ajouté ce matin sur France-Inter : « Attention que le sanitaire ne domine pas l’ensemble et que ayons aussi une vue sociale de cette pathologie ».

Toussaint confinée, Noël en petit comité ?

Cette prudence est également peut-être en partie liée à la conviction que le confinement qui débutera demain devra probablement perdurer au-delà du 1er décembre, date annoncée par Emmanuel Macron. Jean-François Delfraissy considère en effet qu’il est quasiment acquis que l’objectif affiché par le Président de la République d’atteindre à cette date 5 000 contaminations par jour est irréalisable. Cette analyse fait écho à celle du ministre de la Santé, Olivier Véran qui considère qu’un million de personnes sont probablement actuellement infectées par le SARS-CoV-2 sur notre territoire. Le long délai entre l’adoption de mesures et l’obtention de résultats significatifs et notamment d’un réel désengorgement des hôpitaux suggère que ces dispositions seront probablement prolongées. Europe 1 assure dès ce matin que le gouvernement planche déjà sur un calendrier qui verrait le confinement perdurer pendant huit, voire douze semaines. Ce calendrier n’aurait cependant pas été évoqué publiquement, afin d’éviter un rejet de la société, alors que la non-acceptation des mesures est une inquiétude forte des pouvoirs publics. Néanmoins, Emmanuel Macron a déjà prévenu hier que la sortie du confinement serait probablement marquée par une période de couvre-feu. Jean-François Delfraissy le confirme : « Le scénario est plutôt d’avoir un confinement d’un mois, de regarder les différents marqueurs, puis de sortir du confinement via un couvre-feu qui pourrait se poursuivre pendant le mois de décembre, éventuellement couvrir Noël et le Jour de l’An, et n’en sortir que début janvier » projette ainsi Jean-François Delfraissy. Ainsi, le Président du Conseil scientifique après avoir refusé mardi matin sur RTL d’anticiper la situation de Noël programme aujourd’hui que les fêtes de fin d’année pourraient devoir se dérouler « en petit comité » et sous le régime du « couvre-feu ».

Des messages clairs nécessaires pour éviter un nouveau désastre sanitaire concernant la continuité des soins non Covid

Alors que cette question de l’impact sur les fêtes de fin d’année est également économique, pour les hôpitaux, l’urgence est immédiate. Le président du Conseil scientifique prévient : « Nous allons avoir 15 jours à trois semaines extrêmement difficiles pour le système de soins, ça va être vrai dans plusieurs régions de France, nous l'avions prévu au niveau du conseil scientifique depuis maintenant plusieurs semaines ». L’une des inconnues dans ce contexte est la préservation des activités médicales non liées à la Covid, même si des déprogrammations d’interventions pouvant être déplacées ont déjà eu lieu et sont inévitables. Un message clair est attendu par l’ensemble des médecins et notamment les praticiens libéraux, pour éviter que ne se répètent les dérives du premier confinement où le suivi des pathologies chroniques, le dépistage des affections aiguës et d’une manière générale la continuité des soins avaient été grandement altérés, alors qu’en dépit de la forte mobilisation des soignants, beaucoup restaient parfaitement disponibles pour ces patients.

Léa Crébat

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Vos réactions (1)

  • Quand sont écoutés les praticiens de première ligne ?

    Le 01 novembre 2020

    Entre Conseil scientifique et Conseil de défense, on peut se demander où se trouve le Parlement.
    On se demande où et quand sont écoutés les praticiens de première ligne. Et à présent que l'on sait que les 12.000 lits ne sont pas des lits nouveaux, que l'on sait, qu'en fait, l'hôpital manque essentiellement de personnel, au vu des bas salaires de l'ensemble des personnels, non compensés par les quelques milliards que l'Etat a sorti de sa poche, qui croire, comment amorcer la suite?
    Quels sont les projets pour la santé ?

    Dr Fanny Cohen

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