Santé des soignants : à quand des mesures concrètes ?

Paris, le jeudi 25 mai 2023 – Les premiers résultats d’un questionnaire en ligne confirment le mauvais état de santé général des soignants. Des premières mesures pour leur venir en aide sont attendues d’ici juin.

Comme dit le proverbe, ce sont toujours les cordonniers qui sont les plus mal chaussés. Les premiers résultats d’un questionnaire en ligne lancé le 30 mars dernier par le gouvernement à destination des soignants et révélés ce mercredi par la ministre des Professionnels de santé Agnès Firmin le Bodo confirment ainsi l’état de santé fortement dégradé de ces derniers. Signe que la question préoccupe grandement les professionnels de santé, plus de 50 000 d’entre eux ont répondu à ce questionnaire, élaboré par le ministère de la Santé avec plusieurs organismes représentatifs des soignants (fédérations hospitalières, syndicats, ordres…).

Les professionnels ayant répondu au questionnaire sont ainsi 63 % à estimer que leur état de santé n’est pas bon. Parmi les causes de cette santé dégradée, on trouve notamment le manque de sommeil (77 % des répondeurs déclarent « ne pas dormir suffisamment ») et la pression professionnelle : 71 % évaluent leur stress à un niveau supérieur à 6 sur une échelle de 1 à 10.

Les résultats du questionnaire indiquent également que les soignants sont paradoxalement peut attentifs à leur santé : 14 % de ces professionnels de santé déclarent ne pas avoir de médecin traitant. Les professionnels semblent peu convaincus par les apports de la médecine du travail, puisque seulement 11 % de ceux qui y ont accès jugent qu’elle a eu un impact positif sur leur santé. Notons cependant que ce questionnaire n’est pas exempt de biais, puisque ce sont probablement ceux qui se sentent le plus en mauvaise santé qui ont tendance à y répondre.

Dans le sillage de ces résultats préoccupants, Agnès Firmin Le Bodo, qui est chargé depuis janvier d’une mission sur la santé des soignants, a présenté lors du salon Santexpo, qui se tient à Paris cette semaine, les « premières mesures » d’urgence pour améliorer la santé et la qualité de vie des soignants. En premier lieu, des programmes vont être mis en place à l’hôpital pour former soignants, représentants du personnel et responsables du management « à la gestion du stress, la promotion de la santé et la prévention des risques psychosociaux ».

Malgré le peu d’appétence apparent des professionnels de santé pour la médecine du travail, la ministre a également plaidé pour un accès facilité des praticiens libéraux à ce service, via des « horaires de consultation adaptés à l’emploi du temps des professionnels de santé ». Elle a également évoqué, mais sans plus de précisions, la nécessité d’améliorer les conditions de travail des médecins via une meilleure organisation du temps de travail, une revendication majeure des syndicats de PH et d’internes qui demandent de longue date un décompte sincère du temps de travail effectué.

L’ancienne pharmacienne a également annoncé le lancement d’une réflexion sur « le recours à l’automédication » chez les soignants et sur la notion d’ « assistance dans l’adversité » selon laquelle les soignants doivent s’entraider en cas de difficultés psycho-sociales. Enfin, le gouvernement souhaite investir dans la recherche sur la santé des soignants pour mieux cerner « les causes et les effets des problèmes de santé mentale et physique » des professionnels de santé.

Toutes ces annonces seront étoffées et explicitées en juin lors de la présentation de la « feuille de route pluriannuelle » sur la santé des soignants élaborée par un groupe de trois professionnels de santé (un chirurgien, une généraliste et un infirmier) désignés par la ministre en mars dernier. Les syndicats espèrent que le gouvernement prendra enfin des mesures concrètes sur le sujet et ne se contentera pas, comme souvent, d’aligner les déclarations de bonnes intentions et de commander des nièmes missions et des rapports. Les représentants des soignants estiment tous que l’amélioration de la santé des professionnels de santé passera nécessairement par un changement majeur dans les conditions de travail, pour que l’hôpital ne soit plus une machine à essorer ceux qui y exercent.

Quentin Haroche

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