Substances préoccupantes dans les produits du quotidien : le JIM s’engage !

Paris le jeudi 21 septembre 2017 – Un groupe de travail composé d’experts scientifiques, d’industriels et de médecins a été constitué par le JIM afin de s’intéresser à la question délicate et discutée de la présence à l’état de traces de substances considérées comme préoccupantes dans les produits du quotidien.

Pas une semaine ne passe sans que la presse ne se penche sur la détection de substances suspectées d’être des agents cancérogènes ou des perturbateurs endocriniens (sans parler d’autres effets néfastes) dans des produits utilisés quotidiennement que certains voulaient croire "indemnes". Les associations qui souvent sont à l’origine de la découverte de ces quelques picogrammes gênants n’hésitent pas à interpeller consommateurs et surtout instances publiques. Ces alarmes peuvent parfois donner lieu à une intervention des autorités sanitaires. Cependant, elles ne reposent pas toujours toutes sur des preuves scientifiques tangibles quant à l’existence d’un réel danger. Régulièrement, elles spéculent sur la peur du grand public ; peur attisée par le caractère invisible de ces substances et par la crainte, fortement nourrie, d’une manipulation. Elles s’appuient parfois sur un discours pseudo-scientifique, tout en accordant une place aussi importante aux témoignages individuels et en remettant en cause le savoir des experts. Enfin, elles méconnaissent la différence fondamentale entre le risque et le danger et oublient que les relations d’imputabilité sont particulièrement difficiles à établir (notamment dans le cas de perturbations endocrines ou d’effets cancérigènes).

Une réflexion multidisciplinaire

Le JIM a vu émerger ces informations érigées en scandale. Il a assisté à la formation de ce mouvement de défiance où la parole du médecin et du scientifique, la parole de celui qui remet en perspective, qui pondère, qui nuance est concurrencée par des personnes qui s’autoproclament expert. Il a également pu observer que cette hypermédiatisation et la confrontation de points de vue extrêmes et caricaturaux ne laissaient guère de place à un vrai discours scientifique, offrant une évaluation précise des risques et une information raisonnée. Face à ce phénomène, alors que notre rédaction a déjà à plusieurs reprises, dans ses colonnes et au-delà, développé une réflexion sur les dérives de l’information sur les faits médicaux et scientifiques, le JIM a souhaité élargir son approche, en se concentrant notamment sur la question des substances préoccupantes retrouvées à l’état de traces dans les produits du quotidien. Aussi, avons-nous constitué un groupe de travail dont l’originalité est de vouloir construire une réflexion pluridisciplinaire : des médecins spécialistes (gynécologue, dermatologue, endocrinologue), mais aussi des représentants des industries concernées (notamment Procter & Gamble, Fleury Michon, EDANA), des toxicologues et un psychologue ont été invités à nous rejoindre pour s’intéresser à ce sujet. Ce groupe qui s’est réuni pour la première fois ce mardi 19 septembre a pour ambition de mener de front la réflexion sur différents aspects. Il s’agit à l’intention des professionnels de santé et dans un second temps du grand public de nous pencher tout d’abord sur ces substances préoccupantes et la façon dont elles se retrouvent à l’état de traces dans les produits. Un état des lieux sur l’évaluation des risques et les dangers réels devra ensuite être établi. Enfin, à partir notamment de ces données, un véritable travail sur la façon d’informer les patients et consommateurs, loin des anathèmes alarmistes, devra être conduit. 

Des discussions riches et complexes

Riches, les premières discussions de ce mardi 19 septembre ont permis de mesurer combien un tel projet répondait aux attentes des praticiens, des spécialistes de la toxicologie, des psychologues et des industriels. Tous font le même constat du caractère très souvent trompeur, faussé et confus des informations diffusées dans les médias, qui concourent à la méfiance et à des craintes parfois irrationnelles. Mais tous ont également souligné la nécessité d’entendre les praticiens et les consommateurs pour mieux répondre à leur demande d’information. L’importance de mieux connaître les perceptions de la population, afin d’éventuellement entamer un travail d’éducation et de persuasion a été débattue. Les discussions ont par ailleurs insisté sur la complexité du sujet, en raison notamment de la diversité des substances considérées aujourd’hui comme préoccupantes et des différences de niveau de preuves dont on dispose sur elles. Le devoir d’enseigner l’essentielle distinction entre risque et danger a en outre été rappelé. Des discussions plus précises ont ensuite été ébauchées concernant notamment les débats actuels et nullement tranchés sur la remise en cause dans certains cas du dogme "la dose fait le poison". Enfin, des pistes ont été esquissées concernant les préconisations qui pourraient être établies.

Afin d’approfondir encore les travaux de ce groupe, le JIM voudrait pouvoir également s’appuyer sur le concours de représentants d’autorités sanitaires et d’associations de consommateurs. Les éclairages de ces dernières apparaissent en effet essentiel pour offrir une approche complète sur ces sujets complexes : des discussions ont été engagées dans ce sens qui pourraient, nous l’espérons, ouvrir la voie à une collaboration concrète au sein du groupe.

Ce dernier a pour ambition de multiplier les rencontres au cours des dix-huit mois prochains en vue d’établir un "livre blanc" sur le sujet ! Bonne route !

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr