Tokyo : la lutte contre l’épidémie n’est pas un jeu

Tokyo, le jeudi 22 juillet 2021 – Après avoir été repoussés d’un an à cause de la pandémie, les Jeux Olympiques débuteront demain à Tokyo par la traditionnelle cérémonie d’ouverture.

Mais ces JO accouchent dans la douleur : l’épidémie repart (avec une multiplication par 3 de l’incidence en un mois) et la population y est hostile. Elle craint que ce brassage d’athlètes internationaux ne fasse du Japon un nouvel épicentre épidémique et remette en cause les « bons résultats » du pays.

Les pionniers du masque se vaccinent peu

Ainsi, le Japon n’a enregistré, jusqu'ici, qu’une quinzaine de milliers de décès pour une population deux fois comme la nôtre sans n’avoir jamais imposé de confinement strict.

Le Japon aurait bénéficié, selon les experts, d’une sorte de culture des infections respiratoires et de l’habitude japonaise de porter des masques en public. "Les gens n'avaient pas de réticence au port du masque. Le public avait déjà les connaissances et les pratiques d'hygiène de base", explique ainsi à l'AFP Haruo Ozaki, qui dirige l'Association médicale de Tokyo. Une cause génétique n’est pas non plus exclue.

Aujourd’hui, la crainte d’une résurgence de la Covid avec les jeux est, en particulier, entretenue par une campagne de vaccination qui patine.

Ainsi, alors que les campagnes commençaient aux États-Unis et en Grande-Bretagne, elle avançait poussivement au Japon.

Par exemple, le vaccin Pfizer n'a été approuvé qu'à la mi-février après des essais cliniques menés dans l’archipel et les injections ont commencé prudemment, d'abord pour le personnel médical, puis pour les personnes les plus âgées.

Le rythme s'est accéléré à partir de mai mais à une semaine de l'ouverture des Jeux, seul un cinquième de la population japonaise était complètement vacciné.

Aussi, pour éviter tout cluster dans les tribunes, les organisateurs ont décidé d'interdire les spectateurs sur presque tous les sites olympiques.

« Jeux toxiques »

Cette image des jeux Covid ont même découragé les sponsors, pourtant omniprésents depuis les jeux d’Atlanta (« jeux Coca-cola ») de 1996.

"Les Jeux olympiques se sont transformés en quelque chose de toxique à Tokyo, où ils ont un soutien très faible du grand public" commente, toujours à l'AFP Jules Boykoff, universitaire américain spécialiste du sport et de la politique.

Pour les sponsors nippons, "être associé à un événement aussi impopulaire est devenu risqué au niveau de leur image de marque. C'est du jamais vu dans l'histoire des Jeux Olympiques" poursuit-il.

« La marque des JO de Tokyo a complètement perdu sa bonne réputation. Donc pour les sponsors japonais, il est préférable de dire qu'ils ne vont pas exploiter leurs droits associés à l'événement plutôt que de les exercer » renchéri Taisuke Matsumoto, avocat d'affaires spécialiste du sport.

Aussi, de nombreuses firmes, et notamment les géants Toyota, Panasonic et Bridgestone refusent de participer à la cérémonie d’ouverture, malgré les centaines de millions de yens engagés !

Mais finalement, des jeux sans publicité, n’est-ce pas ça le vrai esprit Coubertin ?

Xavier Bataille

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