Trente ans de communication en santé : une révolution générationnelle

Paris, le mercredi 20 novembre 2019 – Au printemps dernier, le gouvernement diffusait sur les réseaux sociaux une campagne de sensibilisation à la lutte contre le paludisme. L’une des affiches n’est pas passée inaperçue : présentant des enfants africains, elle proclamait : « Un enfant meurt du paludisme toutes les deux minutes », tandis que l’on pouvait lire plus bas : « Accélérons le mouvement ». Très vite les utilisateurs de Twitter et Facebook ont moqué la maladresse du rapprochement des deux messages.

Le tollé a été tel, bien que nul ne put sérieusement croire en de mauvaises intentions des pouvoirs publics, que le ministère de la Santé a annoncé qu’il retirait ce visuel pour se concentrer sur ceux où la méprise n’était pas possible.

Réseaux sociaux : fascination et répulsion

Cette anecdote suggère combien l’omniprésence (omnipotence ?) des réseaux sociaux impose, dans le domaine de la communication, et plus encore de la communication en santé, de ne rien laisser au hasard. Elle montre bien également comment dans certains cas le regard porté par les grandes plateformes est susceptible de masquer l’essentiel du message pour ne retenir que des considérations futiles. Ainsi, si beaucoup ont à l’esprit la petite bévue du ministère, plus rares sont ceux qui se souviennent du mot d’ordre de mobilisation contre le paludisme. Cette distorsion et ces conséquences potentiellement regrettables devraient être l’un des sujets de réflexion du Festival de la Communication en santé qui se tiendra à Deauville les 29 et 30 novembre et qui pour son trentième anniversaire devrait notamment se concentrer sur les révolutions de ces dernières années. Ainsi, Alexia Cassar, fondatrice de The Teton tattoo Shop s’interrogera : « Comment éduquer et informer sur la reconstruction de l’estime de soi après mastectomie à l’heure de la censure des réseaux sociaux ». Un tel questionnement, lié à la nationalité américaine de Twitter et Facebook qui imposent une certaine pudibonderie, marque bien tout à la fois la nécessité d’une prise de distance avec certains aspects des nouveaux modes de communication et d’information et tout en même temps l’impossibilité de s’en passer.

Au-delà de la surcouche publicitaire

D’ailleurs, depuis de nombreuses années, ayant même en partie joué un rôle de catalyseur pour inciter les acteurs concernés à ne pas rester à l’écart du numérique, le Festival de la communication s’intéresse de façon active à la place du digital. Dans une tribune publiée cet été sur le site Stratégies, la fondatrice et présidente de cette manifestation, Dominique Noël analysait ainsi : « La technologie induit de nouvelles parties prenantes et de nouvelles manières de communiquer. C’est une opportunité pour la communication santé. Le digital s’insinue partout et change dès aujourd’hui notre système de soins en profondeur. La e-santé permet d’imaginer de nouvelles expériences de santé où la communication n’arrive pas en surcouche publicitaire, mais bien comme un service rendu et un facteur clé de succès global de valeurs et d’une démarche construite ».

Le digital et l’humain unis comme les doigts de la main

C’est dans cet esprit que le Festival de la Communication se partage entre présentation de nouveaux outils et d’ateliers concrets et réflexions plus théoriques. Sur le premier plan, on pourra notamment retenir l’évocation par le docteur Judith Nicogossian, présentée comme une « spécialiste de l’impact des techniques et des technologies sur le corps humain en santé » du « phygital ». Ce qui pourrait être un « troisième mode de communication dans le futur de la santé » consiste en l’utilisation dans des espaces physiques de dispositifs faisant appel au numérique (installation de bornes tactiles par exemple) ce qui permet de conjuguer la praticité des outils digitaux au lien humain.

Le rôle de la presse spécialisée

Parallèlement à la présentation de ces nouveaux outils, une réelle réflexion sera enrichie par le dévoilement de deux études phares : une enquête Opinion Way sur les perceptions et attentes des Français en matière de communication santé (qui l’année dernière avait révélé le souhait de nos concitoyens d’une transmission plus directe) et une étude de la Fédération nationale de l’information médicale sur le rôle du patient comme nouveau vecteur en la matière. L’ensemble de ces communications a pour objectif commun l’amélioration de la qualité de l’information, tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, Olivier Martin-Dupray, cofondateur d’Addiction Agency défendait il y a un mois sur le site Stratégies la nécessité pour les agences créatives de s’emparer des questions de santé. Sur le fond, il n’est pas impossible que la presse spécialisée pourrait jouer un rôle important pour lutter contre la diffusion de fausses nouvelles. C’est en tout cas la question que se poseront plusieurs intervenants.

Aurélie Haroche

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