Trop de patients pour pas assez d’infirmières, l’éternel problème

Paris, le lundi 11 septembre 2023 – Les syndicats estiment que diminuer le nombre de patients que chaque infirmière doit prendre en charge est une priorité. L’instauration d’un ratio légal est de nouveau en débat.

L’annonce le 31 août dernier par la Première Ministre Elisabeth Borne d’une augmentation substantielle de la rémunération des soignants, notamment ceux travaillant la nuit et le dimanche, a suscité des réponses peu enthousiastes de la part des syndicats. Parmi les réactions les plus sceptiques, on relève notamment celle du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), dont le porte-parole Thierry Amouroux rappelait que la problématique centrale de l’hôpital n’était pas tant celle de la rémunération, mais plutôt celle des conditions de travail et de la perte de sens pour les soignants.

L’infirmier soulignait notamment que « la charge de travail normale, dans le respect des normes internationales, c’est six à huit patients par infirmière alors qu’en France, on est au double » et que cette surcharge de travail poussait les infirmières au burn-out et à la démission, entretenant ainsi un cercle vicieux de départs de soignants en série.  

Un nombre trop élevé de patients par soignant nuit à une bonne prise en charge

La question du nombre de patients par soignant et notamment par infirmier et de la nécessité d’instaurer des ratios est un vieux débat. Le sujet est d’autant plus complexe que l’on ignore le nombre de patients par infirmière en moyenne en pratique dans notre pays. Dans un rapport sur la question élaboré en février dernier, le Sénat notait « qu’il n’existe pas de données nationales fines permettant de connaitre le nombre de soignants effectivement présent au lit du patient ».

L’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé (ANAP) notait quant à elle que le ratio varie énormément selon les services et les situations, relevant que « le nombre observé de soignants présents peut être de 1 pour 6, 8 ou 10, voire 12 ou même 14 le jour et 1 pour 16, 20 ou 30 la nuit ». Seule la conférence des directeurs de CHU s’avance à donner un chiffre, celui de 9,4 patients par infirmière en médecine et 9,8 en chirurgie en 2022, un ratio qui se serait légèrement amélioré depuis la crise sanitaire.

Il n’existe d’ailleurs pas non plus de « normes internationales » quant au nombre de patients par soignants, contrairement aux allégations de Thierry Amouroux. Cependant, comme l’affirme le porte-parole du SNPI, le fait qu’une infirmière ait à sa charge un nombre trop important de patients conduit effectivement à une perte de chance d’être correctement soigné pour ces derniers et à une hausse de la mortalité.

Selon une étude menée dans les hôpitaux israéliens, le taux de mortalité des patients augmente de 7 % lorsque chaque infirmière doit s’occuper de six patients au lieu de quatre et de 14 % lorsqu’elle a huit patients à sa charge et non plus six. En l’absence de normes internationales, le retard de la France peut aussi s’évaluer par rapport au nombre d’infirmières en activité : notre pays en compte 12 pour 1 000 habitants, contre 14 en Allemagne, 15 aux Etats-Unis et 18 en Suisse ou en Norvège.

Instaurer un ratio obligatoire patients/soignant, une fausse bonne idée ?

Pour de nombreux syndicats de soignants, la solution à cet épineux problème est tout trouvé : il faut généraliser les ratios obligatoires de patients par soignants, qui sont déjà en place dans certaines spécialités jugées critiques (réanimation, néonatalogie…). Pour les partisans de cette réforme, la mise en place de ces ratios permettrait d’enclencher un cercle vertueux, en renforçant l’attractivité de l’hôpital pour les infirmières qui auraient enfin l’assurance de pouvoir y exercer leur métier dans de bonnes conditions. La mesure pourrait même in fine devenir économiquement rentable en améliorant la prise en charge des patients et en réduisant le risque de réadmission. Les syndicats prennent notamment l’exemple de l’Australie, de la Californie et de l’Irlande, où de tels ratios ont été mis en place, avec d’excellents résultats selon eux.

Le Dr Bernard Jomier, généraliste sénateur socialiste de Paris, a fait de la mise en place de ces ratios son cheval de bataille. Le 1er février dernier, sa proposition de loi visant à confier à la Haute Autorité de Santé (HAS) le soin de fixer un ratio obligatoire de patients par soignants a été largement adoptée par le Sénat. Mais cette réforme est jugée « contre-productive » par le gouvernement qui estime, par la voix de la ministre des Professionnels de santé Agnès Firmin Le Bodo, que « la rigidité intrinsèque des ratios conduira inévitablement à des réorganisations de l’offre de soins avec des effets collatéraux nécessitant des rappels de personnel et des fermetures de lit ». Sept mois après le vote du Sénat, la proposition de loi du Dr Jomier n’a toujours pas été mise à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale.

Quentin Haroche

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Vos réactions (5)

  • Ratio IDE/patient

    Le 12 septembre 2023

    Effectivement si le ratio est voté cela entraînerait une profonde réorganisation de certains services ou offre de soin. C’est à dire revoir les budgets nationaux et hospitaliers et créer de nouveaux postes. Tout simplement ce vote nous mettrait face à la réalité des conditions de travail des IDE et des problèmes conséquents. Ce n’est pas une surprise c’est juste une gestion qui a été jusqu’à présent basée sur les dépenses, faisant fi du personnel. Voilà où nous en sommes 45 ans après.

    Freddy M. (un vieil IDE retraité inquiet de la situation de ses collègues)

  • Ratio d'infirmières

    Le 12 septembre 2023

    Il existe effectivement un ratio d'infirmières dans certains services, par exemple en néonatalogie (1 pour 2 lits en réanimation, 1 pour 3 lits en soins intensifs et 1 pour 6 en soins courants). Attention cependant : ces ratios sont calculés et mis en œuvre en fonction du taux moyen d'occupation des lits, et non au jour le jour en fonction du taux réel d'occupation un jour donné, de telle sorte que lors des périodes de "coup de feu" il peut manquer du personnel. C'est le problème dans des spécialités qui ne peuvent pas, par nature, maîtriser les admissions.
    Par contre c'est quand même mieux que rien.

    Dr J-B Bonte

  • Ratio IDE/Nbre de patients

    Le 12 septembre 2023

    N’oublions pas aussi que, du fait du manque de personnel IDE dans les hôpitaux, il n’existe plus de pool d’infirmiers volants pour palier en urgence aux arrêts maladies et surcharges de travail ponctuelles !
    Cela coûtait mais permettait une flexibilité indispensable et évitait des rappels sur les congés et repos !
    Mais ça c’était avant.

    M-C M., Vieille IDE à la retraite 62 ans
    Courage à tous, faut trouver des solutions svp !

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