Un médecin attaque en diffamation la fille d’une patiente décédée

Dole, le mercredi 15 mai 2019 - Ce mardi, le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier dans le Jura examinait une affaire de diffamation opposant un médecin coordinateur de l’EPHAD (établissement hébergeant des personnages âgées dépendantes) de Dole à la fille d’une patiente décédée, qui avait publiquement accusé le médecin de n’avoir pas traité convenablement la douleur de sa mère. Le jugement a été mis en délibéré jusqu’au 4 juillet.

Prétendu refus de prescrire des anti-douleurs

Le 4 juin 2018, Michèle Flechon publie sur son compte Facebook une lettre ouverte. Dans cette publication, elle dénonce la qualité des soins reçus par sa mère de 90 ans, résidente de l’EPHAD de Dole et qui souffrait de gangrène (touchant une de ses jambes). Alors que la patiente a choisi de ne pas se faire amputer et de mourir sans souffrance, sa fille accuse le médecin coordinateur de l’EPHAD, le docteur Pierre-Henri Mailhes, d’avoir volontairement refusé, pour des raisons politiques selon elle, de lui prescrire des anti-douleurs. Le praticien n’aurait notamment pas accepté de mettre en place un protocole d’administration de morphine injectable par seringue électrique. Dans des termes très fleuris, elle dénonce la prétendue lâcheté du praticien. Placée en sédation profonde le 5 juin, la patiente est décédée le 16. « Ma mère a souffert un mois pour rien » a ajouté Michèle Flechon à sa première publication.

Le message partagé par plus de 20 000 personnes a rapidement des conséquences désastreuses pour le docteur Mailhes, qui reçoit des menaces de mort. Il n’a donc pas hésité à porter plainte contre l’auteur de la lettre pour « injures et propos diffamatoires ». Il réfute en effet totalement la version des faits de la fille de la patiente. A aucun moment il n’aurait refusé d’organiser la délivrance de morphine par seringue électrique. Seulement, la décision revenait au médecin traitant et a mis plusieurs jours pour s’appliquer.

Lynchage numérique

Dans son combat judiciaire, le médecin a reçu le soutien de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) et du conseil de l’ordre départemental, qui s’est constitué partie civile. Le docteur Stéphane Attal, président de l’antenne régionale de la CSMF, dénonce un lynchage numérique. Au-delà du cas de Pierre-Henri Mailhes, il considère que l’utilisation des réseaux sociaux par les patients pour critiquer leurs médecins est un « danger pour les professionnels de santé ». « Nous sommes ouverts à la critique et à la mise en cause mais il existe des moyens plus adaptés plutôt que de trainer dans la boue un confrère publiquement » explique le syndicaliste.

A l’audience, le docteur Mailhes a demandé un euro symbolique de dommages-intérêt. Il a par ailleurs déposé une plaine ordinale contre un confrère qui avait partagé sur Facebook la publication litigieuse.  

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • La fin d'un monde

    Le 16 mai 2019

    Esope disait déjà (paraphrase) "la langue est la meilleure et la pire des choses". Actuellement ce sont des milliers de gens qui sont "informés" à la milliseconde et qui jugent et condamnent (parfois à mort) en ne prenant en compte qu'une parole. C'est la fin d'un monde, celui du dialogue.

    Dr Marc Lemire

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